‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 536 sur 607 · DS · texte numérisé non relu

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CRAINTE — CRAMBÉ

actions de l’homme en état de santé, mais qui n’est pas morbifère.

Quand la crainte s'élève au degré de la peur, les résultats de l'impression cérébrale sont plus saillants : la contraction du diaphragme, muscle qui concourt puissamment à la respiration, force à faire des inspirations grandes et involontaires, tandis que les expirations sont entravées ; alors on suffoque ; le sang étant retenu dans les poumons ainsi que dans les cavités du cœur, qui palpite au lieu de battre librement, la respiration devient convulsive et les syncopes surviennent fréquemment ; la gêne de la circulation cause en même temps un refroidissement du corps tel qu’il amène le frisson. L'influence de la crainte et de la peur sur les mouvements du cœur est si évidente que l’on considère vulgairement cet organe comme le siége du courage, et qu’on dit en parlant d’un homme habituellement dominé par cette force, qu’il est pusillanime , poltron, lâche, sans cœur ; si, stimulé par la honte ou par le besoin de se défendre, il fait meilleure contenance, on ajoute que Le cœur lui revient au ventre. Aux troubles et de la circulation et de la respiration se joignent les suivants : la peau se crispe et se couvre d’une sueur froide ; des larmes jaillissent soudainement des yeux, des excrétions sont effectuées involontairement par la contraction de la vessie et celle des intestins, mais non par leur relâchement, comme on le croit trop communément ; l’action du cerveau éclate surtout sur ces derniers organes. Tandis que des excrétions sont ainsi provoquées, des flux habituels ou accidentels se suppriment : la salive se tarit dans la bouche; les plaies en suppuration se dessèchent, etc.; l'évacuation mensuelle est fréquemment arrêtée par cette cause. La jaunisse est encore un effet commun de la peur.

D'autres fois le cerveau triomphe de cette émotion générale, et réagit avec assez d’énergie pour que la volonté recouvre son empire. Alors on emploie toutes ses ressources pour se soustraire au mal ou pour le combattre. A cet effet, on a souvent recours à la fuite : l’'éme en ce cas descend dans les jambes, suivant l'expression d'Homère. En cet état, on peut commettre les actions les plus ridicules, s’effrayer de son ombre et de tout ce qui nous environne; tel fat le cas de Démosthène, qui, fuyant un champ de bataille, rendit, dit-on, ses armes à un buisson auquel ses vêtements s'étaient accrochés. Les animaux, même les insectes les plus chétifs, quand ils craignent des ennemis, ont aussi recours à la fuite ou emploient des ruses qui excitent l’admiration par l’intelligence qu’elles exigent : quelquefois, par exemple , ils se laissent tomber comme morts. Est-ce un état de stupeur? est-ce un expédient? Quelquefois la peur procure des guérisons extraordinaires : on cite des malades perclus depuis longtemps qui ont quitté leur lit étant me-

. nacés par le feu et ont recouvré l'usage de leurs membres.

On a vu un goutteux soudainement guéri par un boulet qui passa près de lui durant un siége, etc. Ces faits ont suggéré l'idée d'employer la peur pour guérir des mouvements épileptiformes qui se propageaient chez des enfants par l’imitation, force qui nous porte à bäiller, à pleurer, à rire en voyant ces actes; force qui propage la manie du suicide. Cet entraînement transmet rapidement la peur parmi les hommes réunis en masse. Dans ce cas, les anciens l’avaient surnommée panique (du grec r&v, qui signifie fout). On l’observe souvent à la suite des batailles, comme aussi durant les épidémies : dans cette dernière occurrence, elle est trèsfuneste, parce qu’elle favorise l'infection des miasmes. D’après de tels effets, il n’est point étonnant qu’on ait élevé des autels à la Peur, et que l’idée seule de cette affection suffise pour produire un mal. La peur qui affecte à l’improviste et qui dure peu se nomme frayeur, et la situation dans laquelie on se trouve est appelée effroi.

