COTÉ DROIT, COTÉ GAUCHE
Montlosier. D’autres membres ne se signalaient que par leur effervescence irréfléchie, comme Duval d'Éprémesnil, qui, après avoir dès avant les assemblées des notables attaché, en quelque sorte, le grelot révolutionnaire, était revenu à ce queses nouveaux amis appelaient résipiscence, traitant dans une séance le président de l'Assemblée luimême de j...f..; comme Faucigny, qui interrompit un jour une discussion assez orageuse en disant : « Allons, f...…, puisque la majorité et la minorité sont dans une guerre ouverte, il faut tomber à coups de sabre sur ces gaillardslà; » comme le vicomte de Mirabeau, à qui de telles incartades étaient familières, e£ qui, connu par son intempérance, donna lieu à une motion tendant à lui interdire la tribune après dîner. Nous pourrions encore citer le comte de Virieu , qui, rappelé à l’ordre pour avoir dit que l’Assemblée était dirigée par des démagogues, montra le poing à ses collègues, en leur adressant des b. et des f. bien articulés ; Guilhermy, qui, interrompant Mirabeau l'aîné, s’écria : « Mirabeau parle comme un scélérat et un assassin. » Il est inutile d’ajouter que le côté droit en masse se permettait d’étranges vociférations. À bas! qu’on les f.... à La porte. telles étaient les interjections seulement de cette fraction de Assemblée, qui pourtant était presque toute composée de courtisans, de nobles et de prêtres. L'abbé Maury, le chef de l’opposition aristocratique, avait le ton et les manières d’un grenadier, et Clermont-Yonnerre, évêque de Lodève, qui primait aussi dans le parti, n'était ni plus modéré ni plus calme. C’est lui qui, demandant un jour que Mirabeau l'aîné füt rappelé à l’ordre, ajouta que si on ne l'y mettait pas, il saurait bien l'y rappeler lui-même.
Le côté gauche était ordinairement moins bruyant : il sentait sa force. Ses habiles meneurs avaient besoin de sang froid pour ne pas laisser échapper leurs secrets au miliem des tempêtes soulevées comme à plaisir par une impuissante minorité. Toutefois, dans une circonstance où le côté gauche était très-orageux et le côté droit extrêmement tranquille, l'abbé de Montesquiou , qui présidait, observa que l'assemblée nationale ressemblait aux malheureux peuples de l’Indostan , qui voient à droite le soleil, et la tempête à gauche. » Maïs quand la gauche et la droite se mélaient de se renvoyer les sarcasmes , les interpellations , les vociférations, le tumulte durait des heures entières : « On n’aurait pas entendu Dieu tonner, est-il dit dans les Anecdotes, quand la question préalable ne réussissait pas à la minorité (côté droit) : sa dernière ressource était ce charivari infernal. Les uns se servaient de leur fausset, les autres de leur basse-contre; ceux-ci frappaient du pied, ceux-là des mains, »
Dans l’Assemblée législative, dont la contenance ne fut quelquefois pas plus calme que celle de la Constituante, le côlé droit devint le refuge de la majorité modérée de cette première Assemblée : Girardin, Raymond, Dumas, Du Galand, Beugnot, Becquey, Lemontey, vinrent s’asseoir sur les bancs qu'occupaient naguère Cazalès, Virieu, Maury, Frondeville, d’Esprémesnil, etc. Ils héritèrent de la haine que le peuple vouait à ces orateurs aristocrates, mais ils surent se préserver des excès de eeux-ci; et s'ils furent opprimés , ce fut du moins avec calme et dignité, La majorité démocrate de l’Assemblée, qui obtint seule la popularité, cette majorité se divisait en deux sections, les girondins, républicains moderés , qui étaient destinés à former un jour le côté droit de la Convention, et les anarchistes, où divers éléments hétérogènes venaient se combiner. Cette dernière fraction, qui formait réellement le côté gauche de l’As-
.semblée, réunissait les partisans du due d'Orléans, quelques
républicains exaltés et sans instruction, et tous les hommes que la conviction moins que l'intérêt avait entraînés dans la révolution. Merlin de Thionville, Bazire et Chabot, dirigeaient ce parti, qui avait pour lui toutes les sociétés populaires , et l'influence immense de Robespierre