‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 226 sur 607 · CONRADIN — CONRING · texte numérisé non relu

CONRADIN — CONRING

19267, avec son ami d'enfance Frédéric, fils du margrave Hermann de Bade, et une armée de 10,000 hommes.

En dépit de l’anathème que lança contre lui le pape, Conradin trouva partout de nombreux partisans ; et quoique son beau-père, le comte Meinhard de Tyrol, et son oncle le duc Louis de Bavière, l’eussent abandonné à Vérone avec leurs bandes, ses premières opérations furent couronnées d’un plein succès. Les villes de la haute Italie et l’ancien allié de Charles d'Anjou, Henri de Castille, embrassèrent ses intérêts; Rome l’accueillit avec joie, et une révolte qui éclata en sa faveur en Sicile fit bientôt de rapides progrès. 11 battit aussi les Français à Ponte di Valle; mais, malgré toute la bravoure de ses troupes, le 23 août 1268, à Tagliacozzo ou Scurcola, il fut battu, grâce à une ruse de guerre imaginée par le croisé Érard de Valéry, qui combaitait dans les rangs de l’armée de Charles d'Anjou ; et trahi dans sa fuite par l’un des siens, nommé Frangipani, il fut fait prisonnier, ainsi que le prince de Bade, son cumpagnon d'armes. L’impitoyable Charles d'Anjou les fit décapiter tous les deux, du consentement du pape, sur la grande place de Naples. Conradin mourut le 20 octobre, avec une admirable fermeté; se tournant versle peuple, dont il était le légitime souverain , il lança au milieu de la foule qui entourait l’échafaud l’un de ses gants, comme gage de vengeance, et en recommandant qu’on le portât à l’héritier de ses droits sur la Pouille et la Sicile, au roi Pierre d’Aragon. Le chevalier Truchsess de Waldbourg releva ce gant, et remplit la dernière volonté de son maître, non sans avoir à triompher de difficultés de tout genre. Pierre d’Aragon recueillit effectivement ce legs, en 1282, à la suite des Vépres siciliennes, qui mirent fin à la domination française en Sicile. Conradin de Souabe avait hérité du goût de son grand-père pour la langue et la poésie allemandes, On lui attribue un chant recueilli, sous le nom du roi Conradin le jeune, dans la collection des Minnesænger de Manesse.

La fin tragique de Conradin de Souabe a été prise pour sujet par un grand nombre de poëtes dramatiques. Le roi de Bavière actuel, Maximilien, a fait exécuter par le sculpteur Schæpf de Munich, sur un modèle de Thorwaldsen, la statue en marbre de ce prince; elle sera placée dans l’église Sanfa-Maria-del-Carmine, où se trouve son tombeau.

CONRART (Vazenrin), né en 1603, à Paris., était originaire de Valenciennes , où son père avait résidé avant de venir s'établir à Paris. Si nous en croyons Tallemant des Réaux, le père de Conrart était un bourgeois austère, fort ennemi du luxe, quoiqu'il fût dans l’aisance, et qui, considérant le savoir comme du superflu , ne voulut pas que son fils ft d’études ; il lui défendait aussi toute recherche dans les habillements. Mais Conrart avait le goût de l’étude et de la toilette , et, en dépit de l'autorité paternelle, il fut coquet et savant. Toutefois, il se mit trop tard à l’étude pour apprendre le latin et le grec, mais il s’en dédommagea par l'italien et l'espagnol ; de plus, vivant dans l'intimité d’habiles humanistes , et jouissant auprès d’eux de quelque autorité, il put se faire illusion sur les lacunes de son instruction. Il avait, par-dessus tout, le désir d’être important. Il se lia de bonne heure avecles écrivains célèbres, dont la réputation et la complaisance propagèrent son nom. Sa maison était ouxerte aux gens de lettres, qui trouvaient chez lui bonne table et bon visage; nous ne dirons pas beau, car la chronique nous apprend qu’il avait la figure bourgeonnée, et qu’il ne fallait rien de moins quele voisinage de Chapelain pour lui donner à peu près l'air d’un galant.

