‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 575 sur 607 · CRISTALLIN — CRISTALLISATION · texte numérisé non relu

CRISTALLIN — CRISTALLISATION

Ceux qui sont plus solubles à une température élevée qu’à une température basse, étant dissous # chaud, se déposent par le refroidissement : c’est ainsiqu'ils se conduisent pour la plupart; mais quelques-uns sont à peine dissous en plus grande quantité à chaud qu’à froid, et alors il est nécessaire de diminuer par l'évaporation la quantité de dissolvant pour qu'ils puissent s’en séparer sous forme régulière. Le sel marin ne peut être obtenu que par ce moyen.

Généralement, lorsqu'une dissolution est très-concentrée et qu'une grande proportion d’un sel se dépose brusquement du sein d’un liquide dans lequel il était dissous, les formes qu’il affecte sont moins régulières; au contraire, quand le dépôt se produit en petite quantité, mais d’une manière continue, les cristaux offrent une grande régularité. On doit faire observer cependant que s'ils se déposent sur les parois d’un vase, quelques-unes de leurs faces manquent toujours ; aussi, lorsqu'on veut âvoir des cristaux très-réguliers, at-on le soin de placer dans le liquide des fils ou des baguettes minces, sur lesquelles se déposent les cristaux, qui, s'ils sont isolés les uns des autres, présentent alors des formes remarquables par leur régularité. Pour les sels même plus solubles à une température élevée qu'à une plus basse, l’'évaporation spontanée que l’on obtient en abandonnant leur dissolution concentrée à l’air donne lieu à de beaucoup plus beaux cristaux, parce que la quantité de sel qui se dépose à chaque instant étant très-petite, les petites molécules qui se séparent du liquide sont dans les circonstances les plus convenables pour se grouper d'une manière très-régulière. On peut profiter surtout de ce genre d’action, comme l'a fait Leblanc, pour se procurer des cristaux d’un très-grand volume : pour cela on recueille de petits cristaux très-réguliers, que l’on place au fond d'un vase plat et large, dans une liqueur saturée du même sel à la température ordinaire, et on l’abandonne à l’évaporation spontanée , en ayant soin deretourner fréquemment ces cristaux sur toutes leurs faces : le dépôt de sel qui se fait ainsi successivement leur procure un accroissement que l’on peut rendre aussi considérable que l’on veut, en n’altérant en rien la régularité de leurs formes ; il faut seulement changer de temps à autre la liqueur, parce qu'après quelque temps elle aurait perdu assez de sel pour devenir apte à en reprendre aux cristaux qui diminueraient de volume.

Le plus ordinairement, les sels qui se cristallisent au sein de l’eau en retiennent une plus ou moins grande proportion, mais qui peut y exister à deux états différents : tantôt cette eau est seulement interposée entre les parties du sel, tantôt elle existe en combinaison avec le sel luimême; et un fait remarquable dont chaque jour on observe un plus grand nombre d'exemples, c’est que les cristaux d’un même sel peuvent retenir en combinaison une plus où moins grande proportion d’eau, suivant la température à laquelle ils se sont formés; et même dans certaines circonstances le sel peut se déposer en cristaux ne renferinant pas d’eau, tandis que dans &'autres ils en contiennent une grande proportion. Ainsi, le sulfate de soude, cristallisé par le refroidissement d’une dissolution saturée à chaud, renferme un quantité d’eau qui s'élève à plus de la moitié de son poids, tandis que si l’on maintient à la température de 33° centigrades une dissolution saturée à cette température, il s'en dépose des cristaux qui ne contiennent pas d'eau. Ainsi encore le sel marin, qui se sépare d’une dissolution soumise à lévaporation, ne renferme que de l’eau interposée, tandis que les cristaux que l’on obtient à une température de 10° au-dessous de zéro, contiennent de l’eau combinee. Lorsqu'un sel se sépare d’une dissolution pour prendre l’état solide, la température s'élève, et quelquefois d’une manière très-sensible.

