‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 532 sur 607 · COYPEL — CRABBE · texte numérisé non relu

COYPEL — CRABBE

core, il fut ersployé à la décoration des maisons royales. L'oratoire et la chambre du roi, l'appartement du cardinal dé Mazarin et celui de la reine, au Louvre, une des grandes salles du palais des Tuileries et le château de Fontainebleau fournirent à Noël l’occasion de faire apprécier ses connaissances et la grâce de son pinceau. En 1663 l’Académie royale de peinture le reçut parmi ses membres , sur la présentation d’un tableau remarquable, Za Mort d’Abel. Nommé directeur de l'Académie de France à Rome, Coypel s’occupa de donner une grande impulsion à cette école, pour laquelle il obtint un palais spacieux , où il rassembla un grand nombre de plâtres moulés d’après l’antique. Peu de peintres ont donné plus de preuves que lui d’une extrème facilité : à l’âge de soixante-dix-sept ans il peignit encore avec succès deux grandes compositions pour l'hôtel des Invalides ; tout ce qui est sorti de sa palette offre un coloris très-brillant ; mais son dessin est souvent incorrect. Coypel rappelle trop dans ses poses les attitudes théâtrales que lui inspirait son goût pour la scène. Instruit dans la perspective et l'anatomie, cet habile artiste n’a pas négligé la théorie de son art. On a publié en 1741 un volume des discours qu'il a lus à l’Académie, et parmi lesquels on distingue particulièrement celui sur le coloris. Plusieurs graveurs ont reproduit quelques-unes des nombreuses et grandes compositions de Coypel, mort à Paris, le 2 décembre 1707.

COYPEL (ANTOINE), fils aîné du précédent, naquit à Paris, en 1661 : élève de son père , qu'il suivit à Rome , le jeune Antoine s’attacha trop exclusivement à cultiver le Bernin, dont il aimait la manière et le goût. A dix-huit

» ans, de retour à Paris, Antoine Coypel fit une Assomption de la Vierge pour l’église de Notre-Dame ; deux ans après il obtint le titre de peintre de Monsieur, et enfin celui de peintre du roi en 1715. Homme de cour, Antoine a répandu dans ses œuvres l’afféterie et le maniéré des gens qui la fréquentaient alors; son coloris est éclatant, sans harmonie, et toutes ses têtes se ressentent de la minauderie qu’il avait sous les yeux. Les quatorze sujets de l'Énéide, qu'il peignit pour la galerie du Palais-Royal], offrent toutes ces qualités, qui ont puissamment contribué à égarer l’esprit de ses successeurs. Son Jésus-Christ dans le temple avec les docteurs, le Jugement de Salomon et l’'Afhalie, que l’on cite parmi ses travaux, ontété gravés par Gérard et Jales Audran; lui-même a multiplié par des gravures à l’eau forte trèsestimées son Démocrile et son Ecce homo. Antoine Coypel a laissé de plus des écrits recommandables sur ja peinture, entre autres son Epitre à son Fils, et vingt discours sur cette matière, publiés en 1721 (in-4° ). Il mourut le 7

.janvier 1722.

COYPEL (Noec-NicoLas), autre fils de Noël, naquit le 7 janvier 1684, à Paris. Élève de son père, il acquit de bonne heure une réputation méritée par ses deux tableaux de Za Manne et de Moïse frappant le rocher, qu’il exécuta dans sa vingtetunième année. L’enlèvement d'Europe, la coupole de la chapelle de la Vierge, à Saint-Sauveur, brillent par la richesse de la composition, Pharmonie et l'intelligence du elair-obseur, ainsi que par la correction du dessin, où l’on retrouve d’heureuses inspirations des maîtres de l’école d’Italie. La grâce de son pinceau ressemble parfois à celle du Corrége, et dans tout ce qu’il a produit on remarque une grande fraîcheur et beaucoup de légèreté dans la touche, Ses portraits à l’huile et au pastel sont rendus avec esprit et un sentiment vrai de la nature. I] mourut à Paris, le 24 décembre 1734, à la suite d’un coup violent qu’il reçut à la tête. |

