CRACOVIE — CRACOVIENNE
Vienne, comprenait sur la rive septentrionale de la Vistule, un territoire montagneux, fertile et en partie boisé, avec une population de 140,000 âmes, un bourg, 71 villages et hameaux , et avait Cracovie pour chef-lieu. Ce petit État, borné par la Prusse, l'Autriche et la Russie, devait jouir, sous la protection de ces trois puissances, d’une perpétuelle neutralité, et formait en même temps le dernier débris de la Pologne indépendante. D’après sa constitution, en date du 3 mai 1815, la puissance législative y était exercée par une représentation du peuple, qui chaque année s’assemblait pendant un mois. Le pouvoir exécutif y était confié à un sénat composé de huit sénateurs et d’un président. Le président était élu pour trois ans par la representation du peuple et confirmé par les puissances protectrices. Le budget des recettes et des dépenses était évalué en dernier lieu à environ 1,300,000 fr. par an. Pour le maintien de la police, il y était entretenu un corps de milice municipale et de gendarmerie provinciale. De nombreuses atteintes portées par la noblesse à cette constitution déterminèrent, en 1829, les trois puissances à envoyer à Cracovie une commission d'enquête. .
À la fin de l’année 1830 une partie de la population de Cracovie embrassa la cause de la révolution polonaise. Plus tard, un grand nombre d'hommes ayant appartenu au corps de Rozycki vinrent s’y réfugier; et la Russie ayant exigé leur extradition, il n’y en eut qu’un petit nombre qui purent gaguer le territoire autrichien. A la suite de ces faits, Cracovie fut occupée par un corps russe aux ordres du général Rudiger, qui eut mission, avec l’assentiment de la Prusse et de l'Autriche, de la purger des éléments révolutionnaires qu’elle recélait dans ses murs. La réorganisation de la république de Cracovie eut lieu en 1833. Plus tard, des réfugiés polonais y ayant trouvé un asile d’où ils ourdissaient des plans ayant pour but d'opérer une nouvelle révolution, Cracovie fut occupée au mois de février 1836 par quelques bataillons autrichiens et des détachements de cosaques et d’uhlans prussiens aux ordres du général Trauenstein, Plus de 500 individus reçurent alors l’ordre d’avoir à sortir de la ville; onles conduisit sous escorte jusqu’à Trieste, où on les embarqua pour l'Amérique. Les troupes autrichieunes n’eurent pas plus tôt évacué Cracovie dans lautomne de 1837, que de nouveaux indices de l'existence d’une société secrète et l'assassinat du prétendu espion russe Célak, au mois d'octobre 1838, amenèrent encore une fois l’occupation de la ville par les Autrichiens; occupation qui se prolongea jusqu’en 1841. :
Enfin, quand, au mois de février 1846, éclatèrent des mouvements insurrectionnels qui devaient embrasser {oute la Pologne, l'insurrection fit de Cracovie sa place d'armes et son centre d’action, et essaya de là de se propager en Gallicie, Mais cette tentative d’invasion fut repoussée par les Autrichiens, et Cracovie fut de nouveau occupée par les troupes des trois puissances. L’insurrection de-la Gallicie,
fomentée principalement par la noblesse, fut comprimée
par la population des campagnes, qui prit fait et cause pour le gouvernement autrichien.
