‹ Diderot et Catherine IIChapitre 1 sur 185 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le voyage de Diderot en Russie a été l'un des •épisodes les plus importants de sa vie, mais jusqu'à présent les détails en ont été mal connus. Dans les Mémoires, ou pour parler plus exactement, dans les notes qu'elle rédigea en 1787 à la prière de Meister, madame de Vandeul, lille unique du philosophe, avouait qu'elle n'avait pu dans ses entretiens « attraper que des bribes » et supposait qu'il n'avait rien écrit à ce sujet ni pendant son absence, ni depuis son retour. Ce silence avait de quoi surprendre, et l'un des éditeurs de Diderot sous la Restauration, G.-B. Depping, y voyait l'indice de la situation peu florissante de 1 empire russe en 1774. D'autres en avaient conclu que Diderot avait encouru.

AVEUTISSEMENT,

par l'intempérance de son langage, la disgrâce de l'impératrice, et qu'il avait quitté Saint-Pétersbourg plus vite qu'il n'y était arrivé *.

Il est possible aujourd'hui de réduire à néant ces diverses allégations : Diderot regagna la France quand il lui plut, emportant les marques les plus flatteuses d'une bienveillance à laquelle, par la suite, il ne fit jamais inutilement appel, et s'il ne traça pas de la Russie le tableau ethnographique et statistique qu'il nous a laissé de la Hollande, c'est que le temps lui manqua pour mettre en œuvre les matériaux dont il était pourvu. Le Plan d'une Université, rédigé en 177G, suffirait d'ailleurs à établir que Diderot ne se considérait pas comme libéré de sa dette

I . C'est pendant ce séjour qvie fut peint le portrait qui acconijîagne ce volume. Son auteur, Dimitri Levitzky, né en 1735, mort en 1822, et fils d'un pope, commença ses études sous Antro- ])oir et fut nommé membre de l'Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, en 17G9. Parmi ses principaux portraits, on cite ceux de Kokorinoil", directeur de l'Académie, du comte StroganolT, de ïeplofT et surtout celui de Catherine II, dont l'original appartient au palais de Péterhof et dont une excellente copie orne l'une des galeries de la Bibliothèque impériale. L'impératrice est représentée debout, en robe de satin jaune (dont l'exécution rappelle le faire de Roslin) et brûlant des pavots sur un autel, symbole assez peu clair, au moins à nos yeux, « de son zèle infatigable pour le bien de ses sujets ». Quant au portrait de Diderot, d'un pinceau gras, souple et harmonieux, particulièrement dans les yeux et dans les vêlements, il aurait été donné par madame de Yandevil, lille du modèle, à Etienne Dûment qui l'a légué à la bibliothèque de Genève.

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