COLONNE — COLONNE VERTÉBRALE
COLONNE (Art militaire). C'est une disposition de troupes dont l'étendue est beaucoup plus considérable en profondeur qu’en largeur : cette expression s'applique à toutes les armes, et l’on dit une colonne d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie, de génie, d'équipages militaires. C’est la disposition ordinaire selon laquelle on faitmarcher les troupes : en route, comme dans la manœuvre , les colonnes ne doivent jamais occuper, de la tête à la queue, plus d’espace qu’en bataille. A ce principe général on peut opposer diverses exceptions provenant des difficultés du terrain, des chemins étroits, des rivières, des ponts, des défilés, qui obligent à subdiviser le front des divisions. Le règlement du 1# août 1791 prescrit les manœuvres à exécuter dans cette circonstance. La marche des troupes en colonne exige de la part des chefs une grande attention, sans laquelle la queue serait souvent obligée de courir pour regagner ses distances, ou la tête de faire halte pour attendre que la queue eût rejoint. Une colonne qui couvrirait un trop grand espace serait également hors d'état de résister à une attaque imprévue; sa marche durerait en outre plusieurs heures de plus, les troupes seraient accablées de fatigue, et le général, ne pouvant calculer le temps qu’une seule colonne mettrait à franchir une distance donnée, serait impuissant à combiner la marche de plusieurs. Un corps d’armée, un régiment, dans la marche ou dans l'attaque, peut s’avancer, soit en colonnes serrées ou massées, soit en colonnes espacées. Déployer la colonne, c’est passer de l’ordre en colonne à l’ordre de bataille.
On trouve un traité de Folard sur la Colonne en tête de ses commentaires sur Polybe. Le maréchal de Saxe, quoique grand admirateur de Folard , n’adopte pas ses opinions sur cette matière : il blâme les colonnes de 24 hommes, ou même de 16 de profondeur, et prétend qu’il ne faut jamais les faire que de deux bataillons d'épaisseur, à quatre hommes de hauteur chacune. Feuquières donne d'excellents préceptes sur la marche des troupes en colonne. Guibert, dans son £ssai de Tactique, a traité le même sujet avec beaucoup de talent. Mais c’est surtout dans les ouvrages des généraux Mathieu Dumas, Lamarque, Bardin, Guillaume de Vaudoncourt , Pelet, et Jomini qu’il faut étudier la formation et les manœuvres des troupes en colonne.
Les guerres de la Révolution fournissent de nombreux exemples de marches, batailles et manœuvres en colonne qui prouvent que ce n’est pas en s’astreignant à des principes’ rigoureux que les armées françaises ont obtenu tant de brillants succès, mais qu’elles les doivent principalement à la présence d'esprit, à l’habileté de nos grandes renoramées militaires, appréciant de prime abord les difficultés du terrain, et trouvant dans les ressources de leur génie le moyen de les surmonter.
On appelle colonne d'attaque celle qui est chargée de commencer l’action ; colonne renversée, celle qui affecte une disposition inverse dé l’ordinaire, et colonne mobile un corps de troupes, souvent de gendarmerie, destiné à parcourir un pays en tous sens pour y maintenir la tranquillité et en chasser les partis ennemis. L'histoire à consacré sous le nom de colonnes infernales celles auxquelles le comité de salut public donna l’ordre de battre Ja Vendée, le fer et la flamme à la main, pour achever lextermination des chouans. . |
COLONNE MILLIAIRE. Les Romains plaçaient des colonnes de mille en mille pas sur les routes et les £haussées qu’ils construisaient : une base carrée, prise dans le bloc, servait à les fixer en terre; la colonne s'élevait hors de terre de plusieurs pieds, et uneinscription latine indiquait le nom de l’empereur sous le règne de qui cette voie avait été ou construite ou réparée. Venait ensuite l'indication numérique de la colonne, qui donnait ainsi la distance en mälles de la ville où la route commençait. Les chiffres sont précédés des lettres M. ou MP., milliarium ou millia pas-
suum. Quelquefois on y lit même le nom de la ville d’où la distance était comptée. Ces colonnes milliaires marquant les distances en milles existaient dans toutes les possessions romaines. Ce fut l’empereur Auguste qui fitélever au milieu du For um une colonne de marbre de laquelle toutes les autres comptaient les distances sur les principales voies qui y aboutissaient. Cette colonne de marbre blanc est la même que celle que l’on voit sur la balustrade du perron du Capitole à Rome. Elle est de forte proportion, en manière d’un cylindre court, avec la base, le chapiteau toscan, et une boule de bronze pour amortissement , symbole du globe. On l’appelait milliarium aureum, parce qu'Auguste en avait fait dorer la boule, et les inscriptions nous annoncent que les empereurs Vespasien, Trajan et Adrien la firent reslaurer.
On trouve en France plusieurs colonnes milliaires, mais avec cette particularité, qui ne se voit dans aucun autre pays, que les distances itinéraires sont quelquefois marquées par le nombre des lieues (leugis), au lieu de l'être par celui des milles ; il faut même observer que ce mot leugæ ne se trouve pas sur toutes les colonnes que l’on voit dans le même canton; que ces sortes de colonnes ne se rencontrent que dans la partie des Gaules nommée par les Romains Comata ou Chevelue, et dont Jules César fit la conquête. Au contraire, on ne voit que des colonnes milliaires dans la province romaine, ou dans cette partie de la Gaule qui s'étend d’un côté depuis la Méditerranée jusqu’à la Garonne et aux Cévennes, et qui, de l’autre, est comprise entre le Rhône , les Alpes et l'Océan, et finit à la ville de Lyon. L'Itinéraire d’Antonin, route de Milan à Boulogne-sur-Mer, nous apprend queles distances d’une station à l’autre étaient comptées depuis Lyon à la romaine et à la gauloise, c’està-dire en milles et en lieues. Sur dix-neuf colonnes itinéraires trouvées dans la partie de la Gaule déterminée cidessus, il y en à huit sur lesquelles on a employé les milles romains et onze qui portent le mot leugæ ou leuga, en entier ou en abrégé. La plus ancienne de ces dernières est du temps de Septime-Sévère, et a été trouvée près de Soïssons. L'inscription porte que c’est par les soins du magistraf romain qu’elle a été placée, quoïqu’elle marque la distance en lieues.
L'usage des colonnes milliaires subsiste encore, puisque des colonnes semblables indiquent sur nos principales gran des routes la distance en kilomètres; on ne fait en cela que conserver un usage antique très-utile.