‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 64 sur 607 · COLONISATION · texte numérisé non relu

COLONISATION

portions, et a réussi ainsi à se débarrasser de ferments dangereux. I! est inutile de dire qu'on ne peut jamais recourir à de telles mesures qu’en respectant la liberté des individus, et qu’on doit se borner à faciliter l’émigration à ceux que ce venchant domine , à moins que la justice re les ait mis à la disposition du gouvernement. La colonisation ainsi entendue doit, avec une sage distribution de travaux de PÉtat, faire partie des moyens de prévoyance d’un gouvernement habile et éclairé.

Certains économistes ont dit que c’est dans le pays même qu’il faudrait songer à coloniser, au lieu de coloniser dans des régions lointaines; que les populations ne sont jamais surabondantes, que chaque contrée de l’Europe, la France notamment, en pourrait nourrir trois ou quatre fois plus, et qu’en répartissant mieux les bras, en les transportant des localités où ils surabondent dans celles où ils manquent, on meltrait en valeur une quantité de terres, ou mal cultivées, ou point cullivées du tout, Au lieu, dit-on, de dépenser des millions au loin, on trouverait en Bretagne, dans les Landes, dans le centre de la France, tantôt des lieux incultes, couverts de ronces, tantôt des lieux inondés qu’on pourrait à volonté rendre fertiles. Au lieu d’aller se créer des consommateurs éloignés, dont le travail profite à d’autres autant qu’à la France, on en créerait en France même, que rien ne pourrait séparer d’elle, qui ne travailleraient que pour elle, et seraient non-seulement des consommateurs, mais des contribuables, des citoyens, des soldats. C’est en conséquence de cette idée qu’on a souvent proposé la colonisation agricole dans l'intérieur de la France.

Sans doute, si une telle chose se pouvait, il y aurait cerfains avantages à la mettre en pratique, car il vaudrait mieux avoir chez soi que hors de chez soi ces colons, producteurs et consommateurs à la fois, dont l’activité tout entière serait à la France, et à elle seule, sans pouvoir jamais en ètre séparés. Mais il s’agit de savoir si cet attrait du déplacement qui porte à quitter la mère patrie, si ces espérances chimériques que les pays lointains inspirent, si ces promesses de gains énormes, si cette pass'on pour les vastes et grandes propriétés situées sur l'Ohio ou la Plata, si tous ces motifs qui entraînent les hommes loin du sol natal, malgré ce qui les y retient ; si tous ces motifs on pourrait les créer en faxeur d’un terrain à exploiter dans les Landes ou la Bretagne.

L'idée de colonies agricoles dans l’intérieur mème de la France est donc chimérique, puisqu’elle ne répond en rien au besoin qui porte les colons à s’expatrier. Ce sont les colonies hors de la métropole qui seules peuvent avoir des chances de succès. Il est vrai que ces colonies, jugées mauyaises par les disciples de la moderne économie politique, jugées mauvaises même pour l’Angleterre, sont déclarées plus mauvaises encore pour la France. La France, dit-on, n’a jamais su coloniser, et ce qu’on ne conseillerail pas aux autres nations on le conseïllera encore moins à elle.

Sans éprouver pour notre nation ce sot orgueil qui consiste à décerner toutes les qualités à soi, tous les défauts à autrui, nous n’admettons pas pour la France cette prétendue incapacité de coloniser. Saint-Domingue, le Canada, la Louisiane, l’île de France, plusieurs pays de l'Inde, étaient parfaitement colonisés lorsque nos ennemis ou la révolte nous les ônt enlevés; Saint-Domingue, notamment, était la plus belle colonie de l’univers. Ce ne sont pas là des preuves attestant que la France ne sache pas coloniser.

