‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 580 sur 607 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

Homère; il ne s'est point prononcé sur le mérite de ces vers.

La profession d’Aristarque a un côté fort utile, il est aussi rare qu'on s’y distingue à un certain degré que dans toute autre carrière; mais, enfin, c’est une profession prudente, et qu’ilest aisé de concilier avec le besoin qu'éprouvent tant de personnes de cacher leur vie : le critique à la manière d’Aristarque peut représenter l’homme le plus méticuleux de la société; le Zoïle est nécessairement un don Quichotte de conscience ou un chien hargneux.

Ce qui porte néanmoins, par le temps qui court, au métier de critique dans le bon et le mauvais sens de Zoïle (car l'impartialité nous oblige à suspendre l'arrêt prononcé par l'antiquité), c’est que le critique a cessé de courir les risques d'être mis en croix, lapidé, brûlé vif, ou précipité des roches scirroniennes, version que néglige Vitruve, mais qui offre tout autant de probabilité que les autres. Nous en sommes à peu près arrivés au point où l’on peut être impunément Lamotte-Houdart ou Bettinelli; n'oublions pas toutefois qu'il y a soixante ans le seul critique du premier ordre que l'Italie ait encore possédé, Baretti, faillit être assassiné dans Venise pour avoir manié un peu trop rudement de fouet littéraire. X1 ne manquait alors à la sérénissime république qu'un pédant couronné, tel que Ptolémée-Philadelphe, pour donner une apparence légale à cette exécution à huis clos.

Nous n'avons point ici la prétention de tracer des règles à la critique verbale, telle qu’Aristarque l’a faite : ce genre de critique a reçu de nos jours une dénomination scientifique beaucoup plus exacte : on l'appelle philologie; et c’est sous cette rubrique qu’on pourra chercher l'examen des difficultés que présente l’art des Casaubon, des Bentley, des Bæœckh et des Letronne. La critique dont il est ici question a pour base le sentiment intime, la recherche et la conscience du beau, le goût enfin ; la critique est l'exercice actif, aventureux, journalier, du principe que lon nomme esthétique. La critique est restée incertaine et subordonnée tant qu'elle n’a pas marché d’un pas plus rapide que les livres eux-mêmes ; la périodicité à centuplé ses forces : peu s’en faut maintenant qu’elle n’abolisse les écoles, ef que dans son ardeur versatile elle ne tienne lieu de tout précepte et de toute loi. Il suit de là que pour apprécier aujourd’hui les devoirs et les bornes de la critique les exemples anciens sont devenus hors d'application. Le développement immodéré de la critique a été prévu, il y a déjà longtemps, par les meilleurs esprits, et les chances de ce développement les ont effrayés par avance. Un homme dont tout le talent se résume dans l’idée du sens critique le plus fin et le plus sûr, La Bruyère, s’indignait ; au milieu du dix-septième siècle, qu’un journal prétendit à autre chose qu’à donner le titre et le sujet d’un livre nouveau, en ajoutant l’adresse du libraire. Aujourd’hui La Bruyère n'aurait plus le choix : il lui faudrait être ou journaliste audacieux ou philologue timide.

Depuis que la critique a conquis cette grande influence, elle est devenue l’objet des reproches les plus graves et souvent les plus fondés. Il ne s’agit point ici de la crifique qui se jette à corps perdu dans ce qu’elle ne sait pas, qui peint à larges traits les époques dont les faits lui sont complétement inconnus, qui se confie aveuglément à elle-même, ou se laïsse remorquer à la queue d’une vanité particulière : une pareille critique, si l'homme qui la fait a reçu de la nature quelques qualités de style, peut bien éblouir quelque temps, et passer aux yeux de certaines personnes pour de J1 critique de bon aloi; mais son sort étant ou de se démentir sans cesse ou de se répéter à l'infini, la satiété du publie fera bientôt justice de ce qu’elle renferme de faux et d’incomplet, Le mal est que la critique plus éclairée porte en soi des inconvénients essentiels; d’où il suit que pour trouver le bon critique , l'idéal du critique, il faudzait faire autant de chemin que pour rencontrer un homme de génie.

DICT. DE LA CONVERS, — T, Yi.

