CRACOVIENNE — CRAINTE
nisme. 11 consigna le fruit de ses méditations dans un écrit assez mince, qui fut peu répandu, et qui passa d’abord presque inaperçu. Il était intitulé : Principes mathématiques de la théologie chrétienne (1699, in-4°). L'extrême rareté de cet opuscule décida un libraire de Leïpzig à le faire réimprimer en 1755; mais cetle seconde édition est maintenant tout aussi difficile à trouver que la première. D’après les calculs de Craig, à l’époque où il écrivait le christianisme avait encore 1454 années de durée probable, et au moment où la foi serait sur le point de disparaître, vers l'an 3150, un second avénement de Jésus-Christ aurait lieu. Plusieurs théologiens, l'abbé de Hauteville, entre autres, prirent la peine, cinquante ans après la mort de Craig, de réfuter en forme ces assertions étranges. Un autre docteur, C. Peterson, dans des Observations publiées à Londres en 1701, admit la justesse de l’idée de Craig, mais il taxa ses calculs d’inexactitude. D’après Ini, le géomètre écossais aurait évalué beaucoup trop bas la loi de la rapidité du décroïssement de la probabilité historique; Peterson chercha donc à établir que des faits survenus au commencement de notre ère ne seraient plus du tout croyables en 1789. La détermination de cette date , annoncée ainsi quatre-vingt huit ans à l'avance, présente un rapprochement qui n’est qu’un jeu du hasard, mais qui est âssez piquant. Ce fut d’ailleurs de la meilleure foi du monde et sans nulle intention de donner des armes au scepticisme que Craig et Peterson développèrent leurs paradoxes , et nous pourrions citer bien d’autres exemples pour montrer que des intelligences sérieuses, maïs trop exclusivement attachées à l'étude des sciences exactes, ont tenté en vain d’appliquer les lois du calcul à des matières qui ne les comportent pas. G. BruNET.
CRAINTE. Ce mot désigne la sensation pénible que l'approche ou la menace, soit d’un danger, soit d'un mal, fait éprouver à l’homme ainsi qu’à plusieurs animaux : c’est dans le cerveau que l'idée du péril auquel on se croit exposé naît, par l'intermédiaire des sens, comme aussi par l'imagination ; toutefois, elle peut provenir encore d’un des points de l'organisme, car la douleur, nous avertissant qu’une lésion est survenue sur quelque partie, peut nous alarmer; Pétat morbide des viscères peut encore suggérer et entretenir des pressentiments sinistres, et telle est l’hypochondrie. Cette idée, une fois produite, détermine diverses perturbations dans l’action normale des organes. L’aflection qui résulte de cette opération cérébrale, excitée directement ou indirectement, étant considérée dans son acception générale, présente, sous le rapport de l'intensité, des nuances tellement marquées qu'on les désigne par des dénominations spéciales, qui sont encore modifiées par d’autres noms : ainsi, le mot crainte est appliqué à la nuance la plus modérée ; on nomme peur celle qui est plus prononcée, et on appelle terreur celle qui est extrême.
Aussitôt que l’idée d’un mal menaçant est perçue et jugée par l’action du cerveau, une constriction pénible se manifeste vers l’épigastre, autrement dit le creux de l'estomac, et on reconnaît évidemment l'intimité des rapports existant entre ces deux parties, écho tocond en renseignements pour les physiologistes, et trop méconnu des moralistes, Les fonctions sont promptement entravées : la respiration arrache des soupirs ; la circulation est ralentie ; la digestion se trouble, ainsi que tous les autres actes qui en dérivent; la peau pâlit et se sèche ; les extrémités inférieures fléchissent sous le corps, qui est tremblant. Une grande perturbation se révèle en général dans tout l'organisme, à moins que l'intelligence ne soit assez forte pour faire taire ce retentissement, Si cet état de trouble est prolongé pendant quelque temps, la santé ne tarde pas à être notablement altérée, comme les maladies à s’aggraver par sa coexistence : sous ces rapports, la crainte se rallie au chagrin et à la tristesse. La timidité est le premier degre de cette affection, exerçant une influence souvent défavorable sur les