L. LAURENT
CORROIÏ, couche plus ou moins épaisse d'argile, et, à aéfaut, de terre franche, dont on se sert en architecture hydraulique poar empêcher les filtrations de Y’eau. On emploie ordinairement les corrois pour le lit des rivières factices dans les pares, pour celui des canaux , des réservoirs, des viviers, etc., lorsque le fond en est perméable. L’argile ou terre glaise est la matière généralement préférée; elle présente cependant l'inconvénient d’être sujette au rerail, c'est-à-dire que si, par une cause quelconque, le bassin vient à se trouver à sec, le lit d'argile se fendille et n’est plus propre ‘à retenir les eaux. On a obvié à ce retrait de la glaise, dans la construction des docks de Sainte-Catherine à Londres, en la pénétrant d’une grande quantité de petites pierres ou de gravier pur, qui, en divisant ses molécules, et en facilitant peu à peu l’évaporation de l'humidité, empêchent par leur ténacité toute déliaison et atténuent ainsi les effets de la dessiccation.
CORROSIF, Voyez CORRODANT.
CORROYEUR, ouvrier qui retravaille lescuir s après qu’ils ont subi les opérations du tannage. Son industrie s'exerce sur tous les cuirs tannés qui ne sont pas cuirs forts et qui ne sont pas destinés à faire des semelles. Le corroyeur défonce d’abord les cuirs en les mouillant fortement avec un balai trempé dans l’eau; en les mettant ensuite sur une claie construite exprès pour faciliter le ramollissement et Vadoucissement de chaque partie ; en les foulant, soit avec le talon de gros souliers appelés souliers de boutique, soit avec la bigorne , espèce de masse en bois ; enfin en enlevant les drayures ( inégalités de l'épaisseur de la peau), à l'aide d’une espèce de couteau à deux manches nommé drayoire. Il faut alors passer avec force sur les cuirs la paumelle, espèce de rabot en bois très-dur, dont la semelle est taillée en crans transversaux très-aigus ; cet outil donne à la peau un grain plus ou moins fin. L’ouvrier étend ensuite les peaux, et, à l’aide d’une plaque de fer ou de cuivre nominée élire, il fait refluer les parties épaisses du côté des minces. Enfin, on pare à la lunette, c’est-à-dire qu'après avoir tendu Ja peau sur un bâton et avoir attaché le bout qui pend à la tenaille placée à la ceinture de l’ouvrier, celui-ci râcle les parties charnues avec un couteau circulaire percé d’une ouverture ronde et appelé lunette. Il ne reste plus qu’à passer à l'huile ou au suif, à teindre et à lustrer les peaux destinées à certains usages.
CORRUPTICOLES, parti d’eutychiens qui surgit, vers l’an 531 de J.-C., en Égypte, et eut pour chef Sévère, faux patriarche d'Alexandrie, qui prétendait que le corps du Sauveur était corruptible, et que le nier était nier la vérité de sa passion. D’un autre côté, Julien d'Halicarnasse, autre eutychien, également réfugié en Égypte, soutenait que le corps de Jésus-Christ avait toujours été incorruptible et que soutenir le contraire était admettre deux natures en lui. Le peuple d'Alexandrie se partagea en corruplhcoles et incorruptibles ou phantasiastes. Le clergé et les puissances séeulières étaient pour les premiers ; les moines et le peuple pour les secords.
CORRUPTION (en latin corruplio, de corrumpere, composé de cum, avec, et de rumpere, rompre) Si ce mot était pris rigoureusement dans son sens etymologique,
il aurait pour synonymes les termes décomposition et désagrégation, qui, comme lui, indiquent l’état dans lequel les molécules constitutives des corps tendent incessamment à se désassocier et à se répandre dans l’espace pour former de nouvelles combinaisons. Mais, aitendu que lorsque la corruption d’un corps s'effectue, il se passe dans certains cas des changements chimiques qu'on désigne sous le nom de fermentation putride ou de putréfaction, l'idée de corruption physique entraîne toujours œelle de dégagement de vapeurs ou de gaz infects qui se répandent dans l’atmosphère.
