CORDON SANITAIRE — CORDOVA
qu'ils ne protègent la santé des Germains. Tel fut notre cordon sanitaire de 1822 sur la frontière de l'Espagne. Pour l’établir on allégua la fièvre jaune, tandis qu'en effet on n’avait pour but que*d’arrèter la contagion des idées révolutionnaires et les influences des cortès d'alors. A cette époque il eût fallu du courage pour oser dire que la fièvre jaune n'était pas plus contagieuse que la fièvre putride, que la gastrite ou l’ictère. Le docteur Lassis fut presque persécuté pour avoir eu pareille audace. Le fait est que notre cordon sanitaire, transformé ultérieurement en armée d'invasion , eut pour effet de doubler la misère, l'abandon et le danger mortel des malades de Barcelone. O préjugés! comme les ambitieux vous exploitent! combien les peuples vous sont tributaires, et que de temps il faut pour vous détruire ! D' Isidore Bourpon.
CORDOUAN, espèce de cuir oudemaroquin qui se fabrique aujourd’hui à Larisse et à Salonique, mais qu'on ne tirait autrefois que de Cordoue, où les Maures en avaient introduit la fabrication.
CORDOUE ( Cordova), antique et célèbre ville d'Espagne, dans le royaume d’Andalousie, chef-lieu d’une province à laquelle elle a donné son nom, et contenant une population de 351,536 habitants, répartie sur une superficie de 107 myriamètres carrés, jadis royaume Maure, est construite en amphithéâtre et en forme de rectangle sur la douce déclivité d’une ramification de la Sierra Morena , dans une
contrée bien cultivée et entourée de murailles flanquées de tours formidables. Elle est reliée, par un chemin de fer, à Madrid et à Séville. Une partie de la ville est d’origine romaine, et l’autre d’origine mauresque; mais un grand nombre d’édifices tombent en ruine, et des jardins interrompent souvent les rangées de maisons. Les rues sont étroites, tortueuses , sales et désertes; cependant la P{aza Mayor, grande et régulière place, servant aussi de marché central, est remarquable par la belle colonnade qui l’entoure. * Cordoue possède 15 paroisses, 40 couvents, 2 colléges et un grand nombre d’hôpitaux. Mais son édifice le plus digne d’être vu est sa cathédrale, au milieu d’une grande cour à fontaines plantée de citronniers et d’orangers ( Piazzo de los Navanjos ), longue de 207 mètres et Jarge de 147, la plus belle qu'il y ait en Espagne et unique en son genre, appelée la Mezquita, et qui n’est autre que la magnifique mosquée que le khalife Abd-er-Rhaman I°° commença vers la fin du huitième siècle, mais qui ne fut terminée que cent ans plus tard; véritable chef-d'œuvre de l’architecture arabe, qu’on a plus ou moins bien approprié aux exigences du culte catholique. Cet édifice n’est point voûté et la toiture en esl représentée par des coupoles admirablement rattachées les unes aux autres, celles-ci octogones, celles-là rondes, que soutiennent 850 colonnes de jaspe, de marbre, de syénite et de porphyre, mais peu élevées et formant 19 colonnades ou nefs. Les couleurs éclatantes et les dorures ont dù en maints endroits disparaître sous une couche de badigeon blanchâtre ou jaunâtre ; et les nécessités d’une église chrétienne ont souvent contraint de moditier et de complétement défigurer même le caractère original du temple mauresque, Il n’y à que la chapelle dans laquelle était déposé le Coran qui ait conservé à peu près son brillant état originel, parce que, cachée par une muraille postiche, on fut longtemps sans la découvrir. Cet édifice a 20 portes, 16 tours et une centaine de chapelles. Un maître autel a été placé au milieu. Le pont de Cordoue, de 266 mètres de longueur, avec ses arches jetées sur le Guadalquivir, est encore un autre monument de la magnifique architecture des Maures.