La maison de Conrart fut le berceau de l’Académie Fran- Gaise, Placée au centre de la ville, elle devint le rendez- Yous d’un certain nombre de beaux esprits, qui choisirent un jour de Ja semaine pour être sûrs de se rencontrer. Afin de nourrir ces entretiens, qui auraient langui s’ils n’avaient eu pour objet que les nouvelles du jour, chaque habitué apportait à son tour, quelque écrit de sa composition, pour le-

quel il demandait des conseils, en espérant des éloges. Godeau, qui fut depuis évêque de Grasse; Gombauld, Cha: pelain, Giry, Habert, l'abbé de Cérisy, Serizay et Maleville, formaient avec Conrart le noyau de cette société. Pellisson place les premières réunions en 1629 : elles durèrent plusieurs années sans attirer l’atlention, et aucun des membres ne soupçonnait qu'elies donneraient naissance à une institution nationale dont l'éclat ajoute à la gloire de la France.

Le secret fut éventé par Maleville au profit de Faret, qui venait de publier L’Honnéte Homme, et que sa liaison avee Saint-Amant et la commodité de la rime ont associé dans Boileau avec cabaret. Le mystère arriva bientôt à la connaissance de deux limiers de Richelieu, Desmaretz de Saint- Sorlin et Boisrobert, qui en parlèrent au ministre, et firent si bien qu’on consentit à les recevoir. Richelieu, qui voulait gouverner les lettres comme l'État, comprit le parti qu’il pouvait tirer de cette compagnie. Il lui proposa des priviléges et sa protection , et l'Académie fut fondée, non sans résistance de la part du parlement, qui ajourna pendant deux ans l'enregistrement des lettres patentes. Conrart fut élu secrétaire perpétuel.

Le silence prudent immortalisé par Boileau n’était pas de l’oisiveté; Conrart écrivait beaucoup, mais il publiait peu. « Il a voulu, dit Tallemant, faire par imitation ou plutôt par singerie tout ce que les autres faisaient par génie. A-t-on fait des rondeaux et des énigmes , il en a fait. A-t-on fait des paraphrases, en voilà aussitôt de sa façon; du burlesque, des madrigaux , des satires même, quoiqu'il n’y ait chose au monde pour laquelle il faille tant être né. Son caractère, c’est d'écrire des lettres couramment : pour cela il s’en acquittera bien; encore y aura-t-il quelque chose de forcé, Mais s’il faut quelque chose de soutenu ou de galant, il n’y & plus personne au logis. On le verrà s’il imprime ; car il garde copie de tout ce qu’il fait. » Conrart a publié peu de chose, mais assez pour justifier les pressentiments de Des Réaux : son bagage se borne à quelques préfaces, un petit nombre de lettres, une ballade, quelques psaumes, et notamment sa révision de ceux de Marot à l’usage des protestants. On sait que Conrart appartenait à cette communion, et qu’il ne s’en sépara point, quoique l’abjuration eût été de bonne politique. On doit louer en lui l’empressement qu'il mettait à servir ses amis; toutefois, cette ardeur lui donna l'esprit de cabale, qu’il introduisit à l’Académie, de concert avec son ami Chapelain.

Les manuscrits de Conrart forment une collection considérable, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal. Les érudits en ont tiré souvent de précieux matériaux ; M. de Monmerqué en a publié quelques fragments sous le titre de Mémoires. de Conrart, dans la collection Petitot. Dans ce vaste recueil, tout est de la main de Conrart, maïs non de sa composition : il aimait à transcrire, et il excellait au métier de compilateur. Il a été un agent littéraire plutôt qu’un auteur, et même, lorsqu'il devait payer de sa personne comme représentant de l’Académie , on croit qu’il recourait à D’Ablancourt. II correspondait avec Balzac, surveillait l'impression des œuvres de ses amis, et faisait un peu mieux que la mouche du coche; car véritablement il était attelé ou poussait à la roue. Au reste, son nom subsistera ; car il a été zélé pour la littérature et généreux envers les gens de lettres, qu’il recevait à la ville et à la campagne, dans sa maison d’Athis, que M'° Scudéry a décrite dans sa Clélie, sous le nom de Carisatis. Si à l'estime qu'il inspire il se mêle un peu de ridicule, ilne faut pas s’en étonner : il a eu plus de prétentions que de mérite, et d’ailleurs il n’a été donné à personne de passer impunément par les mains de Boileau et de Tallemant. Conrart mourut à Paris, le 29 sepfembre 1675. GÉRUZEZ.

