‹ Diderot et Catherine IIChapitre 59 sur 185 · SUR LE DIVORCE · texte numérisé non relu

SUR LE DIVORCE

Je voudrais bien que Sa Majesté Impériale (si le lien du mariage est indissoluble dans ses États, comme

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il l'est chez moi) trouvât quelque moyen de l'introduire sans fâcheuses conséquences.

L'indissoluhilité est contraire à l'inconstance si naturelle à l'homme. En moins d'un an, la chair d'une femme qui nous appartient nous est presque aussi propre que la nôtre.

La paix domestique se perd, et l'enfer commence. Les enfants sont malheureux et corrompus par la division des parents. Les bonnes mœurs s'altèrent. Il en est du mariage comme de l'existence de Dieu : l'un est un lien, l'autre une notion qui fait le bonheur, qui fortifie la vertu d'un seul pour cent qu'il rend malheureux, qu'elle déprave.

Le divorce permis chez les Romains n'en a pas été plus commun.

La faculté de se séparer fait qu'on se ménage réciproquement. La liberté de se séparer fait qu'on se sépare rarement. Le divorce, consenti par les autorités civiles, ramène le mariage de l'autorité ecclésiastique vers l'autorité publique.

N'est-il pas bien étrange que l'Eglise soit restée la dépositaire des trois actes les plus importants de la \ie, la naissance, le mariage et la mort.^

Lorsque j'incline pour le divorce, c'est pour celui qui permet de convoler à de secondes noces.

Celui qui condamne les époux séparés au célibat est détestable. Il perd les mœurs par la dissolution de la

femme et du mari. Il est encore plus favorable à la dissolution que l'indissolubilité du lien.

Le divorce diminuerait le nombre des célibataires, qu'on doit regarder dans un état bien policé comme des corrupteurs en titre dans une contrée où cette race fourmille. Une grande courtisane célèbre disait avec raison : « Je suis un personnage essentiel, j'occupe à moi seule une vingtaine d'hommes. Eh bien ! c'est la Aertu que je sauve à dix-neuf honnêtes femmes. » Ce raisonnement, ridicule en apparence, est celui de la police dans toutes les contrées où ces créatures sont souffertes.

Le point embarrassant du divorce, ce ne sont pas les enfants. Il faut qu'ils appartiennent à la République. Regardés comme des étrangers dans les maisons de leurs pères et mères remariés, ils seraient trop malheureux. Peut-être leur vie n'y serait-elle pas en sûreté, car que l'intérêt ne suggère-t-il pas ?

Le point embarrassant, ce sont les tuteurs. Il est malheureusement d'expérience que les parents sont de mauvais tuteurs, les indifférents des tuteurs pires que les parents, et les magistrats pires encore que les parents et les indifférents.

Je ne connais de vrais tuteurs que les membres de votre commission. Encore ne m'y fierai-je pas trop. C'est une affaire de législation très épineuse, un de ces cas qui conviennent vraiment à Votre Majesté Impériale, dont la pénétration aime à s'exercer.

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Au reste, on limiterait aisément la multiplicité des divorces par la division des fortunes. S'il y a cinq enfants, la masse du bien des époux se divisera en cinq parties, dont trois appartiendront aux enfants.

Cette division ne permettrait guère à un époux de changer deux fois de femme, à une femme de changer deux fois d'époux.

Que cette question est difficile ! Car il y a le cas des souverains et celui où le divorce n'est demandé que par un des deux époux.

§ XVIII

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