Si la crainte s'élève au degré extrême de la £erreur, l’homme demeure immobile : ses sens sont comme perclus

la voix lui manque, sa bouche se dessèche, ses oreilles s’abaissent, ses poils et ses cheveux se hérissent, tant la contraction de la peau est forte ; quelquefois ils blanchissent subitement, ou se dessèchent et tombent; l'intelligence l’abandonne, et il demeure stupéfié, état qu’on nomme épouvante. La folie, la démence, la paralysie, l’épilepsie, sont souvent des résultats fréquents de cette violente émotion; la vie peut même s’éteindre plus ou moins promptement.

Cette affection est favorisée par une éducation efféminée, par l'ignorance, par l'insuffisance des stimulus qui entretiennent la vie, par certains états morbides : dans l'hydrophobie, par exemple, des accès de terreur excités sans cause extérieure sont les préludes des horribles accidents qui composent cette maladie. L'art thérapeutique offre peu de moyens pour guérir de la peur : il se réduit à en rechercher, à en approfondir les causes ; à faire luire ensuite l’espérance, qui trompe d’autant plus les hommes qu’elle les flatte. On peut avoir recours aux stimulants matériels, tels que le vin, les liqueurs, comme encore aux excitants spirituels. Napoléon a fait de ces derniers un emploi exemplaire par des croix et des proclamations.

La difficulté qu’on éprouve à guérir de la peur doit engager à la prévenir autant que possible : à cet effet, il ne faut pas élever les enfants avec une sévérité qui, entretenant une crainte continuelle, les habitue à la timidité et à la pusillanimité; on doit les accoutumer à ne point redouter l’obscurité ni la solitude. Il est de la plus grande importance surtout de ne point impressionner leurs jeunes imaginations par des récits dangereux et la représentation intellectuelle des êtres fantastiques qu’on appelle revenants. On doit aussi les habituer à ne point redouter les animaux inoffensifs. On doit également limiter en eux la crainte du tonnerre en leur enseignant les préservatifs que nous pouvons lui opposer et en leur montrant que la foudre n’est point lancée par le bras d’un dieu façonné à l'instar de Jupiter. Il est encore prudent de ne point effrayer les enfants et les personnes d’un caractère faible par des tableaux de l'enfer. Quand il s’agit de relever le courage des malades que l’idée de la mort épouvante, tous les moyens sont bons; le charlatanisme est alors excusable, car la Jin justifie les moyens.

: D° CHARB@NNIER.

CRAIÏOVA, ville de Roumanie, chef-lieu d’un district, compte 23,000 habitants et possède une cour d’appel, un lycée et une école de jeunes filles.

CRAMBE, ou CHOU MARIN (crambe maritima).

Cette plante potagère, cultivée en Angleterre, et surtout en Écosse, commence à l'être en France; c’est une crucifère voisine des choux, dont elle réunit plusieurs qualités, circonstances qui, jointes à l’observation des lieux où elle croît naturellement, et qui sont les bords de la mer, lui ont valu à bon droit le nom de chou marin, qu’elle porte. Le chou marin est vivace; et ce sont les nervures et les pétioles ou côtes des feuilles qu'il produit chaque printemps qu’on mange après avoir fait blanchir ces feuilles par un procédé de culture à peu près pareil à celui qu’on emploie pour le céleri, et néanmoins modifié en ce sens que le céleri s’emploie en cuisine dans l’année même qu'on le sème, tandis que le chou marin n’a été considéré jusqu’à ce moment comme étant mangeable que la seconde année de sa semaison, quoiqu’il soit évident qu’on peut le manger plus tendre et plus délicat dès la première année.

Le chou marin, étant une plante rustique et d’une grande longévité, produit de longues et grosses racines, qui ont d'abord servi à le multiplier, coupées par tronçons de huit centimètres, et mises en pleine terre, en rigoles assez profondes pour que ces fragments puissent être recouverts de six à huit centimètres de terre : ces rigoles doivent être espacées de vingt-cinq à trente centimètres, afin de pouvoir butter les feuilles qui naissent de ces fragments. Si au lieu de planter des tronçons de racines en pleine terre, on les plante sur

