COLONNADE — COLONNE
monde admire ces constructions, mais on ne se rend pas compte des difficultés que l'architecte a su vaincre avec un tel succès que l’on à peine à les apercevoir. La première consistait à tracer une place dont les dimensions fussent dans un juste rapport avec le monument pour lequel elle était faite. La seconde était de raccorder ces galeries avec
le péristyle du temple et avec le grand escalier du Vatican.
Une troisième se trouvait dans l'exécution, puisque les colonnes formant des galeries circulaires , celles des rangs extérieurs doivent avoir un diamètre plus grand en raison de leur éloignement. Cette colonnade fut commencée en 1661, et le pape Alexandre VII en posa la première pierre le 25 août. Elle se divise en deux parties ayant chacune 142 colonnes doriques. Des trois allées que forment ces quatre rangs de colonnes, celle du milieu est assez large pour que deux voitures puissent y passer; elle est voûtée, tandis que les deux autres sont plafonnées. Les colonnes sont d’un seul bloc, en pierre de travertin; elles ont 28,60 de hauteur, y compris la base et le chapiteau. L’entablement est surmonté d’une balustrade, au-dessus de laquelle sont placées 192 statues de 3%,55 de haut. La dépense de cette colonnade a été, dit-on, de 3,500,000 francs.
Une colonnade bien différente et jouissant aussi d’une grande célébrité est la colonnade du Louvre, belle conception de Claude Perrault, sur laquelle la critique ne put s'exercer qu’en cherchant à en ôter l'invention à cet habile architecte. Elle a 171 mètres de longueur, et est divisée en deux parties par l’avant-corps du milieu ; chaque partie se compose de colonnes corinthiennes cannelées et accouplées, mais elles ne sont pas d’un seul bloc. Les constructions de
. la place de la Concorde offrent aussi deux colonnades. L’architecte Gabriel, pour ne pas imiter la colonnade du Louvre, a isolé ses colonnes, ce qui donne de la maigreur à son monument.
Les colonnades les plus récentes que nous ayons vu élever sont celles qui décorent extérieurement le palais de la Bourse de Paris, par Brongniart, et l’église de la Madeleine, par Vignon. La Bourse de Saint-Pétersbourg, par Thomon, offre aussi une colonnade comme celle de Paris. Enfin, une colonnade d’un autre genre, qui mérite d'être citée à cause de la richesse de la malière, est la colonnade circulaire construite par Mansart, dans un des bosquets du jardin de Versailles. Elle se compose de 32 colonnes corinthiennes en marbre, de 4,85. Le füt de chacune d’elles est d’un seul bloc, 8 en brèche violette, 12 en bleu turquin et 12 en marbre de Languedoc. Tous les chapiteaux sont en marbre blanc, et supportent des arcades surmontées d’une corniche aussi en marbre blanc, ainsi quéies vases qui la couronnent.
DüuCHESNE aîné.
COLONNATO. C’est ainsi que dans le Levant on appelle les piastres d'argent d'Espagne frapées en Europe (dans la péninsule), parce qu’on y voit les armoiries d’Espagne entre deux colonnes droites, figurant, dit-on, les colonnes d'Hercule, et autour desquelles s’enroule un ruban avec cette inscription : Nec plus ultra. On désigne aussi ces espèces de piastres sous le nom de piastres aux colonnes. Celles des anciennes colonies espagnoles émancipées portent un soleil, le bonnet phrygien, des plantes tropicales ou d’autres emblêmes.
COLONNE. Ce mot est dérivé du latin co/umen, soutien ; et en effet les piliers circulaires ainsi nemmés sont ordinairement employés pour soutenir un fronton, un portique ou toute autre partie architecturale. Cependant on à élevé quelquefois des colonnes seules. Les menuments de cette nature ont été souvent critiqués, comme n’atteignant pas le but que semblerait indiquer leur usage.
