COLOMBIE
existant dans la jeune république de la Nouvelle-Grenade, Narino fut él1 dictateur, et marcha aussitôt contre les Espagnols. Heureux au début, il les battit en diverses rencontres, et les chassa successivement de province en province jusqu’à Pasto. Mais au mois de juin 1814 il y fut atjaqué à l’improviste par les Espagnols, qui avaient reçu de souvelles troupes de renfort; et il fut obligé de se rendre à discrétion, ainsi que son état-major. La plupart des prisonniers furent fusillés; quant au dictateur, on le dirigea sur l'Espagne. À ce moment il semblait que c’en fût fait pour toujours de la casse de la Nouvelle-Grenade.
Les choses allaient encore plus mal à Venezuela. Un effroyable tremblement de terre, arrivé le 26 mars 1812, ayant horriblement dévasté la plus grande partie du pays, les prètres en profitèrent pour représenter à de superstitieuses populations cette calamité comme la suite de leur rébellion et comme une punition divine. Ce fut alors, dans les rangs de l’armée comme dans ceux du peuple, à qui déserterait la cause du gouvernement républicain et viendrait se placer sous les ordres de Monteverde, commandant en chef des forces espagnoles. Celui-ci, secondé de tous côtés par la trahison, expulsa Miranda, général du congrès, de toutes ses positions les unes après les autres; et Puerto-Cabello ayant fini par être Jivré aux troupes espagnoles, Miranda souscrivit, de l’assentiment du pouvoir exécutif, le 26 août 1812, une capitulation avec Monteverde. Aux termes de cette capitulation, il lui livra La Guayra, Caracas, Barcelona et Cumana, moyennant la garantie d’une amnistie complète, de la liberté-pour chacun d'émigrer, de l’introduction de la constitution des cortès dans les provinces de l'Amérique du Sud, de la sécurité des personnes et des propriétés; mais, en dépit d'engagements si formels, Miranda et les autres chefs des patriotes furent arrêtés et conduits en Espagne.
Les Espagnols ne se sentirent pas plus tôt établis un peu solidement que la plus sanglante des réactions commença. Aucune des conditions de la capitulation ne fut observée; les patriotes n’eurent d’autre alternative que les cachots ou l'échafaud. Une telle situation ne pouvait que provoquer de nouveaux troubles. Tout d’abord les insurgés qui se réunirent sous les ordres de Narino furent heureux; et ces succès devinrent plus décisifs quand Bolivarse fut placé à la tête de l'insurrection et lorsqu'il fut devenu l’âme de la lutte entreprise pour l'indépendance nationale. Franchissant les Andes à la tête d’un petit corps d'armée, il battit les Espagnols à Cucuta et à la Grita; puis, ceux-ci ayant persiské à commettre les plus atroces cruautés, il vit les défenseurs de la cause de l’indépendance accounr par milliers sous ses drapeaux, et défit successivement les troupes royales à Niquitas, Betisoque, Caracho, Barquisimento, Varinas et Lostaguanes.
Malgré les nouveaux renforts qui lui étaient arrivés d’Espagne, Monteverde se fit encore battre complétement à Aguacaliente, et déposa alors son commandement en chef, dans lequel il eut pour successeurs, d’abord Salomon, et plus tard istueta, sous lesquels la guerre, par suite des atrocités commises de part et d’autre, en vint à prendre toujours davantage le caractère du plus hideux acharnement. Cependant, les Espagnols furent battus sur fous les points. Déjà ils ne se maintenaient plus qu’à Puerto-Cabello ; mais cette place finit aussi par tomber au pouvoir de Bolivar, sauf la citadelle, où les Espagnols prolongèrent leur défense jusqu’en décembre 1823, au milieu de privations et de souffrances de tous genres. Des renforts qui leur parvinrent en ce moment leur permirent bientôt de reprendre encore une fois l'offensive, Battus de nouveau par Bolivar, ils eurent alorsrecours à un moyenextrême, mais dontils avaient déjà usé en 1814: ce fut d'appeler les esclaves de Venezuela à se révolter contre leurs maîtres. Une horrible lutte s’engagea alors, dans laquelle les bandes d'esclaves affranchis D’épargnèrentini les femmes ni les enfants, et où de part et
d'autre on égorgea les prisonniers par milliers. Le résultat de cette campagne fut que les patriotes, après des alternatives diverses, finirent par être complétement battus, qu'au mois de juillet 1814 le général espagnol Boves entra de nouveau à Caracas, que tout Venezuela se retrouva placé sous l'autorité de l'Espagne, et que Bolivar avec une poignée de fidèles dut se réfugier à la Nouvelle-Grenade, où les affaires des patriotes se trouvaient d’ailleurs dans un état presque aussi désespéré, En effet la guerre civile y avait éclaté encore une fois ; la province de Cundinamarca se re fuseit à accéder à la confédération des autres provinces, pour triompher de sa résistance il fallut que Bolivar, appelé au commandement des troupes du congrès de la Nouvelle- Grenade, allât mettre le'siége devant Bogota et s'emparâl de cette ville.