L'existence de cette petite république indépendante parut désormais incompatible avec le repos et la sécurité des États voisins. Dès le 6 avril les puissances protectrices ouvrirent à Berlin des conférences à l'effet de délibérer sur les mesures à prendre à l'égard de Cracovie; et le 6 novembre suivant une convention était signée à Vienne qui, mettant à néant les stg-1lations du traité de Vienne, adjugeait Cracovie et son territoire à l'Autriche, en dépit des protestations de PAngleterre et de la France. Le décret de prise de possession ayant été rendu le {1 novembre, fut publié le 16 novembre à Cracovie. Les négociations ouvertes au sujet de la régularisation de la question de douanes à l'égard de la Prusse eurent enfin pour résultat, au commencement de 1847, que la ville et son territoire furent compris dès lors
dans le système des douanes autrichiennes. La constitution autrichienne de 1849 incorpora formellement le territoire de Cracovie au royaume de Gallicie sous la dénomination de Grand-duché de Cracovie; en 1850, la ville fut érigée en chef-lieu d’un cercle de régence; mais en 1859 ses affaires administratives furent concentrées à Lemberg,
CRACOVIE (Arbre de). Dans le jardin du Palai Royal, tel qu’il existait avant la construction des arcad en 1783, se trouvait un arbre antique, sous l'ombrage duqu se réunissaient les nouvellistes de ce temps. Un nomm Métra, qui avait alors une grande renommée en ce genre, était le président de ce congrès de gobe-mouches. C'était là que l’un vous traçait sur le sable, avec sa canne, la marche des armées russes et s’emparait de Constantinople; que les partisans respectifs de l'Angleterre et des États-Unis d'Amérique, en guerre à cette époque, se livraient, loin du théâtre des combats sanglants, les plus pacifiques des batailles. La quantité de fausses nouvelles, et, en langage populaire, de craques, qui se débitaient sous cet arbre lui fit donner, dans le même style, le nom d'arbre de Cracovie. La curiosité amenait en ce lieu des personnages de la plus haute classe, et l’on raconte qu’un jour Métra , ayant voulu expulser un domestique en livrée du groupe réuni autour de lui ce dernier réclama , en annonçant qu’il n’était là que pour garder la place de son maître, M. le comte de...
Les jardins des Tuileries et du Luxembourg, autre rendez-vous de nouvellistes, avaient aussi leur arbre de Cracovie. Sous celui de cette dernière promenade l’orateur habituel était un certain abbé que l’on avait nommé l’abbé Trente mille hommes, parce que son éternel refrain était : « Donnez-moi seulement trente mille hommes, et je prends cette ville, ou je gagne cette bataille. » Un de ses auditeurs affiliés, enchanté de cette éloquence militaire, le fit héritier de sa petite fortune; et, n’ayant jamais su son nom de famille, il écrivit dans son testament : « Je laisse une somme de 20,000 fr. à M. l'abbé Trente mille hommes. » Des collatéraux voulurent attaquer ce legs; mais il fut confirmé par les tribunaux , d’après le témoignage des honnêtes gobemouches du faubourg Saint-Germain, qui attestèrent que l’on n’appelait point autrement l’ecclésiastique nouvelliste.
Aujourd’hui, les arbres de Cracovie ont disparu , mais les Cracoviens existent toujours; seulement, ce n’est plus dans des jardins, mais dans un palais qu’ils se réunissent ; et les débitants de nouvelles de la Bourse sont loin d’y mettre la même bonne foi que le fameux Métra ou ce bon abbé Trente mille hommes, Ourry.
CRACOVIENNE (XKrakowiak), danse très-populaire en Pologne, et originaire de la ville de Cracovie. Elle.a beaucoup d’analogie avec la galopade, car on l’exécute non en tournoyant comme la valse, mais en rond et par plusieurs couples , qui se suivent en s’accompagnant de chants. En la dansant, les cavaliers frappent l’une contre l’autre leurs bottes éperonnées, et ce cliquetis d’éperons en est l’accompagnement indispensable. Le grand art consiste à exécuter les mouvements les plus excentriques et les plus rapides sans jamais perdre l’aplomb ni déchirer les robes des danseuses. Le côté original de cette danse , c’est que le peuple, surtout à Cracovie, ne l’exécute jamais sans l'accompagner d’un chant improvisé par les figurants eux-mêmes. Ainsi, après quelques tours, le premier couple s'arrête, impose silence à l'orchestre, et le cavalier improvise une mélodie telle quelle. Quand il a terminé une série de modulations pouvant à la rigueur passer pour un air, le branle recommence, et les danseurs répètent en chœur les derniers refrains de l’improvisateur. Ces airs sont toujours simples, comme tous les airs populaires; les paroles en sont le plus souvent des réminiscences patriotiques ct guerrières en harmonie avec l'esprit du peuple, quelqnefois aussi elles ont pour sujet les personnes présentes, et alors les gais propos se croisent aver le plus mer\eilleux entrain. Voici la traduction d'u
couplet d’une de ces chansons dansantes les plus populaires : « Il n’y a qu’une Pologne, qu’une Varsovie et qu'une Cracovie, c’est là que se trouvent les plaisirs et les divertissements ; c’est là que sont les beaux cavaliers, bien mis et bien peignés, Oh] que cela fait plaisir à voir. Dis-moi, mon pauvre Allemand, dans ton habit étriqué, connais-tu Cracovie et le fier Polonais? Quand il met sa magnifique capote et sa belle ceinture brodée, son sabre courbé retentit à ses côtés et fait tressaillir le Moscovite, etc. » Tout en chantant et en dansant, le cavalier a l'habitude de s’interrompre pour s’adresser à sa belle et l’encourager : Dana, moia, dana (Danse, ma belle, danse), sont les paroles qui reviennent toujours à la fin des strophes, et qui souvent sont reprises par le chœur comme refrain. PITKIEWICZ.