Une colonne se compose d’un corps principal, auquel on donne le nom de fit ; il est placé sur une dase, et surmonté d’un chapiteau. La proportion de ces différentes parties yarie suivant les différents ordres d’architecture. Les co-
lonnes sont principalement employées dans les temples et dans les palais; ellés servent à leur décoration, et, suivant la richesse du monument ou le goût de l'artiste, on les fait en pierre, en marbre ou en granit, d’un seul bloc, par tronçon ou par tambour, suivant que les assises ont plus ou moins d'épaisseur. Quelquefois des colonnes en maçonnerie sont recouvertes en stuc, de couleurs variées. 11 est à croire que les Grecs firent d’abord leurs colonnes avec des
troncs d’arbres dans leur état naturel. Depuis, on en a fait
en menuiserie, soit que le bois conservât sa couleur naturelle, soit qu'il fût peint, pour imiter le marbre ou le granit. Le bronze même a été coulé en colonne : il en existe peu de cette matière ; cependant on en voit quatre à Saint-Pierre de Roune et quatre à Saint-Jean de Latran, Les proportions d’une colonne variant en raison de l’ordre d'architecture au-
quel elle appartient, la moitié de son diamètre est devenue le
mo du Le suivant lequel se détermine la mesure de chacune des parties d'un édifice. Dans l’ordre toscan, remarquable par sa simplicité et par sa force, le fût de la colonne avait 12 modules ; celui de l’ordre dorique, nommé l’ordre viril, a varié de 10 à 16; dans l’ordre ionique, désigné comme l’ordre féminin, à cause de sa beauté majestueuse , le fût de la colonne à 18 modules ; l’ordre corinthien va jusqu’à 20, et on lui donnait le nom de virginal, tant à cause de son élégance qu’à cause de la richesse et de la variété des ornements qu’il admet. Les colonnes furent d’abord faites de quatre ou cinq tronçons : cependant on remarque d’anciens temples avec des colonnes monolithes, c’est-à-dire d’un seul bloc; cet usage a prévalu toutes les fois que la hauteur des colonnes n’a pas dépassé la grandeur des blocs que l’on pouvait se procurer dans les carrières. Ordinairement les colonnes étaient unies : cependant dans l’ordre corinthien, et même dans l’ordre ionique, on en voit de cannelées dans toute leur hauteur, comme celles de la colonnade du Louvre et celles de l’intérieur de la cour. Quelquefois elles sont rudentées, c’est-à-dire que dans le tiers d’en bas de la colonne, chaque cannelure est remplie par un corps arrondi en sens inverse de la cannelure, et faisant l'effet d’un roseau que l'on y aurait introduit. On peut en voir un exemple au portique de Saïinte-Geneviève à Paris. Des colonnes éorses sont un objet bizarre et heureusement assez rare; il s’en trouve à Saint-Pierre de Rome et au Val-de-Grâce à Paris. On a fait aussi des colonnes ovales ; on en a vu autrefois à Délos; il en existe encore à la Trinité-du-Mont et au palais Massimi à Rome.
Suivant la manière dont les colonnes sont placées, on dit qu’elles sont isolées, accouplées, liées, groupées, flanquées, engagées, cantonnées. On nomme angulaires celles qui sont aux angles d’un monument; le mot solitaire désigne celles qui forment à elles seules un monument, et dans ce cas elles sont ordinairement colossales ; d’autres désignations sont encore données à ces colonnes, suivant l'usage auquel elles sont employées : ainsi, on les nomme triomphale, navale, rostrale, sépulcrale, itinéraire ou milliaire.
Les anciens temples de l'Égypte offrent un grand nombre de colonnes qui présentent beaucoup de variétés : la plupart n’ont ni base ni piédestal; leur diminution part du bas ef Ya jusqu’en haut, sans aucun renflement vers le tiers du fût, ainsi qu’on le remarque dans celles de l'architecture grecque.