COYPEL {CnarLEs-ANTOINE ), fils d'Antoine et petit-fils de Noël, naquit en 1694, à Paris; il est resté fort au-dessous du talent de son père, dont il fut l'élève, et c’est bien plus à la faveur qu'à son propre mérite qu’il dut l'emploi de peintre du roi; son peu de succès dans le genre de l’his-

toire l’y fit renoncer pour s'occuper de bambochades, sans pouvoir mieux réussir, Le théâtre lui présentant plus de chances d'avenir, il composa un grand nombre de rièces, dont deux tragédies, qui jouirent d’une certaine vogue alors, quuique bien médiocres en général, fi mourut en 1782, J.-B, DELESTRE, COYSEVOX (ANTOINE), sculpteur, dont la famille était originaire d'Espagne, naquit à Lyon, en 1640, A vingt-sept ans il alla décorer en Alsace le palais de Saverne du duc de Furstemberg, dont l'attention s'était fixée sur le jeune artiste, estimé déjà pour une statue de La Vierge, exécutée dans sa ville natale, et d’autres travaux faits à Paris. De retour, après quatre ans d'absence, dans cette capitale, il fut chargé de deux statues de Louis XIV, l’une pédestre, pour lhôtel de ville de Paris, l’autre équestre, commandée pour les états de Bretagne, et d’une proportion de 4%,85. Les Chevaux ailés des Tuileries, Le Flüteur, la Flore et l'Hamadryade, que l’on voit dans le même jardin, attestent la grande facilité, comme aussi la grâce et la naiveté de son ciseau, Le tombeau du cardinal Mazarin , le monument de Charles Lebrun et le mausolée de Colbert montrent que Coysevox savait communiquer à ses ouvrages le caractère propre du genre dans lequel ils étaient conçus. La plus grande partie des figures en marbre dont il a doté les maisons royales ont été détruites. Il a fait beaucoup de portraits, remarquables par l’animation et la finesse de l’expression, ce qui lui a mérité le surnom de Van Dyck de la sculpture : ceux de Lenôtre, de Lebrun, de Colbert et de Louis XIV sont d'une grande beauté. Coysevox, qui fut pendant quarante-quatre ans membre de l’Académie, professeur, et peu de temps chancelier, mourut le 10 octobre 1720. J.-B, DELESTRE, COYTHIER (Jacques), né au quinzième siècle, à Poligny, en Franche-Comté, vint à Paris étudier la médecine, et finit par y acquérir une telle réputation de savoir et d’habileté, que Louis XI le prit pour médecin. Ce qu’on dit des remèdes qu’il inventa pour prolonger la vie chancelante du vieux roi n’est rien moins qu’avéré, et il est permis de douter, par exemple, qu’il lui ait fait boire du sang humain, ainsi que le prétend un chroniqueur de cette époque. Mais ce qu’il y a de bien certain, c’est qu’il sut profiter de” son ascendant sur l’esprit faible et superstitieux de son maftre pour sa fortune et celle de plusieurs de ses parents. C’est ainsi qu’une seule maladie de Louis XI lui valut, suivant le registre de la chambre des comptes, près de 100,000 écus de gratification. Vainement l'envie essaya plusieurs fois de le perdre dans esprit de Louis XI ; toujours il sut le dominer, « Je sais bien, lui disait-il, que vous m’envoyerez comme vous faites d’autres; mais (par un grand serment qu’il jurait) vous ne vivrez pas huit jours après, » Enfin, satisfait de la fortune qu’il avait amassée, ou peut-être fatigué d’avoir constamment à lutter contre des envieux et des ennemis, il se retira de la cour pour vivre dans une somptueuse demeure que Louis XI lui avait donnée en 1480 , dans la rue Saint-André-des-Arcs à Paris. Cette demeure était l’hôtel d'Orléans, qu'avait habité Valentine de Milan. On sait que Coythier fit graver sur ‘a porte ce jeu de mots connu : À l’abri-Cothier. A la mort de son royal protecteur, les attaques de ses ennemis recommencèrent de plus belle. On Paccusa de concussions, de dilapidations, et il ne détourna l’orage qui grondaït sur sa tête qu’en faisant gracieusement don de 50,000 écus à Charles VIII, pour les frais de l'expédition de ce prince en Italie. Coythier vivait encore en 1500 ; mais on ignore l'époque précise de sa mort. CRABBE (Grorces), poëte anglais, né le 21 décembre 1754, a Altborongh, dans le comté de Suffolk, destiné par ses parents à la profession de chirurgien, fut mis en apprentissage chez un frater de campagne. Son père, qui avait une petite place de receveur des droits sur le sel, provoqua sans le vouloir son goût pour la poésie par l'habitude où il était

