‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 605 sur 607 · CRUIKSHANK — CRUSCA · texte numérisé non relu

CRUIKSHANK — CRUSCA

<hargé du mécontentement de son père, dont il devait éclipser la réputation. 11 avait eu quelque succès dans les rôles comiques, mais il était trop incapable de suite et de constance dans ses actes pour que cette carrière püût lui offrir des résultats suffisants. Il essaya de peindre des décorations pour Drury-Lane, ce qui ne lui réussit guère. Hazzlitt prétendait qu’il mettait toujours dans un vieux chêne un nez de polichinelle, et que jamais il n'avait créé un palais de roi sans introduire dans les lignes des plus majestueuses colonnades le zig-zag favori et le caprice peu architectural de ses caricatures. Il avait vingt-quatre ans; la vie lui était apparue sous ses aspects les plus comiques, lorsqu'il jugea que le théâtre et les acteurs pourraient être un sujet fécond de charges burlesques, qu’il se mit à crayonner. Il obtint le succès qu’obtiennent toujours les hommes qui suivent la pente de leur nature et de leur talent; on fut frappé de Ya naïveté bizarre de ses croquis, et tout le monde s’arrétait devant les marchands d’estampes qui les exposaient à la curiosité, Aux caricatures théâtrales succédèrent les esquisses de la vie de Londres, puis les charges politiques, et enfin les caricatures populaires, qui assurèrent à la fois la gloire et la fortune de l’auteur. L'œuvre de Cruikshank est tellement considérable qu’il est impossible d’en indiquer même es principales séries d’une manière exacte. Tous les hommes politiques ont été frappés de sa verge; toutes les variations des mœurs, non-seulement en Angleterre, mais aussi en France, ont été signalées par ce crayon bizarre et capricieux en apparence, toujours sensé, souvent profond, qui a une raison et un but pour les plus étranges et les plus bizarres de ses fantaisies. Il occupe dans les arts une place singulière, contfestable sans doute, mais analogue à celles de Swift et de Butiler dans le domaine littéraire de son pays. Philarète CHASLES.

Le talent de Georges Cruikshank a pris dans ses plus récentes productions une direction morale et philosophique qu’il est bon de signaler ici. En 1848, notamment, il a publié, sous le titre de The Bottle une série de huit planches où sont représentés les résultats de l’ivrognerie. La suite composée également de huit planches, est intitulée The drunkard's Children, et montre la destinée infailliblement réservée aux malheureux enfants d’un ivrogne. Les figures qu'il y a placées, quelque drôlatiques et bizarres qu’elles puissent paraître, sont empruntées avec la plus exacte vérité à la vie populaire; et cependant jamais Cruikshank ne s’est servi d’un album ou livre d’esquisses. C’est dans son heureuse mémoire qu’il trouve les meilleures ressources pour reproduire les mœurs des diverses classes de la société. Il a aussi publié, en compagnie avec son frère, Robert CRUIRSHANK, Miniaturiste de talent, différentes esquisses qui sont le commentaire de ceite expression proverbiale. « La vie de Londres, c’est la mort », N'oublions pas non plus de dire que cet artiste a, plus que tout autre peut-être, contribué aux immenses progrès que la gravure sur bois a faits de nos jours.

CRUMATA. Voyez CASTAGNETTES.

CRUOR, nom latin introduit sans aucun changement Jans le langage des sciences médicales. Quoique chez l’an- <ien peuple à qui nous l’avons emprunté il ne signifiät que sang coulant où sang caillé hors du corps, nous l'avons employé dans plusieurs autres acceptions, savoir : 1° comme synonyme du sang; 2° pour désigner le sang extravasé et coagulé à la suite d’une blessure; 3° nous l’avons aussi appliqué au caillot entier; 4° à la matière colorante rouge en particulier, et 5° plus particulièrement encore à la portion de cette matière colorante rouge qui, étant en contact avec l'air atmosphérique, prend une couleur plus vive et rutilante. L. LAURENT.

CRUPEZIA. Voyez CASTAGNETTES.