On ne trouve plus maintenant aucun monument ancien avec des colonnes de l’ordre toscan ; mais Vitruve en a transmis les proportions d’après un temple de Cérès, qui de son temps existait encore à Rome. Les temples de Pœstum et de Sicile, ainsi que l’amphithéâtre de Vérone et la colonne Trajane ne sont point de l’ordre toscan, mais bien de l’ordre dorique. Ilest vrai que dans les temps les plus reculés les colonnes de cet ordre n’avaient pas l'élévation qu’on leur à donnée depuis, et que, comme celles de Parchitecture égyp-
tienne, leur plus grand diamètre était à la base . c'est ce que l’on peut observer dans les colonnes de Thoricus et dans celles des temples de Junon et de la Concorde à Agrigente ; dans celui de Ségeste et dans les deux temples de Pœstum. Du temps de Périclès on donna plus d'élégance à la colonne dorique, dont la hauteur se trouva portée à onze modules , ainsi que le constatent les temples de Jupiter Panhellenius dans l'ile d’Ægine, celui de Thésée, le Parthénon et les Propylées à Athènes. Bientôt on augmenta encore la hauteur des colonnes, comme on le voit au temple de Minerve, sur le promontoire de Susinuum, à celui de Jupiter Néméen, entre Argos et Corinthe, Les Romains enfin donnèrent seize modules à la colonne dorique, dans le théâtre de Marcellus et dans le Colisée.
Le plus ancien modèle de l’ordre ionique se trouve dans
un temple sur l’Illisse à Athènes ; on cite ensuite celui de-
la Fortune virile et de la Concorde à Rome ; dans ce dernier monument les colonnes ont dix-huit modules de hauteur. L'ordre corinthien a été employé très-fréquemment, et la hauteur du fût est à peu près la même que dans l’ordre ionique ; mais la base et surtout le chapiteau ont plus d’élévation , ce qui fait que ces colonnes ont jusqu’à vingt modules. Les anciens édifices qui nous offrent les plus beaux modèles sont, à Athènes, le monument choragique de Lysicrate; à Rome, le Panthéon, le temple d’Antonin et de Faustine, Les trois colonnes qui restent du temple de Jupiter Stator sont en marbre blanc, cannelées, et ont 13 mètres de haut. 11 faut encore citer comme de beaux modèles de l’ordre corinthien les deux arcs de Septime-Sévère et de Constantin. Quant au temple d’Éphèse, regardé comme une des merveilles du monde , et détruit depuis si longtemps, on assure qu'il était orné de cent vingt colonnes, et qu'elles avaient 19°50 de haut, Quoique aucun édifice moderne n'offre de colonne qui aît le droit d’être citée autrement que comme une copie plus ou moins parfaite d’un monument antique, cependant nous croyons devoir rappeler que dans le nombre considérable de colonnes employées à la décoration du Louvre et des Tuileries, la plupart sont d’un seul bloc de 4,85 à 5,85 : l’une d’elles mérite d’être distinguée, puisqu'elle a été exécutée par Jean Goujon lui-même, Elle est placée au premier étage du pavillon du milieu des Tuileries, du côté du jardin : c’est la première à gauche, en regardant le palais, On raconte que le vieux professeur Blondel , ne pouvant plus marcher, se faisait porter à cette place pour admirer encore la colonne dont il avait souvent parlé dans ses cours d'architecture,
Dans l’état intermédiaire entre l’art chez les aneiens et celui de la renaissance en Europe , il y eut aussi des colonnes employées dans l'architecture mauresque ou sarrasine, à laquelle on a improprement donné le nom d'architecture gothique; elles se distinguent par un caractère tout à fait particulier, et qui n’a aucun rapport avec les ordres grecs. Ces colonnes sont rarement isolées, souvent même elles sont réunies dix ou douze autour des piliers qui soutiennent le poids de la voûte ; on peut en voir des exemples à Paris, dans les églises de Notre-Dame et de Saint-Eustache, et dans beaucoup d’anciennes cathédrales. La proportion de ces colonnes en faisceau varie à l'infini , et toujours elles ont une élévation dont la maigreur est en quelque sorte dissimulée par une gracieuse élégance.
