Claude BeriiarJ. La science expérimentale, ^AQ
suite, sont souvent tenues pour la pierre de touche des systèmes : je veux parler de la liberté morale et de la responsabilité de l'homme.
Il est certain que l'unité de principe, que la conception moniste de l'univers, comme on dit, ne saurait être favorable au libre arbitre. Prenons garde, cependant, d'oublier que le même reproche atteint tout système de la nature, toute explication scientifique du monde, la science supposant l'enchaînement rigoureux des causes et des effets et ne pouvant, sans abdiquer, admettre un facteur qui défierait le calcul. Si la liberté, selon la définition de Kant, est la faculté d'introduire dans la suite des choses humaines un commencement absolu, nous nous trouvons avec elle en présence d'un élément quasi surnaturel, échappant à toute loi, incapable par consé-
quent de devenir un objet d'observation rigoureuse. Diderot était à la fois trop logique et trop hardi pour essayer de se soustraire aux conditions de sa propre conception. Il n'hésite point à croire que le monde physique et le monde moral ne font qu'un K II déclare que, si l'enchaînement des causes et des effets qui forment la vie d'un homme depuis le moment de sa naissance jusqu'à son dernier soupir nous était connu, nous resterions convaincus que cet homme n"a fait que ce qu'il était nécessaire de faire -. Il donne comme irréfutable le raisonnement suivant : « Quelle que soit la somme des éléments dont je suis composé, je suis un: or, une cause n'a qu'un eiïet; j'ai toujours été une cause une, je n'ai donc jamais eu qu'un