CRURAL (en latin cruralis, de crus, cruris, cuisse). On se sert en anatomie de cette épithète pour dénommer, sinon toutes, du moins plusieurs parties qui appartiennent

DICT. DE LA CONVERS. — y O1 €

à la cuisse. Ces parties sont : 1° les vaisseauret les nerfs cruraux, le plexus crural; 2° l'aponévrose et l'arcade crurale; 3° l'anneau crural et le canal crural; 4° l'os ou le levier crural, vulgairement appelé fémur ; 5° les divers muscles formant la masse charnue de la cuisse, parmi lesquels quelques-uns ont reçu des noms divers, tandis que d’autres sont appelées biceps crural, triceps crural.

| Mais on peut mieux différencier ces muscles en les distin-

guant d’après leur situation en fléchisseurs, extenseurs, udducteurs, abducteurs, et rorateurs cruraux. Les nerfs cruraux ont deux troncs, dont l’un antérieur, plus petit, porte seul le nom de nerf crural, tandis que le postérieur, plus considérable, est appelé nerf sciatique. Le plexus crural a été ainsi nommé par Chaussier, parce que les nerfs lombaires et sacrés qui le constituent par leur réunion vont tous se rendre à la région crurale. L’anneau crural, le canal crural, l'aponévrose et l'arcade crurales, sont des parties dont l’anatomie a dû être étudiée minutieusement et avec le plus grand soin pour éclairer la pratique chirurgicale dans le traitement des hernies crurales. L. LAURENT.

CRUSADE ( cruzada), nom de plusieurs monnaies de Portugal, les unes d’or, les autres d’argent, ainsi dénommées à cause de la croix et des feuilles de palmier disposées en croix qui en ornent l'effigie. On a frappé des crusades depuis l’an 1455, époque de la publication de la bulle du pape Calixte III, pour une croisade contre les infidèles, jus: qu’en 1822. On distingue les anciennes et les nouvelles crusades frappées depuis 1722. Les premières portent l’indication de 400 et les secondes celle de 480 reis. C'est qu’elles représentaient en effet autrefois une valeur de 400 reis qu plus tard fut portée à 480, ce qui équivaut à 3 fr. 35, monnaie de France, La nouvelle cruzada d'argent vaut 2 fr. 94. Lorsqu'il est question de crusades dans les cours du change sur le Portugal, la cruzada est toujours calculée au taux de 400 reis et représente par conséquent 2 fr. 79, argent de France. Cette monnaie a é(é supprimée en 1854.

CRUSCA (Académie della) ou Académia Furfuratorum, la plus célèbre et la plus utile peut-être des académies italiennes, fut fondée en 1582, à Florence ; maïs elle ne commença guère à se faire connaître que vers 1584, par les débats qui éclatèrent entre plusieurs de ses membres et l’auteur de la Jérusalem délivrée. C’est à tort qu’on a confondu cette société avec l’académie florentine. Les discours prononcés dans les séançes de la première par Torricelli, disciple de Galilée, sur la pesanteur, le vent, la force de percussion et quelques sujets de mathématiques, prouvent qu’elle ne s’occupait pas moins de choses que de mots. Il n’est personne qui ne connaisse, au moins de réputation, le Vocabulaire de la Crusca, le meilleur dictionnaire de la langue italienne qui cxiste et qui seul suffirait à sa gloire : « code, dit Ginguené, d’une autorité irréfragable, à laquelle, depuis qu'il a paru, tous les bons écrivains se sont soumis ; barrière forte et solide, contre laquelle se sont heureusement brisés tous les efforts du néologisme moderne; modèle si parfait enfin de ce que doit être un ouvrage de cette nature, qu'il a fallu que toutes les nations lettrées qui ont voulu avoir des dictionnaires de leur propre langue, se réglassent sur celui de l'académie de la Crusca. » Elle a aussi publié des éditions très-correctes d’anciens poëtes de la Péninsule.

Le mot crusca est tout italien ; il signifie le son qui reste quand la farine est blutée, c’est un emblème du but que se propose l'académie : elle veut -en effet épurer la langue du Dante et du Tasse, elle veut, en quelque sorte, extraire le son de la farine. Ses armes sont un bluttoir, avec cette devise : &/ piu bel fior ne coglie (elle en recueille la plus fine fleur). Jadis même, assure-t-on, poussant cette métaphore jusqu’au bout, elle avait dans le local de ses séances des fauteuils affectant la forme de hottes à porter le pain, avec des dossiers reproduisant des pelles à remuer le blé,

et des coussins de satin gris qui ressemblaient à des sacs.

