‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 402 sur 607 · CORPORATION — CORPS · texte numérisé non relu

CORPORATION — CORPS

vie. N est difficile de préciser l’époque où les premières corporations se formèrent en Italie. Au dixième siècle il en existait une à Milan, sous le nom. de credentia. D'autres au douzième siècle possédaient une certaine importance politique, et il fallait nécessairement en faire partie pour aspirer à prendre part aux affaires publiques.

Leur formation en Allemagne correspond également à la naissance des premières constitutions municipales, D’abord les métiers étaient entre les mains des serfs, qui sous Charlemagne les exerçaient sur les biens des grands propriétaires ; mais à côté d'eux existait déjà une classe d'ouvriers libres, vivant, sous la protection et non sous la dépendance des seigneurs, en vrais serviteurs à gages. C'est dans la seconde moitié du douzième siècle que prennent naissance dans cette contrée la plupart des corporations. Les plus anciennes sont celles des tailleurs et des merciers de Hambourg (1152), etcelles des marchands de drap (1153) et des cordonniers ( 1157 ) de Magdebourg. Aux quatorzième et quinzième siècles, elles s’élevèrent généralement à une telle importance politique, que d’autres métiers, qui leur étaient entièrement étrangers, durent se placer sous leur protection. On fixait aux ouvriers un temps d’apprentissage, et pour leur conférer la maîtrise on exigeait d’eux, comme partont ailleurs, la production d’un échantillon appelé chefd'œuvre. Plus tard on acheta à prix d'argent l’exemption de cette formalité. Les lois de l'Empire et les ordonnances des princes, tout en respectant le droit d’association, ont cherché à remédier aux maux des mafîtrises anciennes; et en Saxe les mandats de 1780, 1810, 1828 et 1841 n’ont pas eu d’autre but.

Les corporations se formèrent en Angleterre à peu près comme en Allemagne; seulement l'élément démocratique y domina davantage. Aussi leur participation aux affaires publiques, à la représentation de la bourgeoisie et à l’administration des villes, s’y est-elle fait toujours plus sentir que sur le continent : le droit d’exercer un métier indépendant s’y obtenait soit en l’achetant , soit en passart par un apprentissage à l'expiration duquel on avait le droit d'être maître. Tous les métiers étaient égaux, et chacun pouvait faire partie de telie corporation qui lui plaisait. Comme un de leurs priviléges consistait dans le droit d’élection, ceux qui n'étaient pas artisans s’y faisaient agréger pour le posséder. Sous Henri [°° les tisserands formaient dejà à Londres une communauté.

En Danemark, on trouve dès 1476, à Odensée, une corporation qui porte le nom de Sainte-Trinité. La Suisse, surtout la partie allemande, en a bien auparavant. En 1260 les bouchers en formaient déjà une à Bâle, et deux ans plus tard nous en voyons une de jardiniers dans la même ville. En France, les corporations jaillirent également du seins des constitutions municipales. On peut dater du règne de Louis IX l'ère de leur développement, activement secondé par le célèbre Étienne Boileau, l’auteur du Livre des Métiers , bien que sous les rois de la seconde race il soit déjà question d'un roi des merciers. Mais avant le treizième siècle elles ne possédaient pas encore de priviléges, n’étaient pas autorisées par lettres patentes du roi, ou n’avaient pas encore de statuts approuvés par les magistrats compétents. Saint Louis, pour relever le commerce, établit des espèces de confréries, où les ouvriers travaillaient sous les yeux de leurs maîtres. Bientôt les nobles en établirent de pareilles sur leurs domaines. Pour les surveiller, le roi créa un oflice de grand chambrier de France, qui instituait les rois des merciers &t les visiteurs des poids et balances. Alors les commerçants de Paris formaient une grande corporation, qui sé divisait en six classes, qu'on appelait corps des Marchands ; de là le titre de prévôt des marchands donné au chef de l'administration municipale. Chaque corps de marchands avait ses syndics et ses règlements particuliers.