La population de Cordoue et de ses nombreux faubourgs s'élève à environ 50,000 âmes. Jadis l’une des places commerciales les plus importantes de la Péninsule, et dansles bazars de laquelle étaient exposés les produits des trois parties de la terre, son commerce, bien déchu depuis, se borne aujourd’hui à des affaires de détail. Cordoue était
autrefois célèbre par une espèce particulière de maroquin dite cor douan, que seule elle était en possession de fabriquer, et dont il se faisait une grande consommation, même à l'étranger. De nos jours quelques manufactures de couvertures de laine pour mulets, de merceries et de passementeries sont les seuls établissements qui fournissent un peu de travail à la population pauvre. En revanche, le commerce des chevaux y est fort important ; et le haras royal établi dans l’ancien palais de l’Inquisition, c’est-à-dire dans le chàteau mauresque (Alcazar ), construit en 786, par Abd-er- Rhaman 1°", qui est aussi utilisé en partie comme prison publique, est le plus considérable qu'on trouve en Espagne.
Il est fait mention dès l’an 152 av. J.-C. de Cordoue ( Corduba) comme quartier d'hiver du consul romain Marcellus. Ce fut lui qui y établit une colonie de citoyens d'élite, à laquelle on donna le nom de Patricia, la première que les Romains aient eue en Espagne. L’an 45 avant J.-C. elle fut enlevée par César aux derniers débris du parti de Pompée. A l'époque où vivait Strabon , c'était la plus grande et la plus riche ville du pays; elle possédait le droit de battre monnaie, et était le siége d’un tribunal supérieur pour la Bétique. Prise, en 571, par le roi Léovigilde, elle devint le siége d’un évêché visigoth. Conquise, en 711, par Tarik, général de Musa, elle remplaça, en 716, Séville comme centre de la puissance arabe en Espagne. Abd-er-Rhaman 1°, de la maison des Ommiades, qui, en 556, fonda le khalifat de Cordoue , en fit la capitale de ses États. Elle atteignit Vapogée de sa splendeur sous les khalifes Abd-er-Rhaman III et Abd-er-Rhaman IV. A cette époque elle embrassait un circuit de 3 myriamètres environ, renfermait 22,000 maisons avec une population d’un million d’âmes, et, indépendamment d’une université qui au dixième siècle était pour l'Europe ce qu'était Bagdad pour l'Asie, elle possédait encore 80 écoles publiques ainsi qu’une bibliothèque de 600,000 volumes, plus de 900 bains publics , 600 mosquées et d'immenses palais. Après la chute du khalifat, en l’an 1031, Cordoue passa sous les lois des Béni-Djewar, en 1060 sous celles des Abbadites de Séville, en 1091 sous eelles des Almoravides, en 1148 sous celles des Almohades, et, enfin, en 1236 Ferdinand JII de Castille s’en rendit maître. Elle était restée pendant cinq cent vingt-cinq ans au pouvoir des musulmans. En 1808 elle fut prise par les Français commandés par le général Dupont, après un combat contre les troupes de la junte sur le beau pont d’Alcolea, monument de l’époque des Maures et situé à environ sept kilomètres au-dessous de la ville. Cordoue a vu naître dans ses murs les deux Sénèque, le poëte Lucain, et le philosophe arabe Averrhoës.
CORDO VA, chef-lieu de la province du même nom dans la république Argentine, au confluent du Pucara et du Primero, située dans une contrée en partie marécageuse et en partie fertile, siége d’un évêché, est régulièrement construite, possède une très-importante université, placée jadis sous la direction des jésuites, un grand nombre de belles églises, notamment une remarquable cathédrale, et 25,000 habitants, qui fabriquent des couvertures de laine, des draps, des cotonnades, et font un commerce très-actif en bestiaux, principalement en mulets. Cordova fut fondé en 1573, par Jérôme Cabrera. Le roi d’Espagne Philippe V en fit la capitale de la province de Tucuman ; plus tard elle devint le chef-lieu des missions des jésuites dans le Sud, et elle a été dans ces derniers temps le centre d’action du parti fédéraliste.
La province de Cordova occupe une superficie de 1,398 myr. carrés, et compte 210,508 habitants (1869), non compris les Indiens indépendants, dont le nombre ne s'élève pas à moins de 230,000. Le sol en est généralement plat, mais fertile et propre à la culture des céréales. À l’ouest sont les premières assises de la Sierra Nevada
de Cordova, laquelle se rattache aux Cordillères du Chili.