! d'extraire et de couper du journal qu'il lisait, eomme

parfaitement inutiles à garder, les pièces de vers que le rédacteur y plaçait. Ces débris condamnés à allumer le feu, l'enfant les recueillait avec soin, les lisait, et les apprenaïit par cœur quand ils parlaient vivement à sa jeune imagination ; commençant ainsi une étude que devait bientôt compléter la lecture de Shakspeare et de Milton. Quand il eut fini, tant bien que mal, son éducation médicale, Georges revint s’établir à Altborough; mais sa profession, pour luquelle évidemment il n’était point fait, ne lui rapportait pas même son pain quotidien. Ses essais poétiques avaient été approuvés par quelques amis ; une jeune fille, qu’il aimait, miss Elmy, leur avait souri. Son poëme À l’Espérance venait d'obtenir un prix. Ce succès détermina Georges à.se rendre à Londres, et à y tenter la vie littéraire. JL y subit tous les tourments de la misère : le sort de Chatterton semblait l’attendre ; mais celui-ci s’était adressé à Walpole, tandis que Crabbe mit son espoir dans Burke. El lui écrivit une lettre pleine de noblesse et de sensibilité. Burke dit à l’Angleterre qu’elle avait un écrivain distingué de plus, et l’Angleterre le crut. Son poëme La Bibliothèque, apostillé par Burke, devait aller à la postérité : les libraires se hatèrent de le faire imprimer. Malgré ce succès, et d’après le conseil de Burke, Crabbe se livra alors à l'étude de la théologie; et, sans suivre les cours d’une université, par ses travaux solitaires mais profonds, il parvint bientôt à être en état de recevoir les ordres, et vit alors s'ouvrir devant lui une carrière tout à la fois assurée et honorable. Il fut d’abord nommé vicaire à Altborough, puis la noble famille de Rutland le choisit pour chapelain. Ce fut dans le château de lord Rutland, dans une de ces belles retraites où l’aristocratie anglaise se plaît à étaler sa puissante et généreuse bienfaisance , qu’il composa son poëme Le Village (1782). Le sévère critique Johnson en fit l'éloge ; il en corrigea même quelques vers, et le succès de ce poëme valut à son auteur trois petites sinécures ecclésiastiques. En 1783 Crabbe épousa miss Elmy, cette jeune personne qui l'avait aimé dans l’infortune. Pendant les débats qui s'élevèrent dans le sein du parlement d’Angleterre lorsque éclata la Révolution française, Crabbe, tout en cultivant l’amitié de son bien- - faiteur, ne se laissa pas entraîner par les mêmes terreurs et resta l’ami de Fox. En 1807, après un silence de plus de vingt années, il publia The Borough (le bourg), qu'il fit suivre, en 1810, de The parish Register (le registre de la paroisse), et en 1812 d’un recueil de vers intitulé Tales (contes). La mort de sa femme plongea le poëte dans une mélancolie durable : elle lui inspira ses Tales of the Hall (1819), qui obtinrent un grand succès. Ce poëme a pour sujet les confidences réciproques que se font deux frères, après une longue séparation, sur les événements de leur vie. On a conservé le journal qu’il écrivit lorsqu’en 1780 il manquait de pain à Londres , et celui qu'il écrivit en 1817 quand il reparut dans cette capitale, après une longue absence, trouvant la société complétement changée autour de lui. Mais si Burke n’était plus alors, Crabbe pouvait causer avec Brougham; si Fox avait suivi dans la tombe celui qu’il aima tout en le combattant, notre auteur fut accueilli par lord Holland,

Georges Crabbe mourut le 9 février 1832, à Trowbridge, dont il avait obtenu la cure en 1813. On a comparé le talent de Crabbe en poésie a celui d’un Teniers ou d’un Van Ostade en peinture. Les sujets qu'il chuisit ne sont par euxmêmes rien moins qu'attrayants; mais il sait leur communiquer un charme tout particulier, par la manière dont il les comprend et les traite. Sa poésie est ferme, claire et vigoureuse, Elle a de la puissance, parce qu’elle s'attache au réel, et cherche surtout à être vraie et exacte. Il n'avait pas le talent pittoresque de Scott et la magnitique imagination de Byron : ce n'est pas un grand poëte, c'est un bon poëte. Son esprit est sage, sa pensée es! ferme. 11 ne faut pas le lire si on ne cherche que des émotions; mais si