La matière employée pour faire les colonnes a varié suivant la nature des carrières dont les pays se trouvaient pourvus; la pierre est celle que l’on a le plus souvent employée : cependant, comme nous l'avons dit, on en fait un grand nombre en marbre, en granit et en porphyre. Les Romains tiraient leur granit d'Égypte, de l'ile de Chypre et de l'ile d'Elbe. Ces matières étant beaucoup plus durables que la pierre, plusieurs, après avoir fait partie, pendant des siècles, d’un monument détruit depuis longtemps, se tetrouvent maintenant servir à la décoration d’autres édifices
que ceux pour lesquels elles avaient été faites d’abord. De semblables colonnes étant d’un grand prix, à cause du temps énorme qu’il faut pour tailler et polir des matières aussi dures, les princes et les conquérants ont souvent profité de leurs victoires pour enrichir leur pays, soit en employant
des esclaves à tailler et transporter des colonnes monolithes |
d’une grande dimension, soit en prenant les colonnes d’un monument ruiné, dans un pays conquis , pour décorer le temple ou l'arc de triomphe qu'ils faisaient élever alors dans leur capitale. C’est ainsi que dans beaucoup de monuments de Rome on trouve des colonnes antiques, venues de pays éloignés, et dont quelques-unes sont en matière dont les carrières sont épuisées depuis des siècles. Les plus remarquables de ces colonnes sont celles du temple d’Antonin et Faustine (elles sont en cipolin, le fût a 11,70), et celles du Panthéon, au nombre de 58. Les 16 du portique sont en granit oriental, gris et rouge, cannelées, avec des chapiteaux en marbre blane, d'ordre corinthien ; elles ont 12,35. A Saint-Paul hors les Murs, avant l'incendie de 1823, la nef seule était ornée de 132 colonnes, dont 24, en brèche violetle, venaient, à ce que l’on croit, de la basilique Émi: lie. Pline l'Ancien et Stace en ont parlé tous deux. Le temple de Vesta avait 20 colonnes cannelées en marbre blanc, d'ordre corinthien, de 10,30 de haut : l’une d'elles est maintenant détruite, A Sainte-Marie-Majeure, on voit 8 belles colonnes ioniques en granit, et 36 du même ordre, en marbre blanc : ces dernières viennent, à ce que l’on croit, du temple de Junon. On y voit aussi 4 colonnes corinthiennes en porphyre, et 4 en jaspe oriental. A Saint-Pierre in vincoli il y a 20 colonnes cannelées d’ordre dorique : elles sont en marbre grec, et ont 8”,10 de haut. Au temple de Nerva, on voit 3 colonnes corinthiennes en marbre blanc : elles ont 16,55 de haut. A Sainte-Marie-des-Anges, on trouve 8 colonnes en granit gris de 13",95 de hauteur; elles viennent des thermes de Dioclétien. A Saïint-Barthélemi, on voit dans l’intérieur 24 colonnes en granit, que l’on croit venir de l’ancien temple d’Esculape, et au palais de la chancellerie, 44 colonnes de granit, venant du portique de Pompée,.
La ville de Constantinople n’a jamais été aussi riche en monuments que. celle de Rome, et les révolutions qu'elle a éprouvées y ont occasionné de grandes destructions. Cependant, on y rencontre encore quelques restes de son ancienne splendeur, et les plus grandes colonnes de porphyre se trouvent à Sainte-Sophie : elles sont d’un seul bloc de 13 mètres. Celle de l'Hippodrome est formée de plusieurs serpents entortillés : peut-être est-ce l’origine des colonnes torses.
A Saint-Marc de Venise et dans la cathédrale de Pise on trouve une infinité de colonnes en porphyre rouge et en porphyre vert : elles y ont été amenées de Constantinople. Les églises de Sicile sont décorées de beaucoup de colonnes d’un marbre gris bleuâtre, de 6,50 à 7°,80. A Florence, on voit aussi un grand nombre de colonnes d’un marbre dit pietraserena, et qui se trouve dans les environs de cette ville. La France est bien loin d’avoir de telles richesses. Cependant, on voit à Lyon, dans l’église d’Ainay , 4 colonnes de grosseur inégale, parce qu’elles ont été formées en sciant les deux colonnes en granit gris qui ornaient l’ancien autel d’Auguste,
L'arc de triomphe de la place du Carrousel à Paris est orné de 8 colonnes en marbre de Languedoc, dont le fût a 5,85 ; les bases et les chapiteaux, d'ordre corinthien, sont en bronze, Des colonnes en marbre blanc, dont le füt est d’un seul bloc, se voient dans la salle des séances du Corps législatif. Le musée du Louvre est orné d'un nombre de colonnes bien plus précienses encore par la matière et par l'an= cienneté. Dans la salle des hommes illustres, on voit 8 CO» lonnes de granit gris, provenant du tombeau de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle : elles ont 3,25 de haut. Là salle