Sous Henri II, les corporations commencèrent à être

envisagées comme ressources de finances. Elles s’augmentèrent sous le ministère de Colbert. En 1691 le rôle du conseil les portait à 129. Depuis 1673 il fut créé dans les corporations plus de 40,000 offices. Mais l'argent que rapporta le vente de ces charges ne compensa pas le mal que ce système fit au pays. Enfin, l’édit de Versailles de février 1776 abolit toutes les corporations ; maïs il y eut bientôt tant de réclamations, qu’un édit d’août de la même année les rétablit sous une autre forme, en 6 corps de marchands et 44 communautés ; 21 professions faisant partie des communautés supprimées purent être librement exercées. Il fallut la grande révolution de 1789 pour détruire ce monopole, Lu suppression de toutes corporations fut demandée par la majorité des assemblées baiïlliagères et consignée dans les cahiers remis à chaque députation. La loi du 17 mars 1791 supprima toutes les corporations, maïitrises et jurandes. C’est par la comparaison de l’état de choses qu’elle a créé en France avec ce qui existe dans les pays où les corporations se sont maintenues, qu’on reconnaît combien on a à se féliciter de cette mesure.

Les confréries étaient des corporations religieuses ; les compagnies financières, comme celle des fermiers généraux, avaient aussi une administration spéciale, un syndicat chargé de représenter la compagnie; les ordres de Saint-Louis , du Saint-Esprit, etc., étaient aussi des corporations, et c’est sous cette dénomination générale que les lois rendues pour leur suppression et le mode de liquidation de leurs propriétés , de leurs dettes actives et passives, désignent tous les ordres militaires et religieux , toutes les communautés industrielles. On nedisait pas corporations des parlements, des magistrats municipaux, mais corps du parlement , corps de ville. En Angleterre le mot corporation sert aussi à désigner un corps politique auquel une charte, une patente royale a donné le droit de faire, dans l'étendue du territoire qui lui est assigné, tout ce que la loi permet aux particuliers. C’est aussi l’ensemble des magistrats et des notables d’une cité, Eug. G. DE MONGLAVE.

Les corporations industrielles ont été supprimées, en 1855 en Autriche, puis en Prusse et en Allemagne, et en 1858 en Danemark.

CORPS (du latin corpus ). Par ce mot, on doit entendre tous les êtres animés, inanimés, organisés et non organisés, qui sont sortis des mains du Créateur et qui affectent nos sens. Les corps s'offrent à nous dans trois états différents : ils sont solides, liquides, ou gazeux. De la glace est à l'état solide; quand elle est fondue, elle devient eau, et passe à l’état liquide; enfin, elle passe à l’état de gaz quand elle reçoit un degré de chaleur suffisant. Considérés par le physicien sous d’autres points de vue, les corps sont encore divisés en conducteurs et non conducteurs de la chaleur ou de l’électricité, en idio-électriques et anélect r iques; etc.

Les propriétés des corps sont générales ou particulières. Les propriétés générales sont celles qui appartiennent à tous les corps indistinctement : telles sont l'étendue, l’impénétrabilité, la porosité, la divisibilité, l'élasticité, la compressibilité, la mobilité et l’inertie. Les propriétés particulières sont celles qui n’appartiennent qu'à certains corps, comme la solidité, la dureté, la transparence, etc.

Les chimistes, dont la science a pour but l'étude de la nature des corps, distribuent ceux-ci en deux classes, les Corps simples ou élémentaires, et les corps composés. Les anciens ne reconnaissaient que quatre élémen ts, l’eau, l'air, la terre et le feu. Ilest bien reconnu aujourd’hui que l’eau, l'air, la terre, sont des composés. Les chimistes classent aussi les corps simples en pondérables et non pondérables (chaleur, lumière, électricité ). On distingue encore les corps simples pondérables en corps mélalliques et en Corps non mélalliques. On compte maintenant parmi |