Car enfin , à est presque contre nature qu’un homme soit mis au monde uniquement pour faire le métier de æritique. Ily a d'abord essentiellement dans toute critique une position parasite ou accessoire qui en exclut tous kes esprits créateurs. Un esprit réellement créateur manque à sa vocation s’il critique les autres au lieu de produire : il peut, à de certains intervalles, jeter de vives lumières sur l'horizon du jugement ; c’est aux critiques de profession à recueillir ces lumières, et à repousser de leurs rangs ceux dont la force productrice réclame un aliment plus substantiel, Pour critiquer en sûreté de conscience, il faut donc avoir la conscience de sa propre stérilité : sous ce rapport Je Pvôdi oeaurèv est d'une application tout à fait nécessaire. L'examen de conscience doit commencer par les facultés en quelque sorte matérielles de l'esprit, La mémoire est la ba e essentielle de la critique. Un homme dont l’orellle sera dure pourra juger très-sainement de la musique; la perception des arts du dessin n’est refusée ni au myope m1 au presbyte. Le critique dont la mémoire est chancelante, ie critique qui ne peut travailler sans notes, est un homme perdu. Les meilleures mémoires ne se ressemblent pas entre elles : telle garde les mots, telle autre s'applique aux lieux, une troisième aux noms et aux dates. Qui n’a pas la mémoire des mots doit s'abstenir de la critique littéraire; qui pèche par celle des lieux est impropre à la critique d'art; celle des noms et des dates est capitale et nécessaire à toute espèce de critique.

De l'usage réglé de la mémoire résulte le classement et la comparaison : ici chacun doit s'interroger avec soïn ; les facultés sont aussi diverses qu’inégales ; et de la diversité des facultés critiques naissent les différentes espèces d’applications. Il est tel esprit auquel les choses se presentent foujours par grandes divisions, qui gagne à prendre de Ja reculée , et dans lequel les faits se cristallisent naturellement en systèmes; tel autre, auquel la nature a refusé les rues d'ensemble , est admirablement doué pour l'analyse et l’appréciation des détails; un troisième ne juge bien et prefondément qu’un ordre de choses, et qu’un seul côté de ces choses ; un quatrième saisit si nettement et si également le pour et le contre qu’une décision lui serait à tout jamais impossible, L'un a le sentiment intime de la résistance; il ignore le respect qu’on doit au génie : il n'accepte aucun joug , pas plus celui d'Homère que celui de Raphael; l'autre est attiré vers un talent supérieur par un attrait aussi irrcsistible que celui de l’aimant. Ce talent le charme, et à l’aide de cet attrait, il voit plus clair au dedans que fout antre : la nature l’a créé comme le gui pour trouver son alimext dans les fibres du chêne. Il en est chez lesquels domine le sentiment admiratif en général; le mal seul est ce qui affecte les autres, et leur désolante analyse trouve à dissoudre les plus incontestables beautés... Rien de tout cela n’est ni sans remède, nisans ressource, pourvu que chacun connaisse sa tendance naturelle et la propriété de son talent.

Jl-est une classe de critiques qui se rapprochent de la philologie, et dont le sens esthétique n’est que relatif, Sons ce rapport , les philologues ont tous besoin du sens esthétique, surtout en ce qui concerne le caractère historique des littératures. Pareille nuance existe en matière d’art, où la critique historique devient l’auxiliaire indispensable de l’appréciation et de l'expertise. Il ne s'agit pas ici de pénétrer avant dans l’essence et les causes des beautés; il s’agit tout aussi peu de rendre compte de ces beautés et de les faire percevoir aux autres par une expression claire et ardente. Dans cet horizon, chaque temps, chaque homme est un tout, qui existe par lui-même, qui a ses signes de reconnaissance , bons ou mauvais : le critique philologæe ou expert vous met le doigt sur les différences saïllantes; s’il se passionnaïit pour une chose plus que pour une antre, sa judiciaire courrait risque de s’obscurcir : les choses n’ont pas besoin de l’affecter, il suffit qu’elles l’éclaireus.