CRABBE — CRABETH .

l’on croit que les vers peuvent instruire, si l'on pense que la

justesse des images, l'harmonie du style, peuvent donner

de la force à des idées morales et à des pensées philoso-

phiques, on se plaira avec Crabbe. Une édition complète

de ses œuvres, préparée par lui-même, a paru sous le titre

de The Life and Works of George Crabbe (Londres, 1833). E. DESCLOZEAUX,

CRABE,. Ce nom est dérivé du latin carabus, ou du grec xapax6os, ou bien encore du flamand #rab, ou du teuton krebs. Il appartient au langage vulgaire. On s’en sert pour désigner, disent nos lexiques, une écrevisse de mer. Mais, dans l’histoire naturelle des crustacés, on donne tantôt à ce nom une acception très-générale, en l’appliquant à un très-grand nombre de ces animaux, et c’est ce qui a lieu dans la classification de Linné; tantôt aussi on en restreint la signification, et le mot crabe est alors le nom d'un genre dont les caractères sont : Carapace plus large que longue , dont le bord antérieur présente des dents en scie, ou de larges crénelures qui se confondent presque avec les rides du test; d'autres fois des crénelures nombreuses au bord d’un test uni, et souvent, enfin, des dentelures ellesmêmes subdivisées ; abdomen divisé en sept articles, chez les femelles , et seulement en cinq chez les mâles; yeux rapprochés , portés sur un pédicule court; antennes au nombre de quatre, les externes petites, sétacées, les internrs repliées sur elles-mêmes, et le plus souvent cachées dans deux fossettes ordinairement transverses. Ce genre d’animaux appartient, dans la classification de Latreille, à Ja famille des brachiures, de l’ordre des décapodes. Les crabes sont très-communs sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée. Ils abondent encore plus dans les mers des pays chauds. Ils se nourrissent indistinctement de toutes sortes de chairs des animaux morts qu'ils trouvent dans la mer. Ils sont craintifs, habitent les lieux solitaires ou peu fréquentés, se cachent dans les fentes des rochers , et ne vont à la recherche de leur nourriture que la nuit. D’après les observations de M. Risso, faites dans la mer de Nice, chaque ponte est de quatre à six cents œufs ; et les individus qui en proviennent ne sont bien développés qu'au bout d'un an. Quelques espèces du genre crabe sont bonnes à manger. On estime la chair du crabe poupart ou tourteau, une des espèces les plus grandes de nos côtes : elle acquiert quelquefois 0m,27 de longueur, et pèse jusqu'à cinq livres.

On donne aussi le nom de crabes à de très-petits crustacés qui vivent une partie de l’année en parasites dans les moules, et auxquels on a attribué les accidents qu'occasionnent quelquefois ces dernières à ceux qui en mangent. Ces petits crustacés, qui n’appartiennent pas au genre crabe indiqué ci-dessus , sont des pinnothères.

En médecine, on emploie le mot crabe, maïs au féminin, pour désigner une maladie de la paume des mains et de la plante des pieds, qui se couvrent de callosités, suivies de gonflements et d’excoriations. On en distingue deux varié: tés, la crabe sèche et la crabe verte. Ce genre de désorganisation de la peau est regardé comme un symptôme de la syphilis. L. LAURENT.

CRABETH (Tuierny et GauniER). Il parait que ces deux célèbres peintres sur verre étaient fils de Claude Cragern, de Gouda, ainsi qu'Adrien-Pierre CRABETY, élève de Jean Zwart, qu’il surpassa en peu de temps. C’est du moins le sentiment d’Almeloveen, Gautier visita la France et l'Italie. Son usage, à ce que raconte Descamps, dont toutes les anecdotes sont loin d'être sûres, son usage était de laisser un carreau de vitre peint de sa main dans chaque ville où il passait. Les connaisseurs conviennent tous que Gautier était supérieur à son frère Thierry sous le rapport de la couleur et du dessin, mais que Thierry avait plus de vigueur. Au reste, ils étaient tous deux fort habiles, et reussissaient dans les grandes comme dans les petites compositions, avec une promplitude extraordinaire, Leurs chefs-

: GRABETH — CRACOVIE

d'œuvre servent encore de témoignage à leur réputation dans l’église de Saint-Jean de Gouda, Gautier y trafailla de 1557 à 1564, et Thierry de 1555 à 1572.

