COROLLAIRE
Deux principes que je crois également certains.
Le premier.
Peu d'avantages à l'éducation particulière sans une base nationale. Nulle base nationale à l'éducation particulière ; nulle récompense au talent et à la vertu, nulle ressource pour ôter à l'or son attrait et sa puis-
sance sans le concours, même aux places les plus importantes.
Sa Majesté Impériale m'objecte l'incompatibilité de caractère, la diversité des vues, les différentes manières de voir et d'opérer entre elle et un ministre donné par le talent et les bonnes mœurs.
Deux réponses à cette objection : la première, c'est que deux âmes honnêtes et deux esprits éclairés dont l'un est subordonné à l'autre finissent toujours par se concilier, et que la manière d'aller au bien qui convient à la souveraine est toujours la préférée.
La seconde, c'est que Sa Majesté ne voit que l'instant de sa durée et sa facilité particulière, au lieu qu'il est question de la durée et du bien d'un empire, de la récompense générale des talents et de l'encouragement à la vertu, non seulement sous son règne, mais sous le règne de tous ses successeurs, qui auront plus souvent besoin d'un homme instruit et ferme qui les arrête que cet homme ne se trouvera.
Le second.
Nulle certitude de la durée des lois d'un empire, sans un corps particulier dépositaire de ces lois et leur conservateur .
Même avec ce corps bien, autorisé, bien composé, bien maintenu, bien perpétué, grande difficulté de les conserver dans leur vigueur, de les réformer à temps.
l58 DIDEROT ET CATHERINE II.
d'y en ajouter qui ne les croise point, et de les rappeler à leur activité quand elles se relâchent.
Mais à l'impossible nul n'est tenu.
On a tout fait, lorsqu'on a cherché, trouvé et mis en œuvre les meilleurs moyens que la prudence humaine pouvait inspirer, prudence qui ne s'étend ni à la violence ni aux hasards qui sont réels dans la poitrine obscure du destin et qui sont au-dessus de nous.
Le corps dépositaire et conservateur est Je meilleur des moyens qu'on peut fortifier de l'instruction générale de l'esprit public, et d'une infinité d'autres qui supposent tous le premier, sans lequel les lois ne sont qu'un bruit passager, des spectres aériens, des voix ou des abstractions sans corps solide qui les soutienne.