CRAIE. On nomme ainsi dans les arts des substances pierreuses blanches, assez tendres pour être employées comme crayons sur du bois et même sur des étoffes, en y déposant une trace pulvérulente, qui peut être enlevée trèsfacilement, Ce mot vient du latin creta, comme l’atteste l'adjectif crétacé (de craie, ou de nature crayeuse). Il ne faut pas croire cependant que ce soit la matière terreuse indiquée dans les Géorgiques de Virgile pour consolider l'aire d'une grange : celle-ci ne peut être qu’une argile, et les craies des modernes ne sont nullement propres au même usage. On en distingue deux espèces : l’une, beaucoup plus usitée, et que l’on voit entre les mains des professeurs qui ont des figures, des caractères , des calculs à tracer sur un tableau; et l’autre, qui sert plus spécialement aux tailleurs d’habits, pour tracer les lignes qui doivent diriger les ciseaux ou laïiguille. Dans les classifications minéralogiques, ces deux substances ne peuvent être rapprochées l’une de l’autre, en raison de l’analogie d'emploi que certains arts leur ont assigné, et la géologie les sépare encore davantage, en indiquant pour chacune une origine et un mode de formation qui n’ont rien de commun. La première de ces substances est incomparablement plus abondante et plus répandue que l'autre: c’est un carbonate dechaux terreux, ordinairement inêlé de silice dans l’état de sable, et d’une très-petite quantité d’alumine : le lavage , après une pulvérisation préalable, en sépare le sable, et la craie ainsi lavée est ce que l'on nomme assez mal à propos blanc d'Espagne. On peut voir entre Paris et Meudon des fabriques de cette sorte de blanc. Ce calcaire terreux est la craie des minéralogistes ; il caractérise le sol d’une partie du bassin de la Seine, qui forme à peu près la moitié de l’ancienne province de Champagne , et se trouve répandu abondamment en France, dans les terrains d’alluvion, tantôt à la surface, et tantôt interposé entre des couches de calcaire plus dur. Il est évidemment une formation des eaux , comme le témoignent les débris de corps organisés, marins ou d’eau douce, qu'il contient, soit en fragments trop atténués pour être reconnaissables, soit dans un état de conservation qui permet de les classer, d’assigner leurs analogues vivants, etc.
La craie des tailleurs d’habits porte le nom vulgaire de craie de Briançon, parce qu’elle vient des environs de cette ville, région alpine, dont le terrain est de formation trèsancienne, où rien n'indique un séjour prolongé des eaux salées ou non. Cette substance est une stéatite, pierre silico-magnésienne , lamelleuse, dont quelques variétés sont assez tendres pour servir à peu près au inème usage que la craie proprement dite. Quoique la silice y soit la matière dominante , c’est à la magnésie que cette matière doit ses propriétés caractéristiques et usuelles. FERRY.
CRAIG (Joux), mathématicien écossais, contemporain de Guillaume d'Orange, et qu’une application singulière du calcul des probabilités a sauvé d’un oubli complet, 11 voulut ramener aux lois de l'algèbre laffaiblissement de la crédibilité des témoignages historiques à mesure que s’éloignent les événements auxquels ils se rapportent, et il conçut l'idée d'appliquer ces théories aux récits des origines du christia-