On observe d’une part que les émanations fétides qui se dégagent des corps corrompus dont la putréfaction est plus ou moins avancée sont nuisibles à l’homme et à un très-grand nombre d'espèces animales, et de l’autre qu'un certain nombre d'animaux recherchent soit les chairs corrompues, soit les détritus des végétaux et des animaux dans un état de corruption pour s’en nourrir, et que d’autres encore, dont les germes ont été préalablement déposés dans les cloaques ou les putrilages, naissent et vivent plus ou moins longtemps au sein même de la corruption, qui dissémine dans l'atmosphère les éléments fluidifiables des corps organisés après leur mort. Avant que des observations exactes eussent permis de constater qu’un certain nombre d'insectes allaient déposer leurs œufs sur les corps corrompus, les anciens philosophes, trompés par les apparences, ont pu croire que la corruption engendrait elle-même la vie. L. LAURENT.
Corruption, en morale, en politique, en matière de goût, est le signe précurseur d’une destruction, tantôt lente, tantôt rapide, et dont les effets disparaissent quelquefois pour se reproduire un peu plus tard avec des développements encore plus considérables. La corruption, celle qui s'attache aux mœurs, dérive d’une si grande multitude de causes, qu’on la retrouve aux premiers jours des empires comme à leur déclin: elle ne varie que dans la forme. Chez les peuples conquérants, où la force se permet tout, la victoire donne trop de jouissances pour que les mœurs se conservent pures. Au sein des nations commerçantes, il se forme rapidement des fortunes si prodigieuses qu’elles achètent ce qu’on refuse ailleurs. Les peuplades à demi barbares cèdent si vite et si souvent à l’impétuosité de leurs passions, qu’elles effrayent par une corruption tout à la fois féroce et abjecte. Enfin, dans les capitales, les séductions sont si nombreuses, les besoins si exigeants, le luxe si impérieux et si étendu dans ses dépenses, qu’il semble qu’on respire la corruption avec l'air. Dans la vie privée, un pouvoir sans bornes, laissé à un seul sur plusieurs, amène encore les effets les plus désastreux. L’esclavage corrompt les mœurs de celui qui commande comme les mœurs de celui qui obéit : aussi, chez les modernes a-t-il été en général d’une courte durée. Pour arrêter les progrès de tant de causes diverses de corruption, restent les enseignements religieux et les institutions politiques, qui dans tous les pays forment un heureux contre-poids. Remarquons que chez les anciens, où il y avait plutôt culte que morale religieuse, les formes de gouvernement venaient au secours des mœurs; ces formes étaient républicaines, c’est-à-dire que chacun avait droit d’iuspection sur son voisin, et que c'était même pour lui un devoir de le dénoncer. Depuis l’apparition du christianisme , où le système monarchique a prédominé, les Pères, les docteurs de la loi, ont élevé la chasteté au rang des plus hautes vertus; ils l'ont infusée dans la conscience, à défaut de la force publique qui leur manquait.
La plus redoutable de toutes les corruptions est la corruption politique : elle corrode tout; il n’y a de patrie qu’à la condition imposée à tout citoyen de remplir les devoirs dont lui-même fait choix; manque-t-il à son engagement, l’État s'écroule. En effet, au lieu de rendre la justice, on la vend; au lieu de remplir les places, on les exploite; les généraux cäpitulent pour devenir riches, et l'indépendance nationale
ce perd. La corruption politique, pour être hideuse, n’en a pas moins ses retours périodiques ; on l’aperçoit à la suite de longs règnes efféminés, ou bien encore comme conséquence inévitable de ces révolutions qui engloutissent dans leurs violences toutes les promesses qu’elles avaient d’abord faites. Découragés, les citoyens ne regardent plus que comme des rêves, des chimères ou des enfantillages, toutes les nobles espérances qu’ils avaient conçues; ils passent d’un généreux dévouement à la soif d’un gain sordide; ils aspiraient jadis à fairædes sacrifices, ils ne veulent plus désormais que s’assurer des recelles ; on postule les suffrages puhlics pour les échanger contre des places lucratives.