Quoique ces deux frères fussent amis, dit encore Descamps, ils se faisaient mystère des procédés qu'ils employaient. Celui qui recevait la visite de l'autre couvrait son ouvrage. Il arriva, suivant la tradition, que l’un ayant demandé à son frère comment il s’y prenait pour triompher d’une certaine difficulté, il ne put avoir d’autre réponse que celle-ci : J'ai trouvé par le travail; cherchez et vous touverez de même. Is finirent par vivre éloignés. Ils eurent pourtant le même sort. Leurs talents ne purent les préserver de l’indigence, et, pour échapper au besoin, ils se virent obligés d'exercer la profession de simples vitriers. Thierry ne se maria point, mais Gautier épousa une fille de la famille de Proyen, dont il eut un fils, qui devint bourgmestre.

Un François Crasern, mort à Malines, en 1548, peignait en détrempe avec autant de force que s’il eût peint à l'huile. Tous ses ouvrages, excepté les têtes, qu'il faisait dans le goût de Quintin-Metsis, sont dans la manière de Lucas de Leyde. DE REIFFENBERG.

CRABIER. On donne ce nom à quelques espèces de mammifères et d'oiseaux qui se nourrissent de crabes. Ce sont un raton, un chien, un didelphe, une espèce du genre héron, et un martin-pêcheur du Sénégal.

CRAC ou CRAQUE. Ces deux expressions populaires, employées pour exprimer un mensonge évident, une exagération, une hablerie, sont très-anciennes, et le beau langage n’en saurait remplacer l'énergie naïve. Elles avaient fait donner dès avant 1789 le nom d'arbres de Cracovieàcertains arbres des jardins du Palais-Royal, des Tuileries etdu Luxembourg, sous l’ombrage desquels se rassemblaient les nouvellistes et gobe-mouches de profession. Collin d’Harleville a écrit une petite pièce de carnaval intitulée M. de Crac en son petit castel, où le penchant inné et irrésistible des habitants des bords de la Garonne pour la fiction est retracé d’une manière aussi vive que plaisante, De temps immémorial, en Gascogne même, il est d’usage d'envoyer à ceux qui se distinguent par-dessus tous les autres dans cette spécialité des brevets imprimés de membres de la diète de Moncrabeau (Lot-et-Garonne), comme, dans les premières années de la Restauration, on expédiait de Paris des brevets de l’ordre de l'Éteignoir aux w/{ras les plus encroûtés. Du reste, cetravers est loin d’être particulier aux Gascons. Que de craqueurs en effet, depuis le ministre qui vante sa popularité dans ses journaux jusqu’à l'officier de la milice citoyenne qui énumère ses exploits de corps-de-garde ; depuis le dramaturge qui annonce la dixième édition de sa érilogie, jusqu’au gazetier qui communique bénévolement au publie sa correspondance particulière de Pétersbourg ou de Constantinople ! Vouloir réfuter ces mensonges qui sautent aux yeux, mettre au jour ces tromperies qui nc dupent plus personne, ceserait montrer vraiment trop de simplicité et de candeur. Sur ce point, La Fontaine, dans Le Dépositaire infidèle, nous a enseigné ce qu’il fallait faire :

sci dispute advint entre deux voyageurs,

L’un d’eux était de ces conteurs Qui n’ont jamais rien vu qu'avec un microscope ; Tout est géant chez eux; écoutez-les, l’Europe, Comme l'Afrique, aura des monstres à foison.

Celui-ci se croyait l’hyperbole permise :

J’ai vu, dit-il, un chou plus grand qu’une maison, Et moi, dit l’autre, un pot anssi grand qu’une église, Le premier se moquant, l’autre reprit : tout doux!

On le ft pour cuire vos choux.

L'homme au pot fut plaisant...

Quand l’absurde est outré, l’on lui fait trop d'honneur De vouloir par raison combattre son erreur :

Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile. DE REIFFENBERG.