Pendant ce temps-là Ferdinand VIT était remonté sur son trône ; et la première pensée de son gouvernement avait été d'employer la force pour faire rentrer dans le devoir les colo nies révoliées. Dèsles premiers jours de 1815, 10,000 hommes des meilleures troupes de l'Espagne partirent pour l'Amérique méridionale, sous le commandement de Morillo. Cette armée débarqua au mois d'avril 1815 à Carupano, s'empara de Margarita, et dirigea ses premières opérations contre la Nouvelle-Grenade. Après un long siége, Carthagène tomba, le 5 décembre, au pouvoir des Espagnols, qui reconquirent successivement toutes les provinces, et qui au mois de juin 1814 s’emparèrent également de Bogota. La plus sanglante réac. tion marqua partout leur passage. Ils furent toutefois moins heureux à Venezuela, où Morillo avait envoyé le général Moralès. Il s’y forma des guerillas, et Arismendi déploya le drapeau de l'insurrection à Margarita.
Bolivar, qui avait organisé une expédition aux Cayes, dans l’île d'Haïti, où s'étaient refugiés les débris des patriotes de la Nouvelle-Grenade, vint débarquer à Margarita. Ses premières opérations furent encore une fois malleureuses ; mais ses affaires s’améliorèrent dès qu'il eut fait dans la Guyane espagnole sa jonction avec le chef d’insurgés Piar. Morillo s’efforça de mettre un terme à ses progrès, et entreprit contre Margarita, centre d'opérations des patriotes, une grande expédition, qui échoua complétement ; et dès lors c’en fui fait de lasupériorité qu’il avait conservée jusqu’à ce moment. Les patriotes firent depuis de rapides progrès ; et dès le 11 novembre 1817 avait lieu à Angostura la réouverture du congrès de Venezuela, qui élut pour président Bolivar. L'année suivante la supériorité des patriotes de Venezuela devint encore plus marquée, Puis, à la fin de 1818 et au commencement de 1819, des approvisionnements en tous genres, des recrues et des volontaires, commandés par des officiers aguerris et expérimentés ; étant arrivés des États-Unis, et surtout d'Angleterre, aux insurgés, Bolivar, qui avait déjà affranchi presque tout Venezuela, put aller au secours de la Nouvelle-Grenade. Par une marche audacieuse, entreprise pendant la saison des pluies à travers les Andes couvertes de neige, il surprit le 27 juin 1819 les Espagnols dans une forte position sur le Guia, les battit ensuite le 1°° juillet dans la vallée de Sogamoso, puis le 25 à Palano de Bargas; et le 7 août il les écrasa complétement à Boyaca. Quelques jours plus tard il faisait son entrée victorieuse à Bogota, où son armée reçut de toutes parts des renforts. Il revint ensuite promptement à Angostura, pour y faire le 14 décembre l'ouverture du congrès de Venezuela.