couche ou dans une serre chaude, on peut manger du chou rnarin en toute saison, et même les manger plus tendres. Si l'on a abondamment des graines de chou marin, comme c’est le cas aujourd’hui, au lieu de plauter des tronçons de racines, on sème les graines de cette plante en rigoles, on obtient ce légume plus facilement, en buttant le produit de cette semaison, comme on a butté le produit des tronçons de racines ; mais on fera bien de ne procéder au buttage des plants de semis que la deuxième année. Il est évident que si cette semaison se fait sous châssis ou en serre chaude, on aura des chous marins en toutes saisons, et même en hiver, Les feuilles de chou marin sont accommodées comme les chou-fleurs et les brocolis. C’est un mets délicat, et qui occupera un jour une place aussi grande dans les potagers que l’asperge et l’artichant. C. ToLLarp aîné.

CRAMER (Gagriez), mathématicien distingué, né à Genève, le 31 juillet 1704, se fit connaître d’abord par quelques recherches d’acoustique qui attirèrent sur lui l’attention des Bernoulli, dont il alla suivre les leçons à Bâle, en 1727. Après avoir parcouru la France et l'Angleterre, où il se lia avec les principaux savants de l’époque, il revint dans sa ville natale occuper une chaire de philosophie. En 1750 ‘il fit paraître à Genève son Introduction à l’analyse des lignes courbes algébriques. C’est dans ce re- Warquable ouvrage que , traitant de la théorie de l’élimination, il donna les élégantes formules qui ont conservé son mom et qui servent à résoudre les équations du premier degré à plusieurs inconnues. Déjà de nombreuses publications de Cramer avaient précédé l'apparition de ce livre, car, plein de dévouement pour la science, il ne dérobait pas un instant au travail. Aussi sa santé s’altéra-t-elle de bonne heure. Épuisé par ses labeurs incessants , il se rendit à Bagnoles, en Languedoc, dans l’intention d’y prendre un peu de repos. Ce fut là qu’il mourut, en 1752, à peine âgé de quarante-huit ans, E. MERLIEUX.

CRAMER ( Joux-Anrowy ), l’un des plus célèbres philologues qu’ait produits l'Angleterre, té en 1793, à Mitlædi, en Suisse, d’une faille allemande, fit ses études en Angleterre, et y fut nommé en 1822 curé à Binsey, comté d'Oxford. En 1831 il obtint la place de principal de New-Inn-Hall à Oxford, et fut appelé la même année aux fonctions d'orateur public de cetle université. En 1342 on lui confia en catre la chaire d'histoire moderne; et il mourut à Brighton, le 24 août 1848, Parmi les nombreux ouvrages relatifs à la littérature et à l’histoire ancienne dont on lui est redevable, nous mentionnerons plus particulièrement, indépendamment de sa Dissertation on the Passage of Hannibal over the Alps (Oxford, 1820; 2° édit. 1828 ), composée en société avec H.-L. Wickham; sa Descriplion of Ancient Italy (Londres, 1826); sa Description of Ancient Greece (1828) ; sa Description of Asia Minor (1832); ses Anecdola Græca codicum manuscriptorum Bibliothecæ Oxoniensis (1837); Anecdola Græca e codicibus manuscriptis Bibliothecæ Regiæ Parisiensis (1840); Travels of Nicander Nucius of Corcyra in England, in thereign of Henry VIII (1841).

CRAMER (JeaAn-BaprisTE ), naquit à Manheim, en 1771. Son père Guillaume Cramer, mort en 1799, fut un violoniste de premier ordre. Le jeune Cramer commença donc par apprendre le violon, mais son goût le portait vers l'étude du piano. Vaincu par son obstination, son père finit par le confier aux soins d’un professeur de cet instrument, nommé Benser, Trois ans après, en 1782, Jean-Baptiste passa sous la direction de Schrater, et dès l'automne de l’année suivante il devint élève du célèbre Clémenti; cependant il ne profita guère que pendant un an des leçons de cet excellent maître, qui en 1784 quitta l'Angleterre, où Guillaume Cramer avait conduit son fils dès ses plus tendres années, À peine âgé de treize ans, le jeune Cramer, déjà familiarisé avoc les œuvres des grands maîtres, notamment J.-B. Bach