DICT. DE LA CONVERS. — T. Vi.

CRACHATS, CRACHEMENT. On nomme crachat la matière évacuée par la bouche et provenant d’une sécrétion surabondante des glandes salivaires, des cryptes mu queuses et des follicules sébacés, ou bien d’une exhalation morbide particulière. Les crachats peuvent se former 1° dans la bouche; 2° dans le gosier, l’arrière-bouche ou les fosses nasales; 3° dans la trachée-artère ou les conduits bronchiques de la poitrine. Dans le premier cas, leur expulsion est très-simple, et constitue la simple sputation ou crachement. Dans le second, ils sont chassés par une expiration rapide en même temps que l’isthme du gosier se resserre : c’est l'expuition. Enfin, dans le troisième cas, l'expulsion des crachats est précédée d’une expiration brusque, d’une toux : il y a alors expectoration.

Les crachats de la bouche, principalement formés de salive, sont en général clairs et séreux. Ils sont quelquefois très-fréquents pendant la grossesse, ou par suite de l’usage du mercure (voyez SALIVATION), ou encore chez les individns atteints de la rage; beaucoup de fumeurs ont aussi la mauvaise habitude de cracher abondamment. Les crachats du gosier, qui indiquent le plus souvent un état inflammatoire decette partie, sont visqueux etse détachent avec peine ; ils sont fréquemment mêlés de petits grumeaux blancs, qui s’écrasent entre les doigts en donnant une mauvaise odeur : cette matière provient des amygdales et s’observe aussi dans l’état de santé. Mais les crachats provenant de la poitrine sont ceux qui intéressent le plus le médecin : leur forme, leur consistance et leur composition varient en effet suivant la nature de l'affection. Ils sont séreux au début de la bronchite aiguë et de la pleurésie; plus opaques dans le catarrhe chronique; adhérents aux vases dans lesquels ils sont rendus, mêlés à de petites bulles d’air dans la pneumonie ou fluxion de poitrine; verdâtres dans la pneumonie bilieuse ; etc. Chez les phthisiques, ils sont d’abord clairs et transparents; plus tard ils deviennent opaques, épais et exactement arrondis. Un des caractères les plus importants de la pneumonie est la présence du sang dans les crachats. Il ne faut cependant pas confondre le sang intimement mélangé aux crachats avec celui qui proviendrait du gosier ou des fosses nasales, et qui se présente sous forme de stries.

Le mot de crachat réveille une idée plutôt repoussante qu’agréable. Pourquoi donc l’applique-t-on populairement à la plaque qui distingue les grades supérieurs de la Légion d'Honneur et d’autres ordres de chevalerie?

CRACHEMENT DE SANG. Voyez HÉMOPTys1E.

CRACOVIE (en polonais Krakow ), chef-lieu de l’ancienne république et aujourd’hui du grand-duché de ce nom, en même temps que de l’un des trois cercles de régence du royaume de Gallicie ( annexe de l’empire d'Autriche), siége du tribunal supérieur provincial des arrondissements judiciaires de Cracovie, Rzeszow et Jaslo, d’une capitainerie d'arrondissement, d’un tribunal &e première instance et d’un tribunal d’appel d'arrondissement, d’un évêque cathclique, d’un général commandant militaire et d’une université, est située au milieu d’une plaine bornée de tous côtés en am-phithéâtre par es collines peu élevées, sur la rive gauche de la Vistule, qui y devient navigable, en mème temps qu’elle y reçoit les eaux de la Rudawa, et qu’un pont inauguré en décembre 1850 met en communication avec Podgorze.

La population de cette ville est de 42,000 habitants, dont 13,000 juifs et quelques centaines d’Allemands. On y compte 39 églises, un grand nombre de chapelles, 15 couvents d’hommes et 10 couvents de femmes, et 7 synagogues. Elle se compose de la vieille ville, ou Cracovie proprement dite, dont les anciennes murailles, flanquées de nombreuses {ours , les fossés et les remparts ont disparu et ont été transformés en promenades ; et des faubourgs de Stradom et de Xleparz, sur la rive gauche, de Kazimierz sur la rive droite de la vieille Vistule, et de quelques autres encore.