Cette assemblée résolut alors de faire de la Nouvelle-Grenade et de Venezuela une seule et même république sous le nom de Colombie; et ce projet, soumis à la sanction du congrès de la Nouvelle-Grenade, convoqué à cet effet au mois de février 1820, fut adopté à 1 ananimité. Les négociations entamées à cette époque par le gouver nement des cortès avec les États insurgés pour arriver à un arrangement amiable restèrent tout aussi infructueuses que celles
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qui furent suivies l’année suivante à Madrid dans le même but, la Colombie ayant exigé avant tout la reconnaissance solennelle de son indépendance. Pendant ce temps, les armes colombiennes faisaient, sous la direction de Bolivar, les plus rapides progrès. Vers la fin de 1820, presque toutes les provinces septentrionales de la Nouvelle-Grenade se trouvaient affranchies ; et le 6 mai 1821 eut lieu à Rosario de Cucuta le premier congrès colombien, lequel] confia encore une fois à Bolivar la présidence de la nouvelle république; et dans une seconde session, ouverte le 12 juillet de la même année , cette assemblée vota la nouvelle constitution fédérative, qui avait pour bases la souveraineté du peuple, la représentation nationale issue du suffrage universel, la responsabilité des fonctionnaires publics, la séparation des trois pouvoirs, la liberté individuelle et la liberté de la presse, En même temps elle proclama l’abolition de esclavage. Pendant ce temps-là l’armée espagnole, passée, après le départ de Morillo, sous les ordres de Moralès et de la Torre, fut anéantie par Bolivar le 24 juin 1821, dans la plaine de Carabobo. Le 23 septembre Carthagène était réduite à capituler. Cumana ne tarda pas à en faire autant. Le 5 décembre Panama proclamait son indépendance, et se réunissait à la Colombie. Le 24 mai 1822 Quito fut délivré par la victoire que Sucre remporta sur les rives du Pinchincha ; le 23 juillet 1823 la flotte espagnole fut compiétement détruite par . les Colombiens aux ordres de Padilla. Bientôt après .Maracaïbo se trouvait également délivré, et le 1°* décembre la citadelle de Puerto-Cabello demandait à capituler.
La Colombie se trouva de la sorte complétement affranchie du joug de l'Espagne ; et dès 1822 son indépendance était reconnue par les États-Unis de l'Amérique du Nord, L’Angleterre ayant imité cet exemple en 1825, ce pays n’ayait plus qu’à attendre les fruits du développement régulier de son indépendance. Mais il n’en fut point ainsi. La longue habitude des chefs militaires d'exercer une autorité sans limites, toutes les passions individuelles déchaînées par la révolution, la désorganisation de la plupart des institutions sociales et administratives, et enfin le délabrement absolu des finances, furent autant d'obstacles à la prompte consolidafion du nouvel ordre de choses. En 1824 Bolivar fut bien encore réélu à la présidence; mais alors, occupé surtout des affaires de la Bolivie et du Pérou, il abandonna complétement l'exercice du pouvoir à son-vice président Santander,
Les événements dont le Pérou et la Bolivie devinrent bientôt le théâtre, et auxquels la Colombie se trouva mélée, réagirent fâcheusement sur sa propre situation. C’est ainsi que dès 1826 le général Paez faisait une tentative, restée infructueuse, pour insurger Venezuela, et que l'esprit de révolte se manifestait aussi dans les arrondissements de Guyaquil et de Quito. Bolivar réussit pour cette fois, il est vrai, à rétablir la trariquillité, et la guerre qui éclata en 1829 avec le Pérou fut promptement terminée aussi par un-traité; mais dans le pays même un antagonisme violent s’établit entre le parti militaire et centraliste, ayant Bolivar à sa tête, et le parti fédéral républicain, dont Santander était le chef. La Convention, que Bolivar convoqua au mois d'avril 1828 à Ocaña, l'investit sans doute d’un pouvoir presque dictatorial ; mais dès le mois de septembre de cette même année 1828 éclatait à Bogota une insurrection qui ne put être comprimée que par des supplices et des bannissements ; et l’année suivante Paez levait l’étendard de la révolte dans Venezuela, qui se détacha de la Colombie pour se constituer en république particulière. Bolivar, qui voyait toute sa position minée, abdiqua volontairement le pouvoir; et la Colombie convint alors avec Venezuela de former désormais deux États complétement distincts, unis seulement par une alliance,
Cet arrangement ne rétablit pas la tranquillité en Colombie, où Mosquera avait été élu président, Tout au contraire,