CRUSENSTOLPE (Macnus-Jacques), publiciste et romancier suédois, né le {1 mars 1795, à Jœnkœæping, embrassa d’abord, à l'instar de son père et de son grand-père, la carrière de la magistrature. En 1825 il était assesseur ordinaire au tribunal aulique à Stockholm ; forcé en 1834 de donner sa démission, par suite de la négligence qu’il apportait, dit-on, à remplir les devoirs de cet emploi, il a depuis lors vécu du produit de ses travaux littéraires. En 1837 il eut le bonheur de gagner, à l’une de ces loteries si fort en usage dans le nord de l’Europe, une petite terre dont le revenu lui assurait une honnête indépendance ; mais, joueur acharné et passionné pour les plaisirs, quelques mois lui suffirent pour dévorer en folles dissipations la fortune que le hasard lui avait donnée.

On ne saurait nier que cet écrivain ne soit doué d’un rare talent de discussion et d’une grande puissance de style; aussi eût-il incontestablement pu exercer sur l'opinion de ses concitoyens l'influence la plus décisive et la plus durable si en lui l’homme privé avait été plus respectable, et l'homme publie plus conséquent. De bonne heure il avait annoncé quelques dispositions pour le genre historico-r0mantique; mais ce qu’il publia en ce genre n’obtint qu'un médiocre succès. 11 aborda ensuite les questions d’agrononie, d'industrie métallurgique, etc., sans que le public parût s’en soucier davantage. Son premier ouvrage qui fit réellement sensation fut ses Politiska Æsigter (1828 ), chaleureux panégyrique de ce que l'écrivain appelle l’époque de la liberté, c’est-à-dire la période de 1719 à 1772, et en particulier du comte de Horn et de la faction aristocratique, La même année, on le vit entreprendre, de concert avec L.-J. Hierta, la publication d’une Guzelte de la Dièle feuille rédigée au point de vue de l'opposition la plus prononcée, mais qui cessa de paraître quand la diète eut terminé ses travaux. Les deux collaborateurs se séparèrent alors pour fonder un journal chacun dé son côté. L.-J. Hierta fit parattre l’Aftonbladet , feuille qui existe encore aujourd’hui, et consacrée tout aussitôt à la défense et à la propagation des idées démocratiques les plus avancées. Crusenstolpe, au contraire, se mit à la solde du pouvoir, et écrivit, dans le Fæderneslandet , dont le premier numéro parut en 1830, la rétractation et la réfutation des principes qu’il défendait encore la veille. Le mépris public fit justice de cette honteuse palinodie, et quand, en 1833, le pouvoir, s'apercevant enfin qu'il en était pour ses frais, retira la suwention qu’il accordait depuis l'origine à cette feuille de police, qui ne put jamais exercer la moindre influence sur l'opinion, le journal de Crusenstolpe dut cesser de parattre.

L'année suivante, Crusenstolpe, par un brusque mouvement de conversion, publiait sans transition ses fameux Skildringar ur det inre af dagens historia, piquantes esquisses dans lesquelles il passait en revue tout l’ordre social, qui abondent en révélations, en trahisons même, et

où, sous lé masque du panégyriste optimiste, il est facile ,

d’apercevoir le ricanement moqueur du satiriste. Ce livre, qui a eu les honneurs de quatre éditions successives, réhabilita en quelque sorte l'écrivain dans l’opinion publique, qui, toujours généreuse, consentit à amnistier et à oublier un passé encore si récent et si fâcheux. On y reconnaît toutefois visiblement les tendances aristocratiques qui avaient inspiré à Crusenstolpe ses Poliliska Æsigter. Ayant acheté, à quelque temps de là, la bibliothèque de Tessin, riche surtout en collections et documents manuscrits, il y trouva de nombreux matériaux pourson Portefeuille ( Stockholm, 1837 ),et pour son Historisk tafla af Gustav IV. Adolph's ræsla Lefnadsær. La première de ces publications abonde en documents pour la plupart inconnus; la seconde n’est guère que le très-sec et très-ennuyeux journal du baron de Sparresur l'éducation de Gustave IV, depuis l’âge de troisans jusqu'à sept; et malgré le soin qu'a pris l'éditeur de l'entre-