d’Apollon en offre 4 en granit rouge de la plus belle qualité, et provenant aussi du même tombeau. Les 4 colonnes de la salle du Laocoon sont en marbre vert dit verdello : elles ont près de 3m,55, et proviennent du tombeau du connétable Anne de Montmorenci. Dans la salle des Muses on voit deux colonnes de 2,25 environ; l’une est en marbre afrisain, l’autre en granit gris foncé, mêlé de vert et de rose, «vec quelques marques blanches. Plusieurs des arcades de la grande galerie sont soutenues par des colonnes en marbre rare, de 3,90 environ : il y en a 4 en cipolin, provenant de l'ancien autel de Saint-Germain-des-Prés; 2 en marbre de Flandre, provenant de l’église de la Sorbonne: 8 en brèche violette , venant des Grands-Augustins ; et 4 en marbre commun. Dix autres petites colonnes, de 1m,30 eniron, se trouvent disposées à différentes places, mais sans faire partie de la construction : il s’en trouve 2 ec marbre noir, 2 en marbre de Californie, 2 en brèche jaune, 2 en vert antique, et 2 en albâtre oriental. On doit encore remarquer deux colonnes en granit gris de Cherbourg : elles sont placées dans le salon octogone , à l'entrée de la galerie d’Apollon. La taille et le poli de ces colonnes ont coûté 30,000 franes : on peut ainsi juger de l’immense valeur de toutes les colonnes antiques dont nous avons parlé.
Nous devons encore mentionner comme un grand travai moderne les colonnes de l’église de Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg : elles sont en granit rouge des carrières de Péterlaxe en Finlande, et d’un seul bloc, de 18,20. Celles de Sainte-Geneviève de Paris sont en pierres par tambour, et n’ont que 15m,60.
Parmi les colonnes solitaires, nous croyons devoir citer, quoique n’existant plus, celle érigée à Jules-César : elle était en jaune antique; la colonne de Marius vainqueur des Latins; celle à la mémoire de Claude II; celle dite le pilier des Horaces, parce que le vainqueur des trois Aïbains y déposa leurs dépouilles, Une colonne rostrale rappelait la victoire navale remportée par C. Duillius sur les Carthaginois. {l a existé aussi à Constantinople deux colonnes avec des bas-reliefs en spirales, l’une en l'honneur de Constantin, l’autre de Théodose. On voit encore à Alexandrie la colonne de Pompée, faite de quatre morceaux de granit rose, et haute de 28,74.
La colonne Trajane est sans contredit la plus remarquable de toutes ; elle est d’ordre dorique, se compose de 34 biocs de marbre blanc unis ensemble par des crampons de bronze, et esi entourée extérieurement d’un bas-relief en spirale qui représente les victoires remportées par Trajan sur les Daces. Cet empereur, qui la fit construire, mourut avant qu’elle fût achevée. Elle lui servit de tombeau et fut longtemps surmontée de sa statue. On ne sait pas à quelle époque la statue de Trajan fut enlevée ; mais elle n’existait plus du temps de Sixte-Quint, qui fit mettre à sa place celle de saint Pierre. Du payé au sommet de la statue on compte 43m,70. Construite par Apollodore de Damas , la colonne Trajane a servi de type à tous les monuments du même genre qui ont été élevés depuis.
La colonne Antonine est un des monuments les mieux conservés de l’ancienne Rome. On croit généralement que empereur Marc-Aurèle la fit ériger en l'honneur d’Antonin le Pieux, son beau-père. Ce monument, restauré par Fontana sous le pontificat de Sixte-Quint, a, dans son état actuel, 45m,50 de haut, dont 8,12 pour le stylobate , 3m,90 pour la statue de saint Paul, qui le couronne, et 3m,90 pour le piédestal sur lequel cette statue repose. Le fût, dont le diamètre est de 3m,57, est composé de 19 blocs de marbre blanc, dans la masse desquels on a creusé un escalier, composé en tout de 190 marches; l'extérieur de cette colonne est orné de bas-reliefs, qui forment 20 spires autour du fût ; ils représentent les victoires que Marc-Aurèle remporta sur les Marcomans. Ces bas-reliefs, dont la dis-
position est imitée de ceux de la colunne Trajane, leur sont |
de beaucoup inférieurs pour l'entente et la pureté de l’exé: cution. Cette colonne est dorique par les caractères de la base et du chapiteau, mais elle est corinthienne par ses proportions, puisque son fût a 10 fois son diamètre de hauteur.