11 y à une autre ville du nom de Cordova dans la république du Mexique, sur le versant oriental du pic d’Orizaba. Elle est bien bâtie, dans une contrée fertile, possède une belle cathédrale et 6,000 habitants, qui s'occupent surtout de la culture du tabac. Elle fut fondée en 1618, par don Diego Fernandez de Cordova.
CORDOVA (Don Louis-FERNANDEZ DE), lieutenant général espagnol, né à Cadix, en 1799 , entra en 1820 dans l'état-major des troupes qui proclamèrent à Las-Cabezas la constitution de 1812. Adversaire du parti constitutionnel, il organisa, d'accord avec le roi, la malheureuse insurrection de la garde royale du 7 juillet 1822. 11 se réfugia alors à Paris, s’enrôla dans l’armée de la Foi aux ordres de Quesada en Navarre, puis créa un corps franc, à la tête duquel il précéda l’armée française en Andalousie, Son humeur joviale et ses gais propos firent de lui l’un des favoris de Ferdinand VII. En 1825 il fut nommé secrétaire d’ambassade à Paris, en 1827 chargé d’affaires à Copenhague, et peu de temps après envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Berlin, où il agit dans l'intérêt de dom Miguel. A la nouvelle de la révolution de Juillet, il accourut à Madrid ; mais la jalousie de Calomarde ne tarda pas à l’en éloigner. 1l figura alors sur la frontière au nombre des volontaires réunis pour repousser une tentative faite par les constitutionnels , et en 1831 il était de retour à son poste à Berlin. Nommé, vers la fin de 1832, ambassadeur à Lisbonne, il y défendit les intérêts de dom Miguel avec le plus grand zèle ; mais plus tard il se trouva placé dans une position qui le contraignit à se ratiacher désormais à la cause de la reine Isabelle. Il obtint alors le commandement d’une division à l’armée du nord, et prit part avec elle à de nombreux combats en 1834. A Madrid il obtint la faveur personnelle de la reine régente Marie-Christine. Appelé en 1835 au commandement en chef de l’armée du nord, il fut vainqueur à l'affaire de Mendigorria. Plus tard, il fut maintes fois malheureux, et par sa propre faute; aussi perdit-il complétement la confiance de ses troupes. 11 donna en conséquence sa démission ; et à la nouvelle de la révolution de la Granjia, il se rendit en France, où il affecta de se mon- {rer partisan du nouvel ordre de choses établi en Espagne. Coinme on devait s'attendre à une réaction dans le sens du parti modéré, il retourna dans sa patrie ; mais fous ses efforts pour se concilier les faveurs de l'opinion publique furent inutiles. Ce ne fut qu’à grand’peine qu'il parvint à se faire nommer député aux cortès par la ville de Pampelune ; et la conduite indécise qu’il tint dans cette assemblée le brouilla avec tous les partis. Par la suite il se rendit dans le sud du royaume, et au mois de novembre 1838 il se mit à Séville avec Narvaez à la tête d’un mouvement des moderados contre les exaltados. En sa qualité d’adversaire d'Espartero, il fut obligé de se réfugier en Portugal, où il mourut, le 29 avril 1840, à Lisbonne. Orgueilleux et dépourvu de tout sentiment noble et généreux, brave personnellement, mais sans aucune espèce de talents militaires, manquant d’ailleurs de convictions, et toujours esclave des circonstances, qu’il s’imaginait dominer, il ne s’éleva jamais, en dépit de toutes ses intrigues, au-dessus du rôle d’aventurier politique.
CORE. Voyez Conan.