CRUSCA -— CRUSIUS

lärder de maxünes et de réflexions, de notes et d’observa. tions du libéralisme le ‘plus épicé, le public n'a jamais voulu s’y laisser prendre, Une brochure publiée en 1838 par Crusenstolpe, sous le titre de Sézl!ningar och Fœrhællanden, obtint tout de suite un succès vraiment populaire. 11 y traitait d’une manière piquante plusieurs questions à l’ordre dujour, semant sur sa route à foison les anecdotes et les portraits, frappant fort et presque toujours juste et ne ménageant d’ailleurs personne, Le pouvoir, piqué au vif des attaques passablement hardies dont il y était l’objet, déféra l'écrit aux #*ibunaux sous la prévention d’outrage enversle conseil d’Ézx.. Le jury ayant rendu un verdict affirmatif, la cour condamna, le 19 juin 1838, l’auteur à trois années d'emprisonnement dans une forteresse. Cet arrêt sisévère mécontenta tellement le public, qu’on l’accueillit au dehors aux cris de Vive Crusenstolpe! Le lendemain au soir des groupes nombreux et animés se formèrent aux approches du tribunal, et il fallut l'intervention de la force armée pour les dissiper. Ces scènes tumultueuses se renouvelèrent le jour de la translation de l'écrivain condamné à la forteresse de Wexholm; bientôt l'irritation populaire prit un caractère tel que la force armée dut faire usage de ses armes, et le sang coula.….. On le voit, rien n’a manqué à la popularité de cet écrivain, pas même des martyrs. Depuis l’expiration de sa peine, Crusenstolpe vit sans bruit, maïs n’a pas “issé que de déployer une assez remarquable activitélittéraire. Son Morianen (6 vol., 1840- 1844), ouvrage où il entremële à plaisir les faits et les fictions pour en faire une espèce d’esquisse de l’histoire de Suède jusqu’à l’avénement au trône de la maison de Holstein-Gottorp; et, comme dans ses autres écrits, on y admire un style souple et varié, aux couleurs éclatantes. Nous citerons encore de lui, outre la nouvelle Bigtfadern (1842), les romans Carl Johan och Svenskarne (3 vol. 1845 ); Tvænne ækteskaper (1847); Huset Tessin under frihetstiden 1849. Ilest mort le 18 janv'er 1865, à Stockholm. CRUSIUS (Curisrian-Aucusre), philosophe ingénieux mais lourdet enclin au mysticisme, et qui n’a pas laissé que d’exercer par ses écrits et par ses leçons une influence con-

sidérable sur les idées de son siècle. Né en 1712, à Leuna,

près de Mersebourg, il étudia et devint professeur de théologie et de philosophie à Leipzig, où il mourut en 1775. Il conçut le plan hardi de renverser la doctrine combinée de Leibni{z et de Wolf, afin de créer un nouveau système phi-

losophique. Il se proposait surtout de convertir la philoso-

phie en une science complète, parfaitement satisfaisante pour l'esprit, et de la mettre en harmonie avec le système admis à cette époque par le plus grand nombre des théologiens. 11 dirigea ses principaux efforts contre le wolfanisme, comme incompatible avec le libre arbitre de l'âme humaine. Contre l’harmonie préétablie de Leïbnitz, il objectait que les choses identiques sont les seules qui puissent être mises en mutuelle harmonie ; maisque les esprits et les corps sont de nature tellement disparate, qu’il ne saurait exister d'harmonie entre eux. Cette objection ne nous paraît pas fort juste; car, outre que la majeure du raisonnement de Crusius ne peut être prouvée, Leibnitz avait expressément déclaré que les monades sont identiques, et, précisénent par cette raison, il pouvait en soutenir l'harmonie préétablie, Au reste, malgré ses subtilités, ses hypothèses arbitraires, ses spéculations mystiques, ses idées diffuses, ses dogmes sans fondement, et sa terminologie bizarre, Crusius jouit de son vivant, comme écrivain et comme professeur, d'unegrande célébrité. 11 la dut à ce qu'il eut réellement assez de sagacité pour découvrir quelques côtés faibles du wolfianisme, et qu’il se concilia par là tous les autres antagonistes de cette doctrine, Sa philosophie se recommandait surtout par l'indéterminisme qu’elle soutenait, lorsque le principal reproche adressé au système combiné de Wolf et de Leibnitz était de conduire au fatalisme, D'ailleurs, l'harmonie que Crusius s'efforça d'établir entre la philosophie et la dogmatique de

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