CORRECTION — CORRÉGIDOR
pour les compléter à son gré. De là ce prestige enchanteur sous l'influence duquel on se trouve à l’aspect de l’Antiope endormie, où la magie de la couleur fait si bien oublier la difficulté du raccourci de ce beau corps, sans autre voile que le jour mystérieux qui le caresse en le modelant. L'une des plus gracieuses compositions du Corrége en ce genre, une Léda, n’a pu parvenir jusqu’à nous. Transporté de Prague à Stockholm, ce tableau disparut par négligence, et ce ne fut qu'après la minorité de Christine, qu'ayant été retirc d'une écurie à laquelle il servait de volet, cette reine le sauva d’une destruction imminente en l’'emportant avec elle à Rome : Christine y étant morte, le laissa par testament à don Livio Odescalchi. Ce legs passa des mains des héritiers de ce seigneur dans celles du régent de France, le due d'Orléans, et devint enfin la propriété du fils de ce prince. Ce dernier possesseur fit brûler la tête de Léda, dont l’expression pleine de volupté ne présentait à ses yeux qu'un scandale de plus. Cette belle peinture du Corrége n’est pas la seule que le duc dévot ait fait mutiler ; il fit enlever également et détruire les têtes de Jupiter et d’[o dans le tableau de ce nom, et en fit lacérer la toile; ces précieux restes, recueillis par Coypel, présent à l’exécution, furent vendus, à son inventaire, à M. Pasquier, député du commerce de Rouen, pour la somme de 16,500 livres. La tête de Léda a été restaurée par un homme presque inconnu, Desliens, et celles de Jupiter et dIo par un nommé Collins.
Le Corrége ne doit pas seulement à la suavité de son pinceau la haute estime acquise à ses productions; c’est lui qui le premier osa tracer des figures planant dans l’espace aérien des parois d’une coupole, et ne se développant aux yeux du spectateur que par l’entente si difficile des raccourcis. Le dôme de la cathédrale de Parme offre l’une des fresques les plus remarquables qui soient sorties de a main de ce peintre. Le plafond de l’église de Saïnt-Jean-des-Bénédictins, représentant l’ascension du Sauveur entouré des douze apôtres, n’est pas moins bien traité sous le rapport du dessin, de la couleur et du modelé.
Une riche ordonnance dans la composition, des draperies larges, de la vigueur autant que du charme et de la fraicheur dans le coloris, des airs de tête où la finesse de l’expression s’unit à un ensemble ravissant par la grâce qui en coordonne toutes les parties, une sorte de mollesse indéfinissable qui saisit et enivre, telles sont les qualités dominantes du Corrége. Ses plafonds, La Nativité, Jupiter et Io, Léda, Antiope endormie, Saint Jérôme, Le Mariage de sainte Catherine, La Madeleine, Une sainte Famille , en fournissent de beaux exemples. Les dessins de Corrége sont en général au-dessous des créations de sa brillante palette ; on en connaît peu. Beaucoup de graveurs ont multiplié les œuvres de ce maitre,
Le Corrége est mort à l’âge de quarante ans, en 1534, à la suite d’une fièvre causée par la rapidité avec laquelle il parcourut le chemin de Parme au lieu qu’il habitait : l'artiste célèbre dont on paye si cher aujourd’hui les tableaux s’était trop hâté de porter à sa famille indigente la monnaie de cuivre qu’il venait de recevoir pour prix d’une fresque où ressortait toute la grandeur de son génie.