On a trouvé en 1705 , près du mont Ciferio, une colonne rompue, dont le fût, d’un seul morceau de granit rouge, avait 14,60 de haut. Elle fut brisée par un incendie en 1756; plusieurs de ses fragments ont étéemployés à la restauration de trois obélisques érigés par le pape Pie VI. On lisait sur son piédestal : DIVO ANTONINO AUG. PIO, ANTONINUS, AUGUSTUS , ET VERUS AUGUSTUS FILIL, D’après cette inscription , les antiquaires pensent que la véritable colonne érigée en l’honneur d’Antonin le Pieux est celle-Œ, et que la copie de la colonne trajane fut érigée en l'honneur de Marc-Aurèle , puisque ses victoires sont sculptées sur son fût.
Une colonne moins célèbre est celle que l’on voit aussi à Rome, et qui fut élevée, en l’an 608, à la mémoire de Phocas. On doit encore citer la colonne relevée par le pape Paul V, devant l’église de Sainte-Marie-Majeure : elle est d'ordre corinthien et cannelée. C'est la seule qui soit restée de la basilique de Constantin , désignée ordinairement sous le titre de Temple de la Paix ; elle se compose d’un seul bloc de marbre blanc, de 14m,3 : on croit qu'il a été tiré des carrières de Pelleno , dans l’île de Chio.
Arrivés aux temps modernes, nous citerons la colonne élevée à Londres pour rappeler le terrible incendie de 1666, et qui dans cette ville est connue sous le nom de Monument. Elle a 64 mètres de hauteur; elle fut construite par Christophe Wren, architecte de Saint-Paul. Le Monument est une colonne cannélée , d'ordre dorique , en pierre de Portland. Au sommet on voit une urne d’où s’échappent des flammes. La face orientale du piédestal porte une sculpture allégorique de Gabriel Cibber, représentant Londres, sous la figure d’une femme couchée sur des ruines, au milieu des flammes, et sauvée par le Temps, par la Providence, par le Roi, la Liberté, le Génie, et la Science. Il y avait autrefois sur la base du piédestal une inscription qui accusait les papistes d’avoir été les auteurs de l’incendie. Cette accusation n'étant fondée sur aucune preuve, l’inscription a été effacée.
Une autre colonne a été ordonnée par le parlement d’Angleterre en mémoire des nombreuses victoires du duc de Marlborough : elle est surmontée de sa statue, et supportée par des prisonniers ; elle se voit devant le château de Blenheim; sa hauteur totale est de 40M,90. On en voit une à Varsovie, à la mémoire du roi Sigismond II. Une colonne rostrale a été élevée par Catherine IL, dans les jardins de Tsarskoïe-Celo, en mémoire des victoires navales remportées sur les Turcs.
Une colonne à laquelle on fait peu d’attention maintenant est celle attribuée à Catherine de Médicis, mais qui certainement fut construite sous Henri IT, puisqu'elle portait son chiffre et celui de Diane de Poitiers, sa maîtresse : elle est d'ordre dorique, construite par Bullant, vers 1552 : sa hauteur totale est de 32m,48. Lorsque, en 1762, on détruisit l’ancien hôtel de Soissons, la colonne de Médicis allait être abattue comme tout le reste des constructions de ce grand palais, lorsque Bachaumont l’acheta aux entrepreneurs pour 1800 francs, et la donna à la ville de Paris, qui ordonna qu’elle serait conservée dans le projet : e effet, elle se trouve en partie engagée dans la nouvelle construction de la Halle au Blé. e
Après la colonne de Londres, la colonne de Napoléon, à Boulogne, est la plus grande qui existe (53",50). La première pierre en fut posée le 9 novembre 1804 (anniver-
| saire du 18 brumaire). Le marbre employé dans sa cons- | truction est un produit du Boulonnais. La nudité des assises | de cette colonne est d’un effet désagréable.
