‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 579 sur 607 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

celle que j'ai de lui sous le rapport de sa forme. Mais nous n'avons considéré que deux choses : d’un côté, le cône tel qu’il est en effet, et, de l’autre, l’ensemble de moi, de mes yeux et de la lumière, Renversons ces termes et considérons d’un côté l’ensemble du cône, de la lumière et de mes yeux, et, de l'autre, moi qui en ai l’idée, Vous verrez que ce cône ne me trompe pas, mais qu'il est effectivement et réellement tel qu’il me paratt, lorsque je lui ajoute la lumière et mes yeux. Le premier homme qui a fait une montrea.commencé par les idées qu’il avait d’un ressort, d’une roue, d'un levier. En combinant ses idées, en raisonnant sur elles, il a conçu une montre imaginaire. Ensuite il a réalisé ce résultat, ce qui eût été absolument impossible, s’il n’y avait pas une correspondance directe entre certaines idées et certaine faces des choses. Fr

Il n’y a donc pas pour l’homme deux vérités, l’une subjective et l’autre objective; il n’y en a qu’une résultant de Paccord parfait de ces deux éléments, en tant qu’il est perceptible par nos moyens de connaissance.

CRITIQUE. Zoïle, qui s'était fait nommer Homeromastix, C'est-à-dire le fléau d’Homère, étant venu de Macédoine à Alexandrie, fit lecture au roi Ptolémée Philadelphe des livres qu’il avait écrits contre l’Iliade et l'Odyssée. Ptolémée fut indigné qu’on osât ainsi attaquer le père des poëtes et le maitre du bien-dire en toutes choses pendant son absence, et blâmer celui dont les écrits étaient l’objet de l'admiration universelle; mais alors il ne répondit rien. Cependant Zoïle, ayant prolongé son séjour en Égypte, pressé par le besoin , finit par demander au roi qu’il lui fût alloué quelque provision. « Quoi! répondit Philadelphe, Homère, mort depuis dix siècles, fait vivre encore des milliers d’hommes, et celui qui se croit plus habile que lui ne trouve pas moyen de se nourrir lui seul! » Et finalement il lui infligea le supplice des parricides, c’est-à-dire qu'il le fit mettre en croix, à moins qu’on n’aime mieux croire que les Chiotes le lapidèrent, ou que ceux de Smyrne le brülèrent vif, Tant ily a, ajoute Vitruve, auquel nous empruntons, ce récit, qu’il avait bien gagné le supplice le plus rigoureux : et en effet, rien de plus horrible au monde que de critiquer ceux qui ne peuvent plus répondre en rendant comple de leurs intentions.

Ce Zoïle, dont le nom stigmatise encore les méchants critiques, était tout simplement un homme de mérite, d'un esprit froid et exact, sorti sans doute de l’école d’Aristote, et qui le premier s'était avisé de croire qu’on pouvait sôumettre au creuset de l'analyse les beautés des anciens poëtes, Zoile, qui tenait à Athènes une école de rhétorique trèsfréquentée, et qui même compta Dérnosthène au nombre de ses élèves, n'avait fait que suivre l'exemple de Platon; ce dernier, avec une organisation bien autrement sympathique aux beautés d'Homère, n’en n'avait pas moins combattu l'erreur de ceux qui faisaient du poëte non-seulement un dieu, mais un monde : le dialogue d’Ion ne passa sans doute que pour une inconvenance; mais le pauvre Zoile devint le bouc émissaire des péchés de la critique. Vico, dans sa Scienza Nuova, a prétendu prouver de la façon la plus ingénieuse qu'Homère, pour écrire l’Illiade et l'Odyssée, avait dû vivre au moins deux cents ans, tant les mœurs du second poëme diffèrent de celles du premier. Pour que le maître de Démosthène pût devenir la victime des susceptibilités littéraires de Philadelphe, il eût fallu que sa vie se prolongeât jusqu'à cent-trente ans : d’où il suit que le critique n’est guère moins fabuleux que son modèle.

Zoïle est le nom des critiques bêtes et haineux; Aristarque a donné le sien aux critiques impartiaux et intelligents. Aristarque, excellent grammairien, et qui parait avoir possédé au plus haut degré ce sens investigateur que nous nummons aussi le sens critique, n'a pourtant jamais été un critique dans l’acception la plus généralement reçue ; il a jugé le plus où moins d'authenticité des vers attribués à

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