762 « Un pareil critique, admirable pour dresser un catalogue ou deviner une interpolation, éprouve d'ordinaire un grand malaise devant les œuvres contemporaines. Comme à certains suppliciés que décrit le Dante, la nature lui a retourné le visage vers le passé; la facilité même avec laquelle il pénètre dans l'esprit des âges écoulés exclut chez lui le besoin et l'intelligence du progrès ; le combat que l'époque ne cesse de livrer en marchant ne le préoccupe ni ne l'intéresse.

La tendance contraire à celle-ci consiste à tout rapporter au temps présent, à ne chercher dans le passé que des raisons qui appuient nos préoccupations actuelles. Le sort accoutumé des critiques qui suivent cette voie est de s’enrôler aveuglément sous une bannière, d’épouser une coterie, de combattré pour un nom : parti qui facilite le succès, qui couvre les défaites, qui adoucit singulièrement par les caresses de l'amitié ce que le métier de critique a d’âpre et de périlleux. C'est qu'au fond, après les lumières naturelles, après la connaissance de soi-même, la qualité la plus essentielle au critique, c’est le courage; je n’appelle pas courage ce monstrueux besoin de dénigrement que les talents élevés inspirent à l’envie, ni ce désir de se singulariser qui porte les gens nouveaux à s’en prendre aux réputations éfablies, Le seul courage que le critique ait à s'imposer, le plus difficile à obtenir sur lui-même, c’est le sacrifice de son amour-propre ; on ne voudrait à aucun prix avancer une opinion qu'il fallût ensuite rétracter ; on a la conscience exacte d'une qualité ou d’un défaut dans ce qu'on examine, Mais avant de produire ses observations, on tiendrait à pré- Yoir la fortune qu’elles feront dans le monde; et comme en définitive la critique est bien plus alimentée par l'envie que par l'amour du prochain, on trouvera toujours des gens disposés à attaquer, rarement des critiques qui se sacrifient d'avance en risquant une opinion tranchée au profit d’un talent inconnu : c’est là un grelot que personne ne se soucie d’altacher, si ce n’est quelques étourdis qui ne voïent rien devant eux et se jettent tête baissée dans les souricières.

H est donc vrai de dire que la plupart des critiques se respectent bien plus eux-mêmes qu’ils ne se connaissent. Avec cette exubérance de vanité, justifiée par l'importance dun rôle qu'ils jouent aujourd’hui dans le monde , ils auraient beau cumuler tous les mérites du style et de l’imagination, qu’ils n’en mériteraient pas moins les reproches dont on les accable en expiation de leur influence et de leurs succès. Venimeuse ou idolâtre, la critique égorge ceux qu'elle haït, étouffe ceux qu’elle admire : ainsi se trouve justifié l’arrêt qu’elle s'est prononcé à elle-même depuis assez longtemps, de contribuer pour une bonne moitié à la s'irilité dont le monde est menacé en fait d’art et de littérature. Le seul remède à cela, c'est que la critique ait un but, car toujours c’est le but qui fait le courage. Quiconque embrasse cet attrayant, mais rude métier, doit être convaincu qu'il n’est après tout qu'un dissolvant, un acide dans le monde; et qu’un dissolvant, naturellement desfructeur, peut néanmoins, dans une certaine combinaison avec les éléments contraires, contribuer à la conservation et au développement des choses. Dans l’ordre général de humanité, le conseil est l’auxiliaire de l’action ; quand les forces du corps sont retranchées par l'âge, l'expérience des vieillards dirige le bras des jeunes : un critique n’est bon que comme peut l’être un vieillard ou un eunuque, Il faut qu’il veuille passionnément une chose qu’il a conscience de ne pouvoir par lui-même accomplir; alors il s'adresse à l'homine d’action, puissant nar lui-même , mais souvent aveugle; il le dirige, le soutient, ou simplement l'encourage; il a le temps surtout d'expliquer à la foule ce que lhomme d'action , absorbé par son travail, ne jui dirait jamais : il peut être le pilote, mais jamais le vent; lestruchement, et non l'orateur.