Arrivée au point de cristalliser, une liqueur ne dépose pas toujours de cristaux; mais si on lui imprime le plus léger mouvement, elle peut en produire une si grande quantité,

qu’elle se prenne en masse : le nitrate d'argent est particulièrement dans ce cas. Placée dans le vide , une dissolution saturée à chaud de sulfate de soude ne laisse, même en Vagitant, précipiter aucune portion de sel, ou quelquefois elle donne seulement quelques cristaux isolés, tandis que si on la laissait refroidir à l'air, elle se prendrait en masse ou produirait du moins une cristallisation abondante : si on la met alors en contact avec l’air, la cristallisation s’y détermine immédiatement. 11 semblerait que l’on dût conclure de ce fait que c’ést à la pression de l’air qu'est dû le passage du seldel'état:solide à l’état liquide, mais le contraire peut être facilement prouvé en plaçant la même dissolution dans un vase ouvert et lé recouvrant d’une couche d’huile qui n’empêche pas la pression de l'atmosphère de se faire sentir : la crislallisation s'opère, au contraire, immédiatement à l’instant où l’on met la liqueur en contagt avec la plus petite bulle d'air, else propage dans toute la masse avec une grande rapidité et un dégagement de chaleur assez considérable.

Frappé.de la constance d’un fait qu’il avait observé sur un assez grand nombre de substances qui offraient une forme primitive semblable, mais avec des angles d’une valeur différente, Haüy en avait tiré des conséquences qui devinrent la base de son système de cristallographie. IL'avait adsis que chaque substance présente une forme primitive propre, d’où dérivaient par des accroissements particuliers toutes les formes secondaires que cette substance pouvait présenter, Son système s'était vérifié à un tel degré, sur un très-grand nombre de corps, qu’il avait pu prédire jar Veéxamen des formes cristallines de minéraux non encore analysés, la nature de leurs principes. Cependant, quelques cas particuliers s'étaient offerts qui n'avaient pu rentrer dans la loi générale. L'un des plus remarquables, et qui avait éxercé la sagacité des minéralogistes et des chimnistes, la différence de forme primitive du carbonate de chaux et de laragonite , composés des mêmes éléments, l'acide carbonique et la chaux , n'avait pu recevoir d'explication : ces faits isolés étaient regardés comme des anomalies. Lorsque Mittscherlich vint à découvrir un Fait qui était destiné à renverser le système d'Haüy , en donnant l’explication des exceptions apparentes de la loi qu'avait établie celui-ci; c'est que le même corps peut se présenter sous deux formes qui dérivent d’un système cristallin différent.

Cette importante observation fut faite sur le soufre; ulle s'étendit bientôt à un grand nombre de substances, et conduisit le savant allemand à cetie conséquence, que la même forme cristalline peut être affectée par des substances de natures différentes, mais d’une composition atomique semblable, de telle sorte que ces substances peuvent être substituées les unes aux autres, sans changer la forme cristalline, Mittscherlich a nommé cette propriété isomorphie ; elle se résume en ces termes : que des composés du même ordre peuvent se substituer les uns aux autres sans que la forme cristalline du composé soit changée, ainsi qu'un certain nombre d’autres propriétés.

Pour bien faire. comprendre cette loi, nous dirons seule- . tuent que la potasse et la soude, par exemple, sont isomorphes , que l'oxyde rouge de fer, loxyde de chrôme, lalumine , ete., le sont également, et qu’en faisant entrer l'un de ces oxydes dans une combinaison, on peut Je remplacer par son isomorphe sans affecter les caractères cristallins du composé. Ainsi l'alun, formé d’acide sulfurique , d'alumine et de. potasse, cristallise en octaèdres réguliers. On peut rémplacer la potasse par là soude et obtenir encore un alun affectant la même forme. De la même manièré, on peut subslituer à l’alumine l’oxyde de fer, celui dé chrôme, elc., en laissant la potassé où la sondé dans la combinaïson, et oblenir toujours des sels de mûme forme cristalline, de véritables aluns qui ne renferment plus d'alumine.

La découverte de Mitischerlich a conduit à expliquer de mmbrenx fails qui ne peuvent rentrer dans le système cris-

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