A la corruption politique il en fant joindre une autre, celle du goût dans les arts et dans la littérature; et c’est là un bien triste complément. Dans une civilisation avancée, les arts et la littérature sont mélés à tout ; ils réagissent sur les sensations et sur les sentiments. Deviennent-ils barbares, ils inpriment aux sensations toutes les habitudes d’une violence frénétique, comme ïls donnent aux sentiments la conviction d’une fatalité perpétuelle. Il n’y a plus de justice, puisque c’est la force qui décide en souveraine; il n’y a plus de dignité, parce qu’on enlève à l’homme le libre arbitre; c’est une dégradation complète.
Les femmes, dans tous les genres, sont moins sujettes que les hommes à la corruption : il y a dans leur nature quelque chose de délicat qui passe dans toutes leurs habitudes, et qui purifie tous leurs sentiments; elles ressentent donc pour certains désordres une répugnance invincible. Mais tombent-elles dans la corruption, il leur arrive de dépasser tous nos excès : elles ont rompu avec leur sexe.
SAINT-PROSPER
COR RUSSE. Les Russes ont une musique de cor dont les effets sont surprenants. Vingt, trente, quarante musiciens ont chacun une espèce de grand cor ou de trompe qui ne doit rendre qu’un seul son; ces cors sont tellement accordés qu'ils fournissent, comme les tuyaux de l'orgue, toutes les notes nécessaires pour exécuter un morceau de musique et ses accompagnements : ainsi, l'un des musiciens fait tous les ut de telle ou telle octave qui se rencontrent dans ce morceau , un autre tous les ré, etc., et la précision de leur exécution doit être telle que ces différents sons paraissent partir d’un même instrument. Comme il y a tels tons qui ne se rencontrent presque jamais près les uns des autres, ou qui reviennent plus rarement, on peut charger de deux ou trois cors quelques-uns de ces exécutants, ce qui diminue le nombre de ceux-ci, Cette espèce d'orchestre rend des sons plus forts, plus nerveux, plus pleins que nos instruments à vent, ces instruments étant limités, soit par la nécessité où l’on est de leur donner un certain diapason, soit pour qu'ils ue couvrent pas les voix et les autres instruments avec lesquels on les emploie ordinairement. Un habile orchestre russe peut exécuter des quatuors, des symphonies, des concertos de Haydn, Mozart, Pleyel, etc., et rendre jusqu'aux trilles et aux roulades avec la plus grande précision. Dans un temps calme, cette musique a souvent été entendue à la distance de six kilomètres; et même pendant une nuit tranquille, et d’un lieu élevé , on a pu l’entendre jusqu’à la distance de neuf kilomètres. De près ces cors produisent l'effet d’un grand orgue, sur lequel ils ont le précieux avantage de pouvoir enfler, diminuer, laisser expirer les sons; de loin on croit entendre un liarmonica. En 1763 on employa cette musique avec succès dans une fête qui fut donnée à Moscou : un immense traineau de quatre-vingts mètres de tour, et tiré par vingt-deux bœufs d'Ukraine, portait les musiciens. L’inventeur de cette musique de cors est J.-A. Maresch, né en Boliëme, en 1719. C’est vers 1750 qu’il s’en occupa avec le prince Narichkin. On l’a perfectionnée ensuite, et les musiciens chargés des parties aiguës gouvernent maintenant des cornets à clés qui donnent trois sons. Casris-BLaze,
CORS ou ANDOUILLERS. Voyez Cenr.