La vraie cause de ses revers dans les régions colonisées par les Européens n’est pas dans une prétendue incapacité, que les faits démentent, maïs dans les malheurs de sa marine. Elle a été vaincue sur mer par sa rivale, pour avoir voulu combattre en même temps sur deux éléments. Dans le dernier siècle, elle avait eu le tort de dépenser à la fois ses forces contre le grand Frédéric et contre l’Angleterre. Dans ce siècle, elle a eu le tort plus grand encore de vouloir livrer en même temps les batailles de Trafalgar et d’Auster-

1è litz, et de tenter simultanément le même jour des choses dont peut-être elle eût été successivement capable si, par une indiscrète prodigalité de ses forces , elle n’avait pas prétendu les accomplir toutes à la fois. Elle a donc succombé sur mer, et des établissements dont on ne possède pas la route ne sauraient prospérer longtemps. L'ile de France, la dernière, la plus regrettable peut-être de nos pertes maritimes, était une colonie achevée, quand nous l'avons vue passer aux mains de nos ennemis, faute de pouvoir communiquer avec elle.

La France n’est donc pas incapable de coloniser; mais 1l faut qu’elle veille à ne pas coloniser trop loin de ses rivages, si toutefois elle se décide de nouveau à entreprendre des œuvres de ce genre. Le doit-elle encore? Là est la question.

La destinée dans ce siècle semble lui avoir assigné l’une des plus belles tâches qui soit jamais échue à une grande nation, celle de soumettre, de civiliser le nord de l'Afrique. L'un de ces motifs généreux qui sont toujours le commencement des grandes œuvres l'y a portée : l’indignation que causait à tous les peuples civilisés la barbarie des pirates qui infestaient la Méditerranée. Il n’était pas possible, en effet, aux nations européennes de tolérer plus longtemps que la plus importante, la plus fréquentée, la plus voisine des mers du globe, fût infestée de pirates : c'était souffrir des brigands à la porte de sa demeure. Un outrage de l’un de ces pirates insolents est devenu de nos jours le signal de cette glorieuse entreprise.

La France, sans se douter presque de ce qu’elle allait entreprendre, comme il arrive toujours lorsqu'on agit providentiellement , la France s’est armée de son épée, et a frappé pour jamais les barbares qui désolaient la Méditerranée. Pendant vingt ans on lui a dit de ne pas trop s'engager, de ne dépenser ni trop d’argent ni trop d'hommes , et, n’examinant point si on avait raison ou tort, conduite par un instinct irrésistible , elle a envoyé en Afrique jusqu’à cent mille soldats, dépensé jusqu’ à 100 millions par an. Tandis que les conseils d’une prudence que les événements n’ont pas justifiée la voulaient arrêter, cette France inconstante a persévéré ; elle a persévéré vingt années sans être assurée d’un profit quelconque, et la voilà en possession d’un empire qui s'étend de la Méditerranée au désert de Sahara.

Mais pour que cette conquête, qui commence à étonner déjà par les perspectives qu’elle ouvre à notre commerce, ne soit pas éphémère , il faut qu’elle se peuple non-seulement d’Arabes soumis, mais de Français acclimatés, lesquels, mêlés aux Arabes, seront capables de les contenir et de les faire concourir, soit à l’œuvre du défrichement et du commerce, soit à celle de la défense. Pour cela, il faut coloniser, c'est-à-dire envoyer des Français.

Beaucoup d’émigrants se transportent dans l'Amérique du Nord, parce que l’habitude d’en agir ainsi est établie, parce que le climat présente peu de différence avec celui de l'Europe, parce qu’il y a de la terre, du bois, de l’eau , tout ce qui rend la culture facile à ses débuts. Mais est-ce que l’Afrique, parce qu’elle serait différente, serait inférieure? Assurément non. Qu’on aille en Andalousie, terre exactement semblable à l’Afrique, et qu'on nous dise s’il ne vaudrait pas la peine d’être possesseurs de cette riche terre, et propriétaires, par exemple, de la vega de Grenade? Eh bien , l'Afrique abonde en vegas tout aussi belles, qui n’attendent que la main de l’homme. I] suffirait pour cela de détourner vers elle ce courant d’émigrants européens qui abandonnent l’ancien monde pour le nouveau.