CRAMBÉ — CRAMPE

et Hændel, jouait dans les concerts publics, et faisait l'admiration des connaisseurs par son jeu pur et brillant, Ayant, en 1785, terminé ses études théoriques sous Charles- Frédéric Abel, il commença à voyager, et se fit applaudir dans toutes les grandes villes. De retour en Angleterre en 1791, il s’y livra à l’enseignement du piano, et sy fit connaître avantageusement comme compositeur. Dans un voyage qu'il fit à Vienne, il y renouvela connaissance avec Haydn, qu’il avait connu à Londres. De retour à Londres une seconde fois, il s’y maria, s’y fixa, et devint professeur à l'académie royale de musique de Londres. Cramer-a composé un grand nombre de sonates pour le piano, des concertos, divers morceaux pour le piano et la harpe. Mais c’est surtout par ses belles ééudes qu’il se recommande particulièrement à l'attention des pianistes. Cet ouvrage tient le Premier rang parmi les classiques que tous les élèves doivent sans cesse étudier, Cramer s’est quelquefois fait entendre à Paris. Son jeu correct, élégant, d’une pureté et d’une égalité parfaites, fait encore l'admiration des connaisseurs,

Il est mort en 1858, à Londres. J. D'ORTIGUE,

CRAMER (Jea-Ucrica), philosophe allemand qui se rattache à l’école de Leïbnitz et de Wolf, et jurisconsulte distingué, naquit à Ulm, en 1706, et fit ses études à l’université de Marbourg. Plus tard il y occupa une chaire de droit, et fut créé baron par l’empereur Charles VII. On a de lui : Usus philosophiæ Wolfianæ in jure (1740); Primæ lineæ logicæ (1767); Observationes juris universi (1772). Il mourut à Ulm, en 1772.

CRAMMER (Tuomas). Voyez CRANMER.

CRAMOISY, nom d’une célèbre famille d’imprimeurs de Paris.

CRAMOISY (SÉBASTIEN), né à Paris, en 1585, mort dans la même ville, en 1669, fut le premier directeur de PImprimerie royale établie au Louvre par Louis XIII. Parmi les plus beaux ouvrages sortis de ses presses, on cite surtout les derniers volumes des Œuvres de saint Jean Chrysostome, avec la traduction française de Fronton Leduc (Paris, 1609-1624) ; Nicephori Callisti Historiæ ecclesiasticæ tibri XVIII (1630); et l'édition des Historiæ Francorum Scriptores de Duchesne (1636).

CRAMOISY (CLaune), frère de Sébastien, qui dirigea sous lui l’Imprimerie Royale, mourut en 1661.

CRAMOISY (GaBRieL), frère des deux précédents, imprimeur comme eux, publia plusieurs ouvrages considérables, entre autres le Traité des Droits des Libertés de l'Eglise gallicane et des preuves des libertés de cette même Eglise (4 vol. in-fol.), qui lui valurent des persécutions d’une assemblée de prélats réunie à Sainte-Geneviève.

CRAMOISY (AnprÉé), de la même famille, était imprimeur à Paris dès 1655. On lui doit une bonne traduction de l’'Harmonie ou Concorde évangélique, contenant la vie de Jésus-Christ selon les quatre évangélistes, d'après la méthode et Les notes de Nicolas Toinard (1716, in-8e).

CRAMPE. On appelle ainsi une contraction involontaire et très-douloureuse de plusieurs muscles, principalement de ceux qui forment le mollet. C’est une affection nerveuse, ordinairement d’une courte durée, mais qui peut récidiver : souvent le moindre effort suffit pour la déterminer chez quelques individus. Ces contractions pénibles ont pour cause l'irritation des centres nerveux produite par l’action exagérée de divers excitants : ainsi agissent les contentions d’espril fortes et prolongées, les excès de boissons alcooliques, le café, des substances vénéneuses, les vers intestinaux, qui irritent secondairement le cerveau. En général, l’inflanmation des viscères cause des crampes, et c’est pour cela qu’elles sont si fréquentes et si violentes dans le cours du choléra asiatiqueou indigèneet des fièvres graves. C'est pourquoi aussi on les observe ordinairement pendant la grossesse, où l'utérus, organe dont les sympathies sont très-étendues, éprouve de changements considérables dans

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