| La colonne de la grande armée, sur la place Vendôme,
à Paris, à remplacé une statue équestre en bronze de Louis XIV. Cette colonne a 44,20 de hauteur, y compris le piédestal, et 3%,70 de diamètre; le piédestal a 7 mètres d’élévation et est entouré par un pavé et des gradins en granit de Cvrse. Le noyau de la colonne est de pierres de taille et revêtu de 276 plaques de bronze ornées de bas-reliefs et disposées en spirale, représentant par ordre chronologique les principaux exploits qui signalèrent la campagne de 1805, depuis le départ des troupes du camp de Boulogne jusqu’à la conclusion de la paix après la bataille d’Austerlitz. Dans l’intérieur de la colonne est pratiqué un escalier à vis de 176 marches, par où l’on monte à une galerie placée sur le chapiteau au-dessus duquel s'élève une espèce de lanterne qui supporte une statue pédestre de Napoléon. Le piédestal est orné de bas-reliefs représentant en trophées militaires les armes et vêtements des peuples vaincus. Quatre aigles de bronze pesant chacun 250 kilogrammes ornent les quatre angles du piédestal qu’ils surmontent; les ailes accolées au ft de lacolonne, ils soutiennent quatre guirlandes de chêne. La colonne a été fondue du bronze provenant de 1,200 pièces de canon prises aux Russes et aux Autrichiens. Commencée en 1806, sous la direction de Lepére, elle a été achevée en 1810. Napoléon y fit poser
une statue à sa propreimage, Chaudet fournit le modèle.
Le vainqueur d’Austerlitz était représenté en empereur
romain, la tête couronnée de lauriers. En 1814, quelques
ultrà-royalistes, conduits par le fameux Maubreuil, vou-
lurent abattre la statue: ils y attachèrent un câble, y at-
telèrent des chevaux et s’y joignirent eux-mêmes, mais ce
fut en vain; le tsar Alexandre, pour sauver le monument qu'on parlait de faire sauter, donna l’ordre au fondeur Launay de descendre la statue, ce qui eut lieu le 8 avril,
en présence des soldats russes, et on la fit servir pour celle d'Henri IV, qui est sur le Pont-Neuf. Une énorme fleur de lis, surmontée d’un drapeau blanc, fut dès lors le seul couronnement de la colonne. Le roi Louis-Philippe y fit remonter la statue de Bonaparte dans son costume populaire: grandes bottes, petite redingote et petit chapeau. Cette œuvre, du sculpteur Seurre, fit place en 1863 à un nouveau César en costume romain, dû à M. Dumont, et fut transportée au rond-point de Courbevoie, d’où le peuple
Ja jeta dans la Seine en septembre 1870. Ce monument de la gloire nationale ne devait pas échapper à la haine des hommes de la Commune. Le décret qui en ordonna le renversement, et qui fut rendu le 12 avril 1871, sur la proposition de Félix Pyat, ne reçut son exécution que le 16 mai, à cinq heures et demie du soir, en présence d’une foule considérable. A la base de la colonne, on pratiqua d'un côté une entaille jusqu’au tiers environ du diamètre ; et de l’autre côté, sur le même plan, on scia la pierre, on y enfonça des coïinsen fer, les premières plaques de bronze ayant été préalablement enlevées. Un câble solide entourait le sommet de la colonne à la hauteur de la plate-forme et venait s’accrocher à une moufle fixée au sol ; de là il s’enroulait sur un cabestan fortement retenu par une ancrc.
Pour amortir la chute, on avait déposé sur Ja place un lit
de sable recouvert de fascines et d’une épaisse couche de
fumier. L'opération commença vers trois heures et demie, et ne fut interrompue que par le bris d’une poulie. La colonne, soulevée peu à peu, s’inclina vers la rue de la Paix, et tomba tout d'une pièce avec un fracas immense.
Une autre colonne, dite Alexandrine, est celle élevée en 1830, à Petersbourg, en l'honneur d'Alexandre; elle est d'ordre dorique et d’un seul bloc, en granit rouge.