es

544 L corps pondérables 65 corps simples, c’est-à-dire 65 substances qui jusqu’à présent n’ont pu être décomposées : du fer, du soufre, purs, etc., traités de toutes les manières, donnent toujours pour résultat du fer et du soufre. Les corps simples pondérables non métalliques, au nombre de 14, sont : azole, bore, brome, carbone, chlore, fluor, hydrogène, iode, oxygène, phosphore, sélénium, silicium, soufre, sirconium.— Les corps simples métalliques sont beaucoup plus nombreux ; on en compte 51, qu’on nomme: aluminium, antimoine, argent, arsenic, barium, bismulh, cadmium, cæsium, calcium, cerium, chrome, cobalt, cuivre, didyme, erbium, étain, fer, glucinium, ilménium, indium, iridium, lantane, lithium, magnésium, manganèse, mercure, molybiène, nickel, niobium, or, osmium, palladium, pelopium, platine, plomb, po- Lassium, rhodium ,rhutenium, rubidium, sodium, stron- L'um, tantale ou columbium, tellure, terbium, thorinum, titane, tungstène, uranium, vanadium, ylérium, zinc.

Corps signifie aussi, dans un sens particulier, la partie matérielle d’un être animé, et principalement de l’homme. On l’oppose souvent dans ce sens à l'âme, à l'esprit.

Nous n’essayerons pas de définir le corps, cette substance mdéfinissable. « Demême, dit Voltaire, que nous ne savons ce que c’est qu’un esprit, nous ignorons ce que c’est qu’un corps : nous voyons quelques propriétés, mais quel est le sujet en qui ces propriétés résident? 17 n’y a que des corps, disaient Démocrite et Épicure; à n’y a point de corps, disaient les disciples de Zén on d'Élée. » Mais si l'on ne peut établir quelle est la nature du corps humain, du moins on doit s’humilier devant la profondeur des desseins de Dieu qui a couronné ses créations par une œuvre aussi belle, par une œuvre plus sublime à elle seule que toutes les autres, à considérer le merveilleux assemblage des parties qui constituent la machine humaine. « On ne peut assez, dit Malebranche, admirer la Providence dans l’arrangement des corps et dans les différents organes qui composent la machine des animaux. Que d'ordre, que de ressorts, que de liaison ! » .

On dira d’un corps, eu égard à la taille et à la conformation de l'individu, qu'il est bien conformé, bien proportionné, et familièrement, bien ou mal bâti ; d’une personne chez laquelle l’emboupoint commence à se faire remarquer, qu’elle prend du corps ; d’un individu qui résiste bien à la fatigue, aux privations, à la douleur physique ou morale, qu’il a un corps de fer. Eu égard aux exercices,on dira qu’un individu porte bien son corps ou qu’il le porte de travers. Dans la lutte, dans les combats où on en vient aux mains, on saisit son adversaire au corps, deux combattants, deux ennemis ( au figuré, deux rivaux ) se prennent corps à corps, luttent corps à corps. Saisir quelqu'un à bras le corps, c’est le prendre au moyen du bras ou des deux bras passés autour du corps. À corps perdu, c’est avec impétuosité, sans songer à se ménager; ilse dit aussi au figuré. A son corps défendant, c’est en repoussant une attaque, ou au figuré, malgré soi, à regret, avec répugnance. Tomber

-rudement sur le corps à quelqu'un , c'est au figuré dire de quelqu'un des choses désobligeantes, en sa présence ou en son absence. On dit quelquefois, dans le langage familier, qu’il faut voir ce qu'un homme a dans le corps pour dire ce qu’il peut faire, ce qu’il est capable d'entreprendre et d'exécuter, Avoir du corps se dit, en manége, d’un aheval quand ses côtes sont bien tournées, amples, longues, et étre trop en corps, en vénerie, d’un oiseau qui est trop gras et vole avec difficulté. Corps se prend souvent pour cadavre, corps mort. Après une bataille sanglante, les deux partis se contestent quelquefois la victoire; mais le champ, jonché de plus où moins de corps, est là pour dire qui a plus ou moins souffert. Les anciens brûlaient les corps; chez nous on est dans l'usage de les ensevelir, de

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