‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 383 sur 607 · CORINTHE — CORIOLAN · texte numérisé non relu

CORINTHE — CORIOLAN

cation des ruines actuelles de Corinthe. Consultez aussi Wagner, Rerum Corinthiacarum Specimen (Darmstadt, 1824).

[La même année, 146 avant J.-C., vit tomber sous les armes romaines deux puissantes cités, Carthage et Corinthe. Corinthe, musée de toute la Grèce, et qui pour les arts n'eut de rivale qu’Athènes , qu’elle surpassait de beaucoup en richesses, eut comme une place de prédilection dans le plus beau et le plus heureux site du Péloponnèse. Assise sur un isthme de deux lieues et demie de large, pour cela appelé aujourd’hui Hexa-Mili, Les six milles, elle était tournée vers deux mers, la mer Ionienne et l’Archipel; deux golfes , celui de Corinthe à l'occident (aujourd’hui golfe de Lépante ), et celui qu’on appelait Saronique à l'orient (golfe d’Engia ), la protégeaient contre les tempêtes et ses ennemis, ainsi qu'au midi une roche escarpée, l’Acro-Corinthe, citadelle bâtie par la nature. Sa position l'avait fait surnommer par les Grecs Amphithalassios, la cité aux deux mers. De ses deux ports, le Lechæon et le Cencréæ, le premier était ouvert sur l'Europe, le second sur PAsie. Son antiquité, sa position formidable, qui la rendait la clef du Péloponnèse, ses richesses, son luxe, sa noble passion pour les arts, ses temples, qui égalaient en nombre les dieux et demi-dieux de l’Olympe et de la terre, tous les objets admirables et dun haut prix en tableaux, en statues, en vases, en ciselures, en sculptures, dont elle était, pour ainsi dire, encombrée, en avaient fait le rendez-vous de toute la terre, particulièrement des grands et des riches.

Cette cité républicaine paya cher le courage et l'honneur de s’être mise à la tête de la ligue Achéenne contre le peuple-roi : Mummius l’assiégea et la prit. Il ne céda en férocité à pas un chef de barbares; il commanda à ses légions de n’y point laisser pierre sur pierre, corps sur corps, et d’y porter la torche dans tous les recoins. La grandeur et l’activité de l'incendie furent telles, que pendant plusieurs jours les deux mers en furent illuminées au loin, et que des décombres de cette métropole de l’Achaïe on retira, longtemps encore après sa destruction, un métal nouveau, résidu et précieux alliage de l'or, de l’argent et de l’airain, que les flammes avaient mis en fusion comme dans un volcan (voyez AirAiN). Corinthe, sortie de ses ruines, subsista jusque sous les empereurs du Bas-Empire, ne laissant pas que de jeter quelques étincelants rayons de sa gloire passée. Pausanias et Strabon, qui ne la virent point dans son antique magnificence, que nul auteur n’avait encore décrite, nous la dépeignent ornée et splendide au temps où ils vivaient. Hérode Aïticus, ce noble ami des arts, n'avait pas peu contribué à l’embellir, Il avait rempli le temple de Neptune, peu vaste, mais riche de son architecture, d’un grand nombre d'offrandes, parmi lesquelles on admirait quatre chevaux en bronze doré, dont les pieds seuls étaient d’ivoire : ainsi, ils ne peuvent être ceux que l’armée française ramena d'Italie, et qui, placés sur l’arc de triomphe du Carrousel, avaient mal à propos été appelés chevaux de Corinthe. Parmi les monuments datant de la restauration de cette ville ou échappés aux torches de Mummius, on distinguait son magnifique théâtre, son stade en marbre blanc, son temple de Neptune, dans le parvis duquel se voyait une grande mer d’airain; rapprochement remarquable à faire avec celle du temple de Salomon. Là aussi était un vieil autel où l’on offrait des sacrifices aux Cyclopes, ces demidieux anthropophages, dont le culte était abhorré, pour ne pas dire inconnu du reste de la Grèce et de toute l'Italie. On montrait comme un objet précieux une statue d’Hercule en bois, ouvrage de Dédale. Corinthe était aussi peuplée de divinités que l’Olympe; car, outre les statues de Cybèle, de Jupiter Très-Haut, de Jupiter Terrestre, de Neptune, d’Apollon Clarius, de Diane, de Vénus, de Vénus Armée, äe Mercure, de Bacchus, il y en avait à la Fortune, à l'Amour, à Phaéton, à Leucothoé, à Palémon, à Esculape, à Hygyéia