Quand de la plaine le voyageur aperçoit dans le lointain le‘ grand nombre de vieilles tours et de coupoles qui dominent ses églises, l’orgueilleux château moyen âge qui s’élève audessus d’une masse compacte de maisons, il a devant les yeux un tableau imposant, auquel répond mal l'intérieur de la ville, labyrinthe de rues sales et tortueuses, environné de ruines qui témoignent d'une antique prospérité depuis longtemps évanouie, La porte Saint-Florian, construite en 1498 et conservée comme monument remarquable, est peutêtre l'unique et en tous cas le plus beau débris d'architecture gothique existant en Pologne. On travaille de nouveau aujourd’hui à fortifier Cracovie, et il paraît que le système de défense qu’on a choisi reliera le château à divers forts détachés bâtis sur les hauteurs voisines. Le 18 juillet 1850 un effroyable incendie détruisit près de la moitié de la vieille ville, notamment sa plus belle et sa plus riche partie, entre autres les magnifiques églises des Dominicains, des Franciscains et de Saint-Joseph, le palais épiscopal, la grandegarde, les hôtels du prince Jablonowski et du comte Morsztyn, une caserne, l’école polytechnique, et les plus riches entrepôts du commerce et de l’industrie. La perte fut évaluée à 7 millions et demi de florins , et porta un coup terrible à la prospérité de Cracovie.

Sur la grande et régulière place du marché, d’une superficie totale de 45,600 mètres, s'élèvent : la Halle aux daps, bâtie en 1358 par Casimir le Grand et reconstruite en 1550; à droite, le beffroi de l’hôtel de ville, la grandegarde et la chapelle de Saint-Adalbert, bâtie au dixièmesièele ; dans l’angle à l’ouest, l’église paroissiale de la Sainte-Vierge- Marie, imposant édifice de style mi-gothique, qui date du moyen-âge, surmonté de deux hautes tours, et où l’on voit un maitre-autel artistement sculpté et de belles peintures sur verre, L'église Sainte-Anne, construite de 1689 à 1703, et l’église Saint-Pierre, qui date du seizième siècle, sont encore des monuments remarquables ; et les autres églises présentent aussi beaucoup de beautés architecturales, de même qu’à leur fondation se rattachent ordinairement les plus grands souvenirs historiques. La cathédrale, située dans le château même, est un magnifique édifice gothique , qu’on prétend avoir été construit par le roi Ladislas Hermann { 1081-1102 ), mais qui reçut sa configuration actuelle au quatorzième siècle, sous le règne de Casimir le Grand. Dans une chapelle située au centre de cet édifice, on conserve les ossements de saint Stanislas, et dans dix-huit autres chapelles latérales les tombeaux des plus célèbres rois, reines et héros polonais, de Jagellon, d'Hedwige, des trois Sigismond, d’Étienne Bathori, de Jean Sobieski, de Kosciuszko, de Joseph Poniatowski; et la chapelle de la famille Potocki renferme lo tombeau d’Arthur Potocki, œuvre de Thorwaldsen.

Au sud, entre l’ancienne porte de Grodzk et le bras de la Vistule qui coule à travers la ville, est situé le faubourg de Stradom, où l’on remarque l’église des Bernardins, le séminaire épiscopal et le palais de la Régence. On arrive ensuite ‘au faubourg Kazimierz, situé dans une île de la Vistule et fondé par Casimir le Grand, d’abord comme ville à part. On y voit l’éghise Saint-Michel, sur l'autel de laquelle fut tué saint Stanislas ; les églises de Sainte-Catherine et du Saint- Sacrement, qui contiennent quelques débris d’admirables peintures sur verre; l’église de la Trinité, attenant au couvent età l'hospice des frères de la Miséricorde, et l’ancien hôtel de ville, édifice de style gothique. Tous ces monuments dominent a masse confuse de maisons habitées par la totalité de la population juive, et formant ce qu’on appelle La ville juive. Au nord est situé le faubourg Kleparz, où l’on trouve les églises Saint-Florian, et Saint-Philippe-et-Jacques, l’embarradère du chemin de fer, le marché aux grains et le marché aux bestiaux, C'est aussi de ce côté qu'est situé le faubourg Piasek ( sur la grève), avec sa belle église de la Visitation, bâtie eu 1087, et l’église de l'Annonciation, A l'ouest s'éten-

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