CORÉE,, appelée par les Chinois Ka-0-li, par les Japonais Æoraï, petit royaume du nord-est de la Chine, qui comprend, sur une superficie d'environ 2,200 myriamètres Carrés, la presqu'ile confinant au nord à la Mandchourie et s'étendant depuis cette contrée, entre la mer Jaune et la mer du Japon, jusqu'au détroit de Corée. Cette presqu’ile, séparée de la Mandchourie au nord par des montagnes dont les crêles atteignent la ligne des neiges éternelles , est formée par un embranchement de cette chaine, qui traverse le pays
COKDOVA — CORÉE
en -ongueur dans la direction du nord au sud et devient haute et escarpée surtout à l'est. Par suite de la configuration étroite et allongée de cette presqu'île et de sa nature montagneuse, elle n’a point de grands fleuves. En revanche, elle est entourée, surtout à l’ouest et au sud, par une foule de petites îles, dont la plus grande est Quelpaert, d'une superficie de 715 kilomètres carrés. Quoique située seulement entre le 34° et le 42° de latitude septentrionale, cette contrée est loin de jouir d’un climat tempéré; et, de même que dans tout l’est de l’Asie, les étés y sont excessivement chauds et les hivers extrêmement rigoureux; aussi le Hoang-haï, ou mer Jaune, situé entre la Chine et la Corée, gèle-t-il en hiver. Les communications avec la Chine ont lieu alors surtout au moyen de sa surface solidifiée. En effet, les hautes montagnes qui bornent la Corée au nord sont en tout temps d’un accès difficile, de même qu'en été les basfonds et le peu d’élévation des côtes de la mer Jaune en rendent la navigation peu praticable. Dans ses parties basses et dans les vallées de ses provinces méridionales, la Corée est une fertile contrée, produisant surtout du riz, du coton et du chanvre. Dans sa partie septentrionale, pays sauvage couvert d'immenses forêts, mais offrant aussi de nombreux déserts, la récolte du ginseng et la chasse aux zibelines sont la principale ressource des populations. Il est assez remarquable qu'on y rencontre le tigre royal jusque par 42° de latitude septentrionale; et les peaux de tigre el de panthère font partie des articles d'exportation.
L'élève des bestiaux, surtout des chevaux et des bêtes à cornes, est très-florissante en Corée; il en est de même de l'exploitation des mines, qui donne beaucoup de métaux précieux ou grossiers, de sel et de houille. Les habitants, sur le nombre exact desquels on n’a que des données fort incertaines, variant entre 1,500,000 et 15,000,000, mais qu’il est permis d'évaluer à 8,000,000 appartiennent à la race mongole, et forment une nation indépendante, dont le type a cependant été singulièrement altéré dans le cours des temps, par de fréquents mélanges avec les Chinois, les Mandchous et les Japonais. Ils se distinguent des Chinois par plus d'énergie et par plus d'indépendance de caractère, mais surtout par l’absence de ce stupide orgueil que les Chinois apportent dans toutes leurs relations avec les étrangers, et surtout avec les Européens; mais leurs mœurs sont moins raffinées que celles des Chinois et des Japonais. Ils parlent une langue particulière, aussi différente du chinois que du mandchou, qui nous est peu connue, mais qui paraît appartenir à la famille des langues unisyllabiques ou dépourvues de flexion et qui s'écrit avec une écriture d’un genre particulier, La langue et la littérature chinoises sont d’ailleurs très-répandues parmi eux. Les Coréens paraissent avoir atteint dans les industries techniques une grande habileté, encore bien qu'elle ne soit pas aussi parfaite que celle des Chinoïs. Le papier qu'ils fabriquent est fort renommé; et il s’en exporte d'immenses quantités en Chine. On l’emploie pour confectionner des chapeaux, des parapluies, des sacs et même de solides manteaux. Les poteries et les porcelaines figurent aussi parmi les principaux articles de leur industrie; leurs étoffes de coton et de chanvre sont grossières; et leurs soieries plus épaisses que fines. Les unes et les autres figurent au nombre de leurs articles d'exportation. 11 en est de même de leurs armes , surtout de leurs sabres et de leurs poignards, qui sont vivement recherchés à la Chine. Leurs fusils seraient excellents s’ils n'étaient pas à mêche. Ce sont d’ailleurs de bons marins, d’habiles pêcheurs ; ils font un commerce trèsactif tant avec la Chine qu'avec leurs propres ports. Ils vont à la pêche du hareng, et même à celle de la baleine. Par contre, leur commerce avec le Japon est très-restreint, Le seul’ port de la Corée où les bâtiments japonais soient autorisés à entrer est Kou-Chan; et les navires coréens ne peuvent fréquenter au Japon que le port de Nangasaki.