Ce courant se forme par l'attraction qu’exercent ceux qui ont déjà émigré et réussi sur ceux qui n’ont pas encore quitté le sol natal. Si des colons finissaient par se sentir heureux en Algérie, dans certaines provinces plus tempérées, plus paisibles que les autres, et où l’acclimatation est plus facile, ils en aftireraient sur-le-champ un grand nombre à leur suite. Une telle chose est-elle possible sans le concours

du gouvernement? nous ne le croyons pas. Mais puisqu'on demandait naguère à l’État des efforts ruineux , insensés, pour des œuvres contraires à tous les principes sociaux, ne Serait-il pas raisonnable, prudent, humain, et surtout éminemment politique, de diriger vers ce-but les forces du pays qu’on voulait égarer ailleurs? Et si une grande dépense doit être tentée dans une intention d’humanité, ne serait-il pas sage de la tenter pour ouvrir une carrière à la fois agricole, industrielle et commerciale, à ceux que l’impatience du présent, le dangereux ennui du connu, porteraient à chercher une nouvelle existence? A. Triens,de l’Académie Francaise, COLONNA, bourg situé dans la banlieue de Rome, à 22 kilom. nord de cette ville, qui a donné son nom à la plus célèbre et à la plus puissante de toutes les familles de la noblesse romaine. Pendant toute la durée du moyen âge les Colonna, par Jeurs riches possessions, au nombre desquelles figurait la ville de Palestrina (l'antique Præneste), par leurs palais à Rome assez semblables à des forferesses , et par le grand nombre de leurs clients, exercèrent une influence décisive sur le cours des choses dans l'État de l'Église et même sur l'élection des papes. Consfamment en lutte ouverte avec leurs non moins puissants rivaux, les Orsini, et avec le parti populaire, ils firent cent fois couler le sang dans les rues de Rome.

Le papeMartin V (Offone CoLonxa), un grand nombre de cardinaux, de capitaines, d'hommes d’État, de savants et d'écrivains, sont issus de cette famille. Les membres les plus célèbres sont :

Egidio Coconna, né en 1247, mort en 1316, célèbre scolastique (docéor fundatissimus, theologorum princeps), professeur à l'université de Paris, général des augustins et instituteur de Philippe le Bel, pour lequel il composa son traité De Regimine Principum (imprimé pour la première fois à Rome en 1492). C'était un ardent réaliste et partisan de saint Thomas d'Aquin.

Giacomo CoLonna, cardinal, et son frère, le général Sciarra CoLoxna, soutinrent le roi Philippe le Bel lorsqu'il vint surprendre le pape Boniface VIII à Anagni, après avoir été vaincus par ce pape à la suite de longues guerres, ét avoir vu leur ville de Palestrina détruite par ordre du souverain pontife. Leur frère, S{efano CoLonxa, abandonna la politique traditionnelle de la maison en se mettant à la tête du parti des Guelfes, et devint le plus puissant adversaire de Rienzi, jusqu’à ce qu’en 1347 le tribun du peuple finit par l’expulser de Rome avec ses partisans.

Prospero CoLonna acquit le renom de grand capitaine dans la guerre contre le roi de France Charles VI11(1495), en agissant de concert avec le célèbre général espagnol Gonsalve de Cordoue. Entré plus tard au service du duc de Milan, il commandait à la bataille de la Bi coque, où les Français furent battus par les Milanais et leurs alliés, A quel-

que temps de là, Gênes tombait en son pouvoir, et lui-

même mourait peu après (1523).

Marc-Antonio CoLonna, duc de Paliano, se comporta vaillamment à la bataille de Lépante (7 octobre 1571), où les flottes combinées des Espagnols, des Vénitiens et du pape combattirent les Turcs dans les parages de l’île de Chypre. Dix-sept galères et quatre galiotes des. infidèles tombèrent en son pouvoir. A son retour à Rome, ses brillants exploits lui valurent de la part de la cour pontificale et de celle du peuple une foule de distinctions honorifiques. Plus tard, Philippe I le prit à son service, et le nomma vice-roi de Sicile, Il mourut le 2 août 1584.

Villoria CoLonna, la femme poëte la plus célèbre qu’ait eue l'Italie, fille du grand connétable du royaume de Naples, Fabrizio CoLonna, naquit en 1490 à Marino, fief appartenant à sa famille, A quatre ans on la fiança à Fernandolrancisco d’AvaHos, marquis de Pescara, enfant du même âge. Les rares perfections du corps et de l'esprit que

lui avait départies la nature, et qu'une éducation des plus |

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