CONRING (HErmAN), l’un des plus grands érudits de son siècle, né le 9 novembre 1609, à Norden, dans la Frise

orientale, alla étudier la théologie et la médecine à Helmstedt et à Leyde. En 1632 il devint professeur de philosophie à Helmstedt, et en 1634 docteur en médecine. Nommé bientôt après professeur de médecine à Helmstedt, il fut, en 1650, appelé en Suède jar la reine Christine, pour être son médecin ordinaire. Mais il refusa cette offre, et luniversité d’Helmstedt l'en dédommagea en lui confiant une chaire de politique. En 1660 le duc de Brunswick le nomma son conseiller intime. Dès 1658, le roi de Suède, Charles- Gustave, luiavait donné le mème titre; et en 1664 Louis XIV lui accorda une pension. L'empereur ne lui épargna pas non plus ses encouragements, et l’on venait des pays les plus lointains le consulter sur des questions de droit public et d'administration. J1 métita bien des sciences médicales en contribuant à populariser les doctrines de Harvey sur la circulation du sang, en luttant contre l’alchimie et la médecine hermétique, et en faisant d’utiles applications de la chimie à la pharmacie. 11 mourut à Helmstedt, le 12 décembre 1681. Une édition compiète de ses œuvres a paru en 1730 (6 vol., Brunswick).

CONSALYVI (Encore), cardinal de l’Église romaine, né à Rome, le 8 juin 1757, se voua de bonne heure à l’étude de la théologie et de la politique, qu’il fit marcher de front avec celle de la musique et de la littérature. Les principes qu’il manifesfait hautement à propos de la révolution française, dont il se montrait l'adversaire violent, lui valurent la faveur et la protection de mesdames de France, tantes de Louis XVI, qui lui firent obtenir la place d’auditeur de rote. En cette qualité, il fut chargé de surveiller activement les partisans que les Français pouvaient avoir à Rome, et il s’acquitta de cette mission avec une rigueur extrême. Aussi quand, en 1798, les Français occupèrent les États de l’'Église, se trouvait-il tout naturellement désigné à leur vengeance, et fut-il mis en état d’arrestation, puis banni. Secrétaire du cardinal Chiaramonti, il fut promu cardinal quand celui-ci devint pape sous le nom de Pie VI]; et bientôt après il fut nommé secrétaire d’État. Il conclut à ce titre, avec Napoléon, le concordat, et produisit alors à Paris ane vive sensation , tant par la beauté de sa figure que par la grâce de ses manières et l’étendue de son savoir,

Le cardinal Casoni de Sarzana l'ayant remplacé en 1806 dans ses fonctions de secrétaire d’État, il vécut à peu près en simple particulier jusqu’en 1814, époque où il fut envoyé comme ambassadeur au congrès de Vienne, à l'effet d'y réclamer la restitution des Marches et des Légations aux États de l'Église. En 1815 il prit part, en la même qualité, aux diverses négociations suivies avec la France, tout en travaillant en même temps avec la plus grande activité à la réorganisation intérieure des États pontificaux. Ce fut lui qui inspira et provoqua le célèbre motu proprio du 6 juillet 1816, par lequel l’administration des États de l'Église se trouva définitivement fixée. Sous ses auspices parurent une nouvelle procédure civile et un nouveau code de commerce, calqués d’ailleurs, à peu d’exceptions près, sur les codes français. Il simplifia ensuite les divers rouages de l’adminis- ‘ration, en opérant une nouvelle division du territoire. L'administration des finances lui fut aussi redevable d’une cerlaine régularisation, quoique ses connaissances en ce genre fussent peu étendues : c’est ainsi qu’il était l'ennemi déclaré de toute espèce d'emprunt. Mais nendant qu’il réussissait à rétablir l'ordre à Rome, il fut moins heureux dans les provinces. Ce fut lui qui provoqua la création de chaires d'histoire naturelle et d'archéologie à l’université de Rome, et il eut la gloire d’appeler le célèbre Angelo Mai à la tête de la bibliothèque du Vatican. Mais il protégea encore plus efficacement les beaux-arts. C’est ainsi qu'il fit l'acquisition de la riche collection de monuments égyptiens et des beaux ouvrages de Camuccini, et qu'il fit entreprendre de nombreuses fouilles à la recherche d’antiquités. 11 contribua d’ailleurs beaucoup à l’'embellissement des édifices publics et de

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