‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 424 sur 607 · CORTE — CORTES · texte numérisé non relu

CORTE — CORTES

ment de Paoli. On y voit une fontaine monumentale, et les statues de Paoli, du général Arrighi et du roi Joseph. CORTÉGE. Cette expression, d'origine toute moderne, puisqu'elle ne se trouve pas dans le Dictionnaire de Monet, imprimé au milieu du dix-septième siècle, fut probablement composée des deux mots latins corpus, corps et £egere, couvrir, protéger, défendre. On est surpris que la dénomination d’une coutume aussi ancienne ait manqué à notre vieux langage ; car en tout temps l’usage d'accompagner les grands, et en certaines occasions les hommes, quels qu’ils fussent, a été pratiqué. Ainsi chez les anciens, comme chez lès peuples modernes, les parents, les amis, les serviteurs, accompagnent nos dépouilles et font cortége autour d'elles ; mais dans notre langue le mot coréége s'applique principalement à cette suite nombreuse de courtisans, de gardes et de valets, dont s’entourent les princes dans les cérémonies. On se souvient de la pompe et de l'éclat dont les Romains ne manquaient pas d’environner leurs généraux vainqueurs ; et Tacite, dans la peinture qu’il nous a laissée des peuplades germaines , dit que les chefs célèbres par leurs exploits avaient toujours avec eux un grand nombre de jeunes guerriers qui s'attachaient à leur personne et la défendaient à la guerre. Le chef , en récompense, partageait avec eux le butin; cette coutume passa dans les mœurs féodales, et nous voyons les riches seigneurs visiter leurs vassaux ou le suzerain lui-même avecunesuite nombreuse, Dans le romande Garin, Fromont de Gascogne se rend à Paris, et l'abbé de Saint-Germain des Prés, son parent, le loge avec dix mille chevaliers qui l’accompagnaient au parlement que devait tenir le roi Pepin. Ceci n’est qu'un exemple, qu’il serait facile de multilier, ; Les rois de France dans les occasions ordinaires marchaïent seuls ou accompagnés de quelques familiers et domestiques. « Le roi vit souvent à la campagne, dit Chrisfine de Pisan', en sa Vie de Charles V;il s'y rend sur un cheval blane, dont le harnais est garni de grelots d’or; quelques gens d'armes le précèdent et les seigneurs du sang l’accompagnent, mais à distance et sans oser l’approcher, à moins qu’il ne les appelle; ce n’est pas par fierté, mais il dit que la royauté est la chose patrimoniale de l’État, qu’ainsi il ne peut la compromettre en faisant autrement qu'avaient fait ses prédécesseurs. » Ce fut Louis XI, toujours craignent la vengeance de quelques hautes familles dont il avait sacrifié les chefs, qui eut le premier autour de sa personne une garde écossaise, qui ne le quittait pas. François 1°”, ce prince si fastueux, si magnifique quand il fallait soutenir l’éclat de son rang, courait à cheval dans Paris, n’ayant qu’un page À sa suite, et s’en venait ainsi visiter le fameux Robert Étienne, imprimant le Trésor de la Langue Grecque, qu’il avait composé. On sait que Henri IV fut assassiné rue de la Ferronnerie, n'ayant pour tout cortége que trois seigneurs assis dans le même coche que lui; et des trois, assurent quelques historiens, deux le trahissaient, Le cardinal de Richelieu est celui qui introduisit l'usage de faire accompagner la voiture des princes régnants par une garde d'honneur, et lui-même avait un régiment commandé par un comte de Fiesque, sa créature. Louis XIV, dont le goût pour la représentation et le faste était prononcé, maintint cet usage et en régla l'exercice. Le cérémonial qu’il avait établi, à quelques différences près, fut conservé par ses successeurs, Dans les fêtes religieuses ou politiques , à leur sacre ou à leurs entrées ‘dans les bonnes villes de France, nos rois déployèrent toujours beaucoup de pompe et d'éclat. Le Roux DE Lincy.