Tout ce qu'on sait de leur constitution politique , c’est que
COREE — CORINDON
la puissance suprême est exercée d’une manière illimitée par le roi. Le dernier, Li-in , mourut en 1864, et eut pour successeur son fils, Li-sié, âgé de douze ans. Le roi de
- Corée est tributaire de l’empereur de Chine, etil luienvoie tous les ans deux ambassades : l’une qui apporte le tribut, l'autre qui vient chercher un exemplaire du calendrier chinois. La religion dominante est le bouddhisme ; cependant le christianisme a réussi dans ces derniers temps à y remettre les pieds. Le pays est divisé en 8 provinces, dont la plus importante est Koung-ti, où se trouve Hangtching, capitale du royaume.
En 1866, le nombre des chrétiens s'élevait, dit-on, à 20,000, lorsqu'une persécution fut dirigée contre eux. Neuf missionnaires eurent la tête tranche. A la nouvelle de ces événements le contre-amiral Roze quitta la Cochinchine et amena une petite escadre sur les côtes de Corée. Après avoir forcé l'entrée du Kang-Kiang, il remonta ce fleuve jusqu'à Séoul; puis il enleva Kang-Hoa, ville fortifiée (16 octobre). Mais comme l'hiver approchait, il ordonna la destruction de tous les établissements publics, et s’éloigna sans avoir pu nouer aucune négociation avec le gouvernement du pays.
CORELLI (ARCANGELO), le chef de toutes les bonnes écoles de violon modernes, naquit au mois de février 1653, à Fusignano, près d’Imola, sur le territoire de Bologne. Il eut pour maître de contre-point Matteo Simonelli, et J.-B. Bassani fut son maître de violon. En 1680 , Corelli était entré au service de la cour de Bavière. Vers la fin de 1681, il revint en Italie pour se fixer à Rome; il y publia, deux ans plus tard , des sonates pour deux violons et basse, avec accompagnement d'orgue, Sa réputation fut telle, que tous les grands seigneurs l’attiraient chez eux, et lui confiaient la direction des orchestres de leur musique. Mattheson l'avait surnommé le prince de tous les musiciens, et Gasparini l'avait appelé virtuosissimo di violino, e vero Orfeo de’ nostri tempi. Le cardinal Ottoboni avait voulu êtrele Mécène de ce violoniste, et l'avait logé dans son palais. Après des instances réitérées de la part du roi de Naples, pour aller visiter son royaume, Corelli se décida à se rendre à son invitation. Il y rencontra Scarlafti, qui le pressa beaucoup de jouer ses concertos devant la cour. Corelli obtint d’abord des triomphes complets; puis il y éprouva quelques mésaventures qui le firent partir brusquement pour Rome, Mais là de nouveaux déboires l’attendaient. Il trouva d’abord un hauboïste, puis un violoniste médiocre, nommé Valentini, qui lui disputèrent la vogue. Toutes ces contrariétés abrégèrent sa vie, qui se termina le 18 janvier 1713. Fétis dit qu’il futinhumé dans l’église dela Rotonde ou Panthéon, et qu'un monument en marbre lui fut élevé près de celui de Raphaël, par le prince Palatin , qui chargea le cardinal Ottoboni d’en diriger l’exécution. C'était au cardinal Ottoboni , son bienfaiteur, que Corelli avait laissé, par testament, sa riche collection de tableaux et une somme de cinquante mille écus. Mais Ottoboni ne garda pour lui que les tableaux, et distribua les cinquante mille écus aux parents du virtuose. Pendant une longue suite d'années, un service funèbre eut lieu sur la tombe de Corelli, à l’anniversaire de sa mort. Un orchestre nombreux y exécutait des morceaux tirés des œuvres de-ce musicien,
Malgré les progrès introduits depuis Corelli dans l’art de jouer du violon, il est vrai de dire qu’il a été le type de la belle école de cet instrument; que ses nombreux ouvrages sont des modèles du style large, noble et majestueux, et qu'ils peuvent être, même aujourd’hui, étudiés avec fruit par les jeunes violonistes. J. D'ORTIGUE.
COREOPSIS, genre de la famille des composées. 1] renferme des herbes vivaces de l’Amérique septentrionale, et dont plusieurs servent à la décoration des jardins. Tels sont le coreopsis tinctoria (calliopsis tincloria, Decandolle) aux fleurs brillantes , noires au centre et jaunes à la circonférence; le coreopsis diversifolia, dont les fleurs en
‘11 capitules terminaux, à disque pourpre, ont les rayous jaunes marqués d’une tache pourpre à la base des ligules, etc.