La plus agréable émotion qu'éprouve l’homme qui ne

CRITIQUE — CRITOGNAT :

par lui-même, c’est de rencontrer chez un autre une force capable d'accomplir le-résultat que le critique a rêvé. De là l'association toute naturelle de l’homme de conséil et de l'homme d'action. Cette association doit inspirer aw critique le courage de se commettre pour celui qui réalise ses utopies; mais malheur à qui, après le premier élan, se repose dans la confiance de lamitié ! car la vie du critique est essentiellement une vie de désappointements et de déboires : l'artiste ou le poëte dans lequel il a mis ses espérances, et dont il a prôné d'avance les succès, lui échappe souvent tout à coup; il voit s’éteindre, sous mille influences diverses, la flamme du génie ; il faut qu’il brûle lui-même le dieu qu'il adorait la veille; il faut qu’il avoue son erreur on avertisse publiquement de sa méprise celui qu’il comblait de louanges. Cette absolue nécessité dans laquelle se trouve le critique de n’avoir point d'amis devrait relenir bien des gens sur le bord de la carrière, si d’une part presque tous ceux qui s’y aventurent ne se résignaient d’avance à accepter des amis quand même, et si de l’autre quelquesuns ne cédaient à un penchant de satire, qui n’est pas un crime comme le dénigrement injuste, qui n’est qu’un: penchant malicieux et presque excusable quand il saït se contenir dans certaines bornes. nn 4

Il est peu d’écrivains de talent qui n’aient écrit quelques pages de critique. Toutefois, il existe cette grande différence entre l'utilité de ce que les grands poëtes ou les grands artistes ont écrit sur leur art, et de ce que produisent les éritiques proprement dits, que les idées avancées par les hommes de pratique n’ont pas besoin d’être justes pour être utiles, tandis que les méprises de la critique ne peuvent se racheter à aucun prix. Les faces de l’art sont tellément multiples et variées , il y a tant de moyens de voir la nature et de l'exprimer, qu’un homme qui envisagerait toutes les faces de limitation avec une égale impartialité se réduirait par cela même à l’impuissance d'agir. Pour réussir dans une partie de l'art, l’homme a besoin de convictions fortes et en partie aveugles : Rembrandt n'aurait pas trouvé la route qu’il a si glorieusement parcourue, s’il avait eu les idéés de Raphael; Michel-Ange n'aurait pas été Michel-Ange s’il eût compris le mérite, inappréciable sous un certain rappoït, des maîtres plus anciens que lui. Ainsi, si je découvrais un traité de Michel-Ange sur la peinture, et que jy lusse une critique acerbe ou dédaigneuse de Ghirlandajo, son maitre, de sa sécheresse, de sa roideur perpendiculaire, de sun ignorance de la perspective et des raccourcis, les fresques de Michel-Ange n'apprendraient à rabattre de ces reproches; je me rappellerais le point auquel Buonarotti a trouvé l'art, ce qu'il lui a donné sous le rapport de la science et du mouvement, el l'exagération même de Michel-Ange dans le stxle qu’il a créé me ferait deviner la voie juste entre la simplicité gothique de Ghirlandajo et la force exubérante de Michel- Ange,

Nous n’accepterons donc la critique des poëtes et des artisies, même leurs théories, que comme des mémoires, Je ne vois qu’une combinaison dans laquelle l'artiste écrivant lui-même dispenserait à tout jamais de la critique : je suppose que la paralysie des mains qui interrompit Poussin à moitié de sa carrière eñt été complète. Voilà bien l'homme qu'il nous faut pour juger parfaitement là peinture! car il a pratiqué longtemps et avec succès; il connait tous les secrets de la profession; il est de plus doué du sens philosophique le plus élevé : quelle merveille de raison et: de génie ne produira pas cet accord des facultés les plus rares dans un honime qui ne trouve plus le moyen de les mettre en pratique! Tout cela est incontestable; et pourtant souscririez-vous d'avance au jugement que Poussin porterait de Rubens ou de Murillo? Ch. LENORMAND, de l'Institut,

CRITIQUE (Temps ou Age). oyes Crise.

