‹ Diderot et Catherine IIChapitre 152 sur 185 · PROPRIÉTÉS DE TERRES ET AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DE TERRES ET AGRICULTURE

Première Question.

La noblesse est-elle seule propriétaire des terres ? \ at-il des biens nobles et des biens roturiers .»'

Première Réponse.

La noblesse seule a droit d'avoir des terres. Les grandes manufactures avaient droit d'acheter des terres, mais en 17G3 cette loi fut restreinte, et on a défendu aux manufactures d'en acheter et dorénavant, parce qu'ils faisaient [venir] les hommes des champs * pour leur faire dévider de la laine ou de la soie et que les terres restaient en friche; chose à laquelle il n'y avait aucun profit pour l'État.

Deuxième Question.

Quels sont les privilèges des propriétaires des terres ?

i.Le texte des Archives russes porte : « parce qu'ils faisaient les hommes de la chance », ce qui est inintelligible.

54o DIDEROT ET CATHERINE II,

Deuxième Réponse.

Par écrit il n'y en a guère que la brasserie de l'eau-dc- "vie, mais dans le fait ils font dans leurs terres tout ce [que] bon leur semble, excepté justice de mort, qui leur est défendue.

Troisième Question.

Quelles sont les conditions entre le maître et l'esclave pour la culture des terres ?

Troisième Réponse,

Il y a une loi de Pierre-le-Grand qui défend de nommer esclaves les sujets de la noblesse. Anciennement tous les habitants de la Russie étaient libres. De leur origine ils étaient composés de deux sortes de gens : de ceux qui descendaient des peuples pasteurs et de ceux qui furent faits prisonniers à la guerre de ces peuplades. iV. la mort du czar Ivan Basilowitz, son fils Féodor Ivanowitz, par une ordonnance, attacha ou fixa tout paysan à la terre qu'il cultivait et qu'un autre possédait. Il n'y a point de conditions entre les maîtres et leurs sujets ; mais tout maître qui a le sens commun, loin d'exiger trop, ménage la vache pour la traire plus à son aise sans la fatiguer. Quand une chose n'est pas réglée par la loi, la loi naturelle à l'instant prend la place, et souvent dans cet état les choses n'en sont pas plus mal, parce qu'au moins elles s'arrangent selon l'essence des choses tout naturellement.

Quatrième Question.

La servitude des cultivateurs n'influe-t-elle pas sur la culture ? Ce défaut de propriété dans les paysans ne produit-il point de mauvais effet ?

Quatrième Réponse.

Je ne sais s'il y a un pays où le cultivateur aime plus la terre et son foyer qu'en Russie. Nos provinces libres n'ont guère plus de grains que celles qui ne le sont pas ; chaque État a ses défauts, ses vices et ses inconvénients.

Cinquième Question.

A quel denier se vendent les terres ou à combien d'années du revenu est égal le capital, fonds, ou la somme nécessaire pour l'achat d'une terre ?

Cinquième Réponse.

Le revenu d'une terre qu'on achète fait ordinairement six pour cent du capital qu'on en donne. Les terres sont singulièrement montées en prix depuis douze à quinze ans ; aussi les revenus des terres ont augmenté prodigieusement. Une terre qui donnait par exemple, il y a soixante ans, quatre cents roubles de revenus en donne huit mille à l'heure qu'il est. L'augmentation de la monnaie, celle du commerce, de la culture et des fabriques du cru du pays, de même que l'exportation des grains y a contribué. En revanche le prix de toutes choses est allé en augmentant.

Page 1