CORFOU, la plus septentrionale des iles loniennes, appelée dans Pantiquité Corcyre, contient, sur une superficiede550 kil. carrés, une population (1871) de 96,940 habitants, Grecs pour la plupart. La partie septentrionale de Pile est très-fertile en vin, huile, miel, fruits de toute espèce et surtout figues, etc.; cependant on y trouve de vastes étendues de terrains incultes et des marais pestilentiels, Cette île est tout à fait montagneuse; et, comme dans les autres iles Joniennes, les montagnes y sont généralement chauves et arides. Il n’y a que les vallées et les endroits bas et arrosés par des cours d’eau, qui soient susceptibles de culture. Presque tout le grain et toute la viande qu’on y consomme proviennent de la Morée,
Depuis le moyen-âge, Corfou a constamment partagé le sort du reste des îles Ioniennes. En 1401, elle passa définitivement sous les lois des Vénitiens, qui, en 1537 et en 1716, y repoussèrent bravement deux débarquements et deux attaques des plus vives, tentées par les Turcs. La dernière de ces attaques est surtout célèbre dans l’histoire par la manière glorieuse dont le comte Mathias de Schulenbourg se défendit dans la forteresse de Corfou. Les Vénitiens en restèrent possesseurs jusqu’à la destruction de leur république en 1797 par les Français. Corfou devint alors le chef-lieu d’un des trois départements que l’on forma des iles de la mer lonienne. Le congrès de Vienne en adjugea en 1814 la possession à l'Angleterre, qui la céda en 1864 à la Grèce.
Son chef-lieu, qui porte le même nom, est le siége du nomarque ou préfet grec, d’un archevêque grec et d’un évêque catholique. C’est une ville jadis fortifiée, possédant un port spacieux et sûr, protégé par une forte citadelle On y trouve un grand arsenal maritime, d'importants chantiers de construction et 24,000 habitants, qui fontun commerce important. Indépendamment d’une université fondée par lord Guilford, et ouverte en 1824, avec un jardin botanique et une bibliothèque publique de 20,000 volumes, la ville possède un lycée, fréquenté par de nombreux élèves, 43 églises et une cour d'appel.
CORIANDRE, genre de la famille des ombellifères, ne renfermant qu’une espèce , le coriandrum sativum, originaire de l'Italie, où on la trouve abondamment dans les blés; cette plante annuelle n’a d’intérêt que par ses semences, qui sont un objet de commerce non sans quelque importance, parce qu’elles. ont une saveur forte et aromatique qui les fait employer dans la confection des dragées, et pour aromatiser les mets et les boissons, dans le Nord surtout, où des peuples en mettent jusque dans le pain, concurremment avec les semences de cumin et de carvi. Dans le Midi, on met cette semence dans la bouche pour se rendre l’haleine agréable; et en effet, cette graine a une odeur trèsfine, et un arome qui lui est particulier.
La coriandre est un objet de grande culture, comme l’anis, avec lequel elle a beaucoup d’analosie; elle se sème au printemps dans le Nord, et en automne dans le Midi. Son produit en graines est considérable, et celles-ci doivent, après avoir été récoltées par un temps sec, n'être mises en sac que bien desséchées, afin de conserver leur couleur rousse, qui en facilite la vente ; car si elles reçoivent de l’humidité, elles noircissent et perdent une partie de leur'qualité et de leur valeur. TOLLARD aîné,
CORINDON. On comprend sous ce nom et l’on rapporte à une même espèce plusieurs minéraux connus depuis longtemps, et regardés comme très-différents les uns des autres, Les corindons sont les plus durs de tous les minéraux , après le diamant; ils les raient tous et ne sont rayés par aucun ; ils sont essentiellement composés d’alumine , dans la proportion de 90 à 98 pour cent; le reste est tantôt du peroxyde de fer, tantôt de l’oxyde de titane ou de chrome, principes auxquels les eorindons doivent leurs diverses colorations. On
distingue quatre variétés principales de corindon , dont trois sont.relatives à la texture, et la quatrième est une variété de mélange ; ce sont : le corindon hyalin , nommé d’abord télésie par Haüy; le corindon adamantin, où harmophane; le corindon compacte, et le corindon ferrifère. La plupart sont recherchées comme pierres précieuses, par suite des couleurs variées qu’elles possèdent.
