DES MONN AIES
Vos monnaies sont supérieures à celles des règnes précédents ; mais elles n'ont pas, à beaucoup près, ce caractère mâle, simple, pur et vigoureux des monnaies anciennes.
Il ne faut à Votre Majesté Impériale qu'un mot sur ce point.
Elles voyagent par toute la terre.
Elles dureront éternellement ; elles attesteront à jamais l'état des beaux-arts sous votre règne. Faites que pour le moment ce soient de beaux ouvrages. Faites que pour l'avenir ce soient des choses précieuses.
A tout prendre, il vaudrait mieux pour voire
I. Le seul exemplaire connu de ce livre, dont le titre exact est : La Nécessité de l'asaije des médailles dans les monnayes Paris, Berjon, 1611, in-^**) et qui ne paraît pas avoir été achevé, puisqu'il s'arrête à la page 26, est déposé dans la réserve de la Bibliothèque nationale.
4a2 DIDEROT ET CATHERINE II.
gloire et celle de votre nation que vos monnaies fussent sublimes, plus que tous les autres monuments -ordonnés par Votre Majesté Impériale.
On tirera de la terre vos monnaies longtemps après que tous les monuments de la Russie y seront enfouis. Une belle pièce subsistera, lorsque l'ouvrage merveilleux de Falconet sera détruit.
L'unique usage des belles monnaies anciennes, après avoir constaté le grand goût du temps où elles ont été frappées, ce n'est pas d'éclaircir l'histoire : ou le fait est historique, et la monnaie n'apprend rien ; ou le fait n'est pas consacré par les annales, et la monnaie ne fournit que des conjectures vagues. A quoi <lonc sert une belle pièce antique.»^
Elle sert à mettre sous les yeux des élèves un •dessin, à leur donner une manière grande, et à les conduire à la perfection de l'art.
Faites que vos monnaies servent à la postérité la plus reculée à se former le goût.
Que les nations présentes les regardent avec admiration, et que les temps à venir les recherchent avec •curiosité.
On dit que vous aimez les beaux-arts, et cela est vrai. N'est-il pas singulier que vos monnaies semblent -déposer partout du contraire ?
Ah ! madame, de belles, de sublimes monnaies !
Il faut qu'arrivé en France, j'envoie à Votre Majesté -des Du viviers et surtout des Varins. Les curieux les
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mettent sous verre. Un beau Varin vaut aujourd'hui dix fois sa valeur intrinsèque.
Les recherches de M. L. Dussieux dans les registres d'admission de l'Académie royale de peinture et sculpture lui ont fait connaître la présence à Paris de vingthuit artistes russes, de 1758 à 1787, parmi lesquels on peut surtout citer Antoine Lossenko qui fut élève de Rcstout et de Vien, et dont le musée de Nancy possède un fort beau dessin, provenant de Falconet et représentant le monument de Pierre le Grand, tel qu'il devait être sur la place de l'Amirauté; Ivanof, que nous voyons entrer comme élève chez J.-G, Wille en novembre 1770; enfin Théodor Gordef et Fédor Choubin, tous deux statuaires, admis en novembre 1767 sur la recommandation de l'Académie de Saint- Pétersbourg à suivre les cours de celle de Paris. D est fort probable qu'un dépouillement consciencieux des archives enfouies dans les combles du palais de Vassili- Ostrow révélerait bien d'autres particularités intéressantes sur les relations des deux Compagnies. Faute de ce précieux appoint, je ne puis dire exactement quel motif avait provoqué les plaintes dont Diderot se faisait ici l'écho, ni quelle suite y fut donnée. Cet incident obscur l'amène à des conclusions absolument éloignées de son point de départ, mais qui ne sont pas
sans valeur, aujourd'hui que la question de l'internat dans les grandes écoles n'est pas encore réglée et que celle de la dépopulation préoccupe si fort les économistes.
SUR LES JEUNES ARTISTES QUE SA MAJESTÉ IMPÉ- RIALE ENVOIE EN PAYS ÉTRANGERS, ET SUR CEUX qu'elle APPELLE DES PAYS ÉTRANGERS CHEZ ELLE.
Voici ce qu'on m'a écrit de Paris depuis que je suis à Pétcrsbourg : « L'Académie de peinture, voyant le peu de fruit que retiraient de leur séjour ici les jeunes élèves envoyés par Sa Majesté Impériale, chargea M. Pierre, peintre du roi et directeur de notre Académie, d'écrire à M. le général Betzki, pour lui représenter les inconvénients qu'il y avait à laisser à Paris des enfants sur leur bonne foi, et la nécessité de renfermer ces enfants dans une maison commune, sous un chef russe ou français qui veillât sur leurs études et leur conduite. M. Pierre écrivit à M. de Betzki, qui, malgré l'importance de la proposition, ne fit lui aucune réponse.
On ajoute : « Cependant les élèves livrés à euxmêmes ont été leur train; ils ont peu travaillé. Les uns ont été paresseux, les autres libertins, et presque tous