CORTENBERG, village entre Bruxelles et Louvain, où le duc de Brabant Jean If, surnommé le Pacifique, quoique son règne ait été fort agité, voulant prévenir les troubles qui avaient éclaté dans les principales cités de ses États entre le peuple et les magistrats choisis exclusivement parmi les familles patriciennes, assembla en 1212 les sei-

gneurs et les députés des villes, et publia les règlements célèbres connus sous le nom de charte on Loi de Cortenberg. De sages mesures furent prises concernant les impôts, l'administration de la justice et le maintien des droits et franchises des grandes communes ; ou créa un conseil, composé de quatre seigneurs et de dix députés des villes du premier rang, qui devaient s’assembler toutes les trois semaines au château de Cortenberg, tant pour remédier aux abus qui pourraient se glisser dans l’administration que pour aviser aux mesures législatives réclamées par l'intérêt public. Enfin, les sujets du Brabant furent autorisés à refuser le service au duc qui viendrait à enfreindre ces statuts. Cet acte solennel , rédigé en flamand , et auquel on attribue l’origine du conseil souverain de Brabant, est daté du 27 septembre 1312. Le duc mourut le 27 du mois suivant. Le 17 septembre 1372, le duc Wenceslas, dans une assemblée tenue à Cortenberg, accorda une grande charte confirmative de celle de 1312 et de la charte wallonne de Jean III, qui en développait l'esprit, DE REIFFENBERG.

CORTES, dérivé de corte, équivalent espagnol du latin curia, c'est-à-dire cour, résidence d’un souverain. Cest le nom qu’on donne en Espagne et en Portugal aux assemblées législatives. Quand, à la suite de la décadence de la puissance des Maures en Espagne, les princes chrétiens en enlevèrentles conquêtes les unes après les autres, il se forma dans les nouveaux États des assemblées représentatives (cortès ), qui restreignirent l’autorité du prince. En Castille eten Aragon, deux puissants États qui se constituèrent par la réunion de plusieurs autres d'importance moindre, ces assemblées se composèrent de délégués du clergé', de la noblesse et des villes, séparés en classes différentes, appelées en Castille estamientos et en Aragon brazos.

En Aragon, la constitution des états eut un caractère tout particulier, et reçut une forme remarquable; de bonne heure l’assémblée des états y obtint d'importants priviléges, et l'ordre de la bourgeoisie eut le droit d’y siéger et d’y voter beaucoup plus tôt qu’en Castille. Un juge nommé par les états eux-mêmes, el justicia, jugeait les différends qui pou vaient s'élever entre le roi et les états, et avait mission de maintenir la puissance royale dans les limites fracées'par la loi fondamentale.

En Castille, les droits des états étaient moins précis, et les priviléges de la bourgeoisie moins étendus que dans le royaume voisin; mais dans l’un et l’autre pays le roi était obligé de se soumettre à la volonté des cortès. Après la réunion des royaumes d’Aragon et de Castille, le roi Ferdinand et sa femme Isabelle réussirent à se rendre plus indépendants des cortès; et celles de Castille, lors de la diète tenue par Charles-Quint à Tolède en 1538, ayant osé refuser de consentir à l'établissement d’un impôt extraordinaire, le roi déclara l'assemblée dissoute. Depuis lors le clergé et la noblesse cessèrent d’être convoqués,etiln’y eut plus que les députés de dix-huit villes, qu’on réunit dans certains cas, quand il s’agissait de consentir à l'établissement de nouveaux impôts. Après la guerre de la succession d’Espagne, Philippe V enleva aux provinces qui avaient tenu pour la maison d’Autriche le reste de leurs immunités. Depuis lors les cortès ne se rassemblèrent plus que pour des prestations de foi et hommage, ou encore quand il s’agissait de prendre une décision sur une question de successibilité au trône. Ce fut en 1713 qu’on les appela pour la dernière fois à rendre une décision de ce genre ; en 1780 elles furent encore réunies à l’occasion de l’accession au trône de Charles 1V.