Dans l'Orient, et surtout dans l’Inde, on fait un usage beaucoup plus fréquent qu’en Europe du corindon hyalin. Ilest transparent, à cassure vitreuse, incolore, ou diversement coloré ; il comprend tous les cristaux connus sous le nom de gemmes orientales , et, vu sa grande dureté et l'intensité de son éclat , il fournit au commerce de la joaillerie un grand nombre de pierres fines, dont quelques-unes sont estimées presque à l’égal du diamant, lorsqu'elles jouissent de toute leur perfection ; tels sont : le corindon d’un rouge cramoisi, dit rubis oriental; le jaune pur, out{opaze orientale; le bleu d'azur, ou saphir oriental; le violet pur, ou améthyste orientale; le vert, ou émeraude orientale; le saphir blanc, etc. On peut encore citer le corindon girasol, à fond blanc laiteux et à reflets mobiles, et le corindon astérie, qui, sur un plan perpendiculaire à son axe, montre une étoile blanchâtre à six rayons. La pierre nommée saphir par Théophraste et Pline n’est pas notre corindon hyalin, mais parait devoir être rapportée au lazulithe. Les anciens ne gravaient ni en creux ni en relief sur les télésies. Les pièces de cette espèce qui sont gravées appartiennent aux temps modernes. Une des plus célèbres représente un portrait en relief de Henri IV, gravé par Coldoré.
Le corindon adamantin comprend toutes les variétés des corindons de l'Inde, du Thibet et de la Chine, qui sont translucides , lamelleuses, et se divisent facilement en fragments rhomboïdaux. Elles ont des couleurs beaucoup plus ternes que celles des corindons hyalins.
Le corindon compacte est gris ou noirâtre, d’un aspect terreux, et complétement opaque ; tel est celui qu’on trouve près de Mozzo, en Piémont, dans un feldspath altéré.
Le corindon ferrifère à texture grenue n’est employé qu’en poudre. On le connaît alors sous le nom d'émeri.
CORINE ou CORINNE (du nom de la savante Thébaine, ou peut-être d’un diminutif du grec xépn, jeune fille). C’est le nom donné par Gmelin, éditeur de Linné, à une espèce d’antilope (antilope corinna) qui ne paraît différer de la gazelle que par des cornes beaucoup plus grêles ; ce n’est probablement qu'une variété d’âge ou de sexe, puisqu'elle se trouve également dans tout le nord de l'Afrique.
CORINNE, femme aussi célèbre par sa beauté extraordinaire que par son talent dans la poésie lyrique, et qui vivait vers 500 avant J.-C., était originaire de Tanagra en Béotie, mais résida souvent à Thèbes, d’où le surnom de Thébaine qu'on lui donne quelquefois. Elle remporta, dit-on, cinq fois le prix sur Pindare lui-même dans des concours de musique et de poésie; aussi lui avait-on érigé une statue dans le gymnase de Tanagra. Ce furent vraisemblablement la douceur etla mollesse de ses chants qui la firent surnommer Za mouche, de même que Sapho et Erinna avaient reçu celui d'abeille. 11 n’existe plus aujourd’hui qu’un petit nombre de fragments de ses poésies , écrits en dialecte éolien. Ils ont été réunis par Schneider dans ses Poetarum Græcorum Carminum Fragmenta (Giessen, 1802), par Schneidwin, dans ses Delectus Poelarum, etc. (Gœættingue, 1839), et en dernier lieu par Bergk, dans ses Zyrici Poctæ Græci (Leipzig, 1843 ).