En 1840 a été terminée à Paris la colonne dite de Juillet (ou de La Bastille, à cause de son emplacement), élevée en Corimémoration de la révolution de 1830. Haute de 50 mètres à partir du sol, en y comprenant la statue du Génie de là Liberté, œuvre du statuaire Dumont, qui la surmonte, ælle colonne est remarquable par son chapiteau, dont Ja
partie inféneure est ornée d’un rang de palmes d’où sortent quatre enfants portant dans leurs mains des guirlandes. Le fût, entièrement en bronze, est divisé en trois compartiments, sur lesquels sont gravés en lettres dorées les noms des citoyens morts en combattant pendant les journées ‘e juillet 1830. Le lion, emblème de la majesté du peuple, domine dans l’ornementation; il se détache en entier sur une des faces du piédestal. Les couronnes et les palmes mortuaires de deux des autres faces, le coq gaulois qui se trouve aux quatre coins, et enfin sur le sommet de la lanterne, cette image de la Liberté qui tient un flambeau d’ane main et de l’autre des fers brisés, forment un ensemble qui donne à ce monument un caractère bien arrêté. Le piédestal de la colonne est supporté par deux étages en maçonnerie qui lui forment comme deux marches colossales; disposition qui a été l’objet de nombreuses critiques. La colonne de Juillet est placée dans l’axe du canal Saint-Martin qui passe dessous. Les soubassements sur lesquels elle s’élève sont établis sur une voûte ogivale qui embrasse toute la largeur du canal. M. Duc, architecte de la colonne, dont le plan avait été donné par Alavoine, qui mourut avant son exécution, a su les approprier à leur nouvelle destination : d’obseurs corridors, destinés à de simples conduites d’eau , on été changés en caveaux funéraires d’une belle disposition, où reposent quelques-uns des morts de Juillet et de Février, dont les noms sont écrits en lettres d’or sur les plaques de marbre du fût de la colonne. Pendant la bataille qui suivit l'entrée des troupes dans Paris (mai 1871), ce monument a été gravement détérioré par les atleintes d’une vingtaine d’obus.
Colonne se dit aussi figarément, dans diverses circonstances, pour appui, soutien : Les colonnes de l’Église, les colonnes de l'État. La justice et la paix sont les colonnes d’un empire,
Lorsque, dans un livre, les lignes sont perpendiculairement coupées, soit par un simple espace , soit par un filet, comme dans notre dictionnaire, on dit qu’il est imprimé à deux ou trois colonnes, On entend par colonnes d’un registre, d’un tableau, les divisions, les compartiments d'un registre, d’un fableau, indiqués par des lignes tracées de haut en bas ; et l’on donne le nom de colonne de chiffres à plusieurs chiffres placés les uns au-dessous des autres. Il y a la colonne des unités, celles des dizaines, des cenfaines, etc. On fait l'addition des colonnes.
Colonne, en terme de physique , se dit d’une quantité de matière fluide qui a une hauteur et une base déterminées, réellement ou par la pensée : colonne d'air, colonne d'eau. Il y a une colonne d’air qui pèse sur la colonne de mercure contenue dans le baromètre. Suivant l'Écriture sainte, une colonne de feu guidait les Israélites, dans le désert pendant la nuit; une colonne de nuée les précédait durant le jour et les garantissait de l’ardeur du soleil. On appelle colonne hydraulique une colonne dont le fût est formé par une chute d’eau.
Les promontoires de Calpé et d’Abila, qui se trouvent au sud et au nord du détroit de Gibraltar, ont été nommés dans l'antiquité les colonnes d’Hercule, parce que c'était là, disait-on, que le demi-dieu avait borné ses voyages. Telle est l’origine des colonnes dont sont frappées les piastres d’Espagne (voyez CoLonnaro).
En anatomie, on donne le nom de colonne aux parties qui ont la forme ou les usages d'un pilier ou d'une tige eylindrique, Ainsi on appelle colonnes charnues du cœur des faisceaux musculaires qui saillent plus ou moins à la sur face des cavités de cet organe; vessies à colonne, celles dont la tunique charnue est composée de faisceaux volumineux, séparés par des intervalles cellulaires, dans lesquels des calculs peuvent s'engager ou se former, Mais on désigne plus fréquemment sous ce nom l'épine dorsale des vertébrés (voyez COLONNE VERTÉBRALE). ‘
ns