Quand Napoléon détrôna Ferdinand VIT, en 1898, la constitution acceptée à Payonné par la junte des cortès créait, sous le nom d’assemblée des cortès, une représentation nationale composée de vingt-cinq archevèques, de vingtcinq nobles et de cent vingt-deux députés du peuple, Mais cette

représentation nationale n’exista jamais que sur le papier, de même que les cortès, auxquelles plus tard Napoléon, dans la vue de se concilier les sympathies populaires en Espagne, promit de rendre leurs anciennes prérogatives, Par contre, la junte insurrectionnelle de Séville, autorisée à cet effet par Ferdinand VII, convoqua en 1809 les cortès ; et l'assemblée, qui sé composait de cent quatre-vingt-deux membres, ouverte le 24 septembre 1810, donna aupays , le 18 mars 1812, une constitution nouvelle. Les cortès extraordinaires setranformèrentle 14 septembre 1813 en cortès ordinaires, et vinrent, dans les premiers jours de 1814, s'établir à Madrid, où, au re- {our de Ferdinand VI, elles furent dissoutes, en même temps que léurs membres étaient de la part du gouvernement de la restauration l’objet de cruelles persécutions. Par suite de la révolution de 1820, Ferdinand VII se vit contraint, au mois de mars de cette même année, de convoquer de nouveau les cortès de 1812; mais l’invasion française força en 1823 cette assemblée à se retirer d’abord à Séville, puis à Cadix, où, le 27 septembre, elle se déclara dissoute, et rendit au roi lexercice de son pouvoir absolu. Le premier usage qu’en fit ceprince fut de condamner à l'exil la plupart de ceux qui avaient fait partie de cette assemblée. Quand, par sa pragmatique de 1830, Ferdinand VII eut aboli la loi salique en Espagne, il convoqua en 1833 les anciennes cortès du royaume, qui durent prêter avec beaucoup de solennité serment de fidélité au nouvel ordre de succession introduit dans la monarchie. Après la mort de Ferdinand; et lorsque éclata la guerre civile, la reine régente Marie-Christine se vit contrainte d'accorder à la nation une nouvelle constitution ayant pour base le système constitutionnel ( Es{atuto real), avec des cortès divisées en chambre des députés ( Procuradores del reino) et en chambre des pairs . Proceres). Mais dès le mois d'août 1836 l’estatuio real était renversé et remplacé par la constitution des cortès de 1812, à laquelle une assemblée constituante convoquée l’année suivante fit subir de nombreuses modifications. Les droits des cortès furent encore restreints davantage après la chute ® Espartero, par Narvaez et par Marie-Christine, en octobre 1844, puis en 1852.

En Portugal, l'histoire des cortés date de l'assemblée de Lamego (1144 ), qui confirma le titre de roi à Alphonse T°", Leurcomposition, de même que l'étendue de leurs droits, n'avait rien de fixe, et fut soumise à de nombreuses variations. À peu près supprimées depuis le commencement dwseizième siècle , elles furent rétablies dans toutes leurs anciennes prérogatives lorsqu’en 1640 la maison de Bragance monta sur le trône ; maïs à partir de 1697 on cessa tout à fait de les convoquer. La révolution de 1820 eut pour résultat de doter le Portugal d’unenouvelle constitution, votée par des cortès constituantes plus libérales encore que celles d’Espagne , et à laquelle le roi Jean VI prêta serment le 1% octobre 1822. Lesnouvelles cortès, convoquées aux termes de cette constitution, se réunirent le 1°* décémbre suivant; mais une contre-révolution ne tarda pas à les renverser avec la constitution, de qui elles tenaient leurs pouvoirs. Le 5 juin 1824 le roi Jean VI publia un décret qui reméttait en vigueur l’ancienne constitution de la monarchie, avec l’ancienne assemblée des cortès (de Lamego). A la mort de Jean VI, son successeur dom Pedr o octroyà, dès le 26 avril, au Portugal une nouvelle constitution, calquée sur celle d'Angleterre et de France (carla de Ley), en même temps qu'il convoquait de nouvelles cortès et abdiquait la couronne en faveur de sa fille dona Maria daGloria, Après avoir été supprimée pendant l’usurpation de dom Miguel, cette constitution représentative, remise en vigueur à la suite de l'expulsion de cet usurpateur, fut remplacée en 1836 , à ia suite d’une révolution, par celle de 1822, puis encore une fois,remise en vigueur le 11 février 1842; et depuis cette épôque, en dépit de nombreux orages politiques, elle n'a pas laissé que de fonctionner tant hien que mal.

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