CORINNUS D’ILION, C’est le nom d’un poëte épique qui suivant une tradition inventée et propagée, à ce que tout indique, par les ennemis d'Homère, aurait écrit avant lui l’Iliade, au temps même de la guerre de Troie; et ce serait de cette Zliade, antérieure à la sienne , que l’immortel aveugle aurait tiré la matière et le plan entier de son muvre, Suidas est le seul qui mentionne cette tradition. A
CORINDON — CORINTHE
l'en croire, Corinnus aurait été élève de Palamède ; il auraït employé le premier les caractères doriques , inventés par son maître, et aurait écrit également un poëme sur la guerre de Dardanus contre les Panhlagoniens., Ainsi rien n’a manqué à Homère, ni la misère ni la calomnie; mais
Trois mille ans ont passé sur la cendre d’Howère, Et depuis trois mille ans Homère respecté Est jeune encor de gloire et d’immortalité,
CORINTHE, ville célèbre dans l'antiquité, bâtie sur le détroit du même nom, auquel on donne par excellence le nom d’isthme, appartenant, d’après la division politique actuelle, au nomos d’Argolis et de Corinthe du royaume de Grèce, ne consiste plus, depuis les dernières luttes que les Grecs ont dû soutenir pour reconquérir leur indépendance, qu’en quelques ruines, composées de la citadelle, du temple de Neptune et d’un théâtre. Ses deux ports, autrefois si beaux, le Zechæon, sur le golfe de Corinthe, et Cencreæ, sur le golfe Saronique, ne sont plus aujourd’hui que des marais, qui infectent au loin l'atmosphère, et il n'existe presque plus de traces de Schænos, port situé au nord. Les débris de l'antique Corinthe furent utilisés plus tard pour construire les églises, les mosquées et les maisons de Ja wille neuve, ruinée à son four dans ces derniers temps.
La tradition antique veut que Corinthe ait été fondée vers l'an 1350 avant J.-C., par l'Éolien Sisyphe, à la race duquel succédèrentles Héraclides, puis les Bacchiades, branche de la famille des Héraclides qui constitua une oligarchie. Quelques générations plus tard , Cypselos (an 657 ax. J.C.) et son fils Périandre (627) s’y érigèrent en tyrans. Après la chute de son dernier tyran, Psammétique, en l'an 584 av. J.-C., Corinthe se donna une constitution ayant pour base la timocratie et l'aristocratie, et au début de la guerre du Péloponnèse elle fit cause commune avec Athènes, puis avec Sparte. L'or des Perses la mêla ensuite à la guerre dite de Corinthe, pendant la durée de laquelle son territoire fut le champ de bataille des Béotiens, des Argiens et des Athéniens. Plus tard les souverains de la Macédoine s’en emparèrent, comme d’un point important pour assurer leurs fron tières ; et quand, en l'an 243 av. J. C., les Macédoniens en eurent été chassés, elle entra dans la ligue Achéenne, et en fit partie jusqu’à ce qu’elle eut été détruite de fond en comble et réduite-en cendres par le consul romain Nummius, l'an 146 av. J.-C. A l’époque de sa dictature, en l’an 46, Jules César fit bien reconstruire Corinthe; mais elle ne put jamais recouvrer son ancienne prospérité, bien que, en qualité de chef-lieu de la province d’Achaïe, elle soit parvenue encoreà une certaineimportance. Plus tard, l’apôtre saint Paul séjourna à Corinthe; il y écrivit ses épitres aux Thessaloniciens et aux Romains, et de là se rendit, en 54, à Jérusalem.
Les arts plastiques brillèrent dès la plus haute antiquité d'un vif éclat à Corinthe, l'architecture notamment, qui y créa une foule de temples magnifiques, et qui donna son nom à un bel ordre de colonnes. Les vases fabriqués à Corinthe furent de tous temps en renom ; aussi finit-on par désigner sous l’épithète de corinthien tous les raffinements du luxe et de l'élégance dans l’ornementation intérieure des palais, parce que Corinthe l’emportait sur toutes les autres villes de la Grèce par son goût pour le luxe, goût dont elle avait hérité de Sycione, sa voisine, Aussi existait-il à la cour de Byzance, sous le nom de corinthiarius, un officier spécialement chargé des détails relatifs à l’ameublement des palais impériaux, Les hélaires de Corinthe étaient fameuses aussi par le luxe extrême dont elles s’entouraient ; elles avaient pour habitude deruiner complétement leurs amants, et le haut prix qu’elles mettaient à leurs faveurs avait donné naissance à ce proverbe : Non cuivis homini contingit adire Corinthum ; ce qui veut dire , Tout le monde ne peut pas aller à Corinthe. Dans le 3° volume de l'Éxpédition scientifique en Morée (Paris, 1838 ), on trouve la représin-