CRITOGNAT, l'un des nobles Arvernes qui s'étaient

s'est livré à la critique que par l'impuissance de rien créer | enfermés dans Alise avec Vercingétorix. Le siige

CRITOGNAT avait déjà duré trente jours; les assiégés, qui n'avaient de vivres que pour ce temps, étaient menacés de la famine : les secours qu'ils attendaient de tous les points de la Gaule confédérée n’arrivaient pas. On tint conseil pour aviser à ce qu'il y avait à faire dans une si cruelle extrémité. Les uns furent d'avis qu'on se rendit, les autres qu’on essayät d’une sortie, tandis qu’on en avait encore la force. Critognat, dont l'opinion avait beaucoup de poids, déclara que ceux qui conseillaient la soumission n'étaient pas dignes de prendre Fart au conseil, et que pour ceux qui voulaient qu’on fit une sortie, c’était pusillanimité et non courage, de mieux aimer combattre que de souffrir la faim. 11 conseilla aux Gaulois de faire ce qu’avaient fait leurs ancêtres , lesquels, dans la guerre des Cimbres et des Teutons, refoulés dans leur ville et réduits à la même extrémité, s'étaient nourris des cadavres de ceux que leur âge rendait incapables de porter les armes , et avaient ainsi échappé à la honte de se rendre, César, au VII® livre de la guerre des Gaules, cite le discours de Critognat, à cause, dit-il , de son étrange ct horrible cruauté. Le fait mérilait sans doute d’être mentionné dans le récit du siége d’Alise; mais on s'étonne que César, qui très-certainement n’avail connu l'opinion et le discours de Critognat que par les rapports de quelques captifs, ait pris plaisir à refaire ce discours et à donner une pièce qui, pour la concision, l’ordre des pensées, le nerf et la vigueur du langage, égale les meilleures harangues de Tite-Live et de Salluste. Tous les avis étant pris, il fut décidé qu’on renverrait de la ville tous ceux que léur santé ou leur âge rendait inutiles au service, et d'essayer de tous les moyens avant de se résoudre à ce qu'avait proposé Crilogpat , sauf à y recourir plutôt que de subir la soumission ou la paix. Les habitants d’Alise, qui avaient reçu l’armée gauloise dans leur cité, en furent chassés avec leurs femmes et leurs enfants. Arrivés près de l'enceinte de César, ils demandèrent en pleurant qu'il les reçût comme esclaves et qu’il les nourrit; mais César les fit repousser, etils périrent de faim entre son camp et les murs de leur ville.

Désiré Nisarp, de l'Aeadémie Française,

CRIVELLI (Caro), peintre vénitien du quinzième sièele, contemporain de Rartolommeo Vivarini, à qui il ressemble beaucoup sous certains rapports , tout en lui restant inférieur sous le rapport de la grâce et de la beauté d’exécution. Ses ouvrages se trouvent dispersés dans plusieurs villes d'Italie, mais sont fort rares à Venise, sa ville natale. C’est à Ascoli, où il s'était fixé, qu’on en voit le plus grand nombre. La galerie de la Brera à Milan , le musée de Berlin et Pinstitut Stædel à Francfort possèdent aussi de ses ouvrages. Ils sont peints finement en détrempe, et les moindres d’entre eux toujours ornés de gracieux paysages. Crivelli doit avoir atteint un âge très-avancé, puisqu'on sait qu'il travaillait encore vers l’an 1486 ; or une Vierge avec l'enfant Jésus qu’on voit de lui à la Brera, de même que son propre portrait, qui s’y trouve également, porte la date de 1412.

CROASSEMENT, mot fait par onomatopée, c’est-àdire imitant le cri naturel des oïseaux du genre corbeau, el particulièrement de la corbine. On ne doit point confondre ce mot avec coassement ou voix des grenouilles. Croasser signifie, au figuré, crier, criailler, chanter mal.

CROATES. C'est à l'époque de la guerre de trente ans qu’il est pour la première fois fait mention dans les armées impériales de Croales comme formant un genre de {troupes à part, un corps de cavalerie légère. Les corps ainsi désignés ne se composaient pas seulement de Croates et autres Slaves du sud, mais aussi de Magyares, et sous ce rapport étaient la même chose que les Aussards.A la batailie de Breitenfeld, on voit figurer cinq régiments de Croales aux ordres d’Isolani. En France, où on reconnut et apprécia le parti qu’on en pouvait tirer, on organisa sous le nom de cravates des régiments de ce genre, mais répondant mal au but qu'on se proposait, d'ailleurs trop pesamment

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