DICT. DE LA CONVERS, == T, VI

(la Santé), à Bellérophon, à Pégase, à la Force, à la Nécessité, à Cérès, aux Parques, à Proserpine, à Lucine, etc.

Au rapport de Strabon, le temple de Vénus à Corinthe, vaste et somptueux , possédait des richesses immenses, et on y voyait plus de mille courtisanes, qui y attiraient une foule d’étrangers. Son gymnase était un des plus beaux de la Grèce, et son superbe aqueduc, qui y amenait les eaux de Stymphale d’Arcadie, lun des monuments qu'y élevèrent les Romains. Dans un des faubourgs de la ville, non loin d’un bois de cyprès nommé le Cranée, se voyaient les tombeaux de deux figures historiques bien opposées, celui de Diogène le Cynique et celui de lélégante et voluptueuse Laïs. Callimaque l'architecte, inventeur du chapiteau à feuilles d’acanthe , l’appela corinthien, du nom de cette ville, où il avait vu le jour.

L’Acro-Corinthe, roche ardueet circulaire, ferme l’isthme du côté du Péloponnèse; de sa plate-forme on jouit de la plus belle vue du monde. L'Hélicon, le Parnasse avec sa double cime, les deux mers, Athènes, le cap Colonne, les îles voisines et les côtes du Péloponnèse, forment un tableau magnifique et varié, au centre duquel est le spectateur ravi. L’Acro-Corinthe est un immense château d’eau; on y compte en effet plus de deux cents puits ou citernes; un

- peu au-dessous de son sommet jaillit cette fameuse fontaine

de Pirène, au bord de laquelle Bellérophon saisit le cheval Pégase, qui s’y désaltérait. C’est de là que les médailles de Corinthe portent un cheval ailé, avec ou sans Bellérophon. Au moyen âge, Corinthe fut pendant lougtemps gouverné par de petits despotes, puis passa sous les lois des Vénitiens, Malomet II s’en empara en 1450 ; Venise la reprit en 1687 ; et les Turcs, qui la leur enlevèrent pour la dernière fois en 1715, la gardèrent jusqu’à l’affranchissement de la Grèce, en 1822. Mais qu'est-ce de nos jours que Corinthe? Quelques groupes épars de dix à vingt maisons séparées les unes des autres par des jardins de citronniers et d’orangers. Aujourd’hui cette ville a tout perdu, si ce n’est le grandiose et le pittoresque de sa citadelle naturelle, de l’Acro-Corinthe. D'ailleurs, l'air y est malsain, à cause de la vase qu'on à laissée s’accumuler dans ses deux ports. Le principal commerce des habitants consiste dans la vente des raisins secs.

L’isthme de Corinthe, dans sa plus grande largeur , n’a guère qu’un myriamètre. Cette pet te langue de terre, qui séparait deux mers semées d'îles, et qui forçait les vaisseaux à doubler le si dangereux cap Tenare (aujourd’hui cap Matapan), semblait à tous facile à couper. Démétrius de Phalère, Jules César, Néron, Caligula, Hérode Atticus, le tentèrent, mais vainement : Pausanias dit que de son temps on voyait encore dans le roc la trace de ces travaux. Aucune antiquité n’est debout dans l'isthme; on sait seulement que le temple de Neptune n’était pas loin du port Schænos, où l’on heurte encore les ruines d’un temple, d’un théâtre et de quelques autres monuments.

Page 1