‹ Diderot et Catherine IIChapitre 68 sur 185 · SUR LES MAISONS DE COMMERCE · texte numérisé non relu

SUR LES MAISONS DE COMMERCE

Si la bigoterie religieuse, une sorte de pudeur, le rjgorisme de quelques supérieurs n'avaient pas mis

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des entraves à l'activité et à la rapacité de nos moineries, elles auraient envahi tout le commerce d'argent de la France et de la plupart des autres contrées de l'Europe. Tout monastère se transformait en une maison de commerce.

Vous alliez aux Carmes déchaux du Luxembourg qui ont des couvents dans presque toutes les bonnes villes de l'Europe, et vous disiez au vice-procureur, le frère Ange *, mon parent : m Mon frère, je voudrais faire toucher vingt mille francs à Rome, à Florence, à Madrid, à Lisbonne, à Marseille, etc. ; combien me prendriez-vous ? — Tant. — Voilà mon argent. — \ oilà ma lettre. » On partait avec la lettre du frère Ange, on arrivait, on était payé. Je pourrais m'arrêter ici tout court, et laisser à Votre Majesté Impériale le soin de faire l'application de ce fait.

Pourquoi la Russie n'aurait-elle pas ses maisons de commerce ?

Pourquoi ces maisons ne seraient-elles pas toutes sous la dépendance de son collègue des finances ?

Pourquoi ne seraient-elles pas l'entrepôt de ses marchandises ?

Pourquoi ces maisons, liées entre elles, ne se lieraient-elles pas avec les autres ? etc.

I. Le frère Ange a joué, malgré lui, un rôle dans la jeunesse de Diderot lors de ses velléités monastiques; voir pour cette anecdote les Mémoires de madame de Vandeul sur son père, édition Assézat, t. I, p. 35-36; voir aussi Jacques le fataliste, même édition, t. YI, p. 48.

ai6 DIDEROT ET CATHERINE II.

Que les maisons soient conduites par d'honnêtes gens, voilà le point le plus difficile.

Que les banquiers en soient amovibles à la volonté du ministère.

Qu'ils entrent dans le profit de la banque.

Qu'ils vivent sans faste.

Qu'ils s'occupent à se donner du crédit réciproquement.

Que leur papier soit sur toutes les places équivalent à de l'argent.

Qu'ils ne se surchargent pas de marchandises.

Qu'ils sachent en soutenir le prix.

Votre Majesté Impériale tirera sur eux sans escompte pour tout ce qu'il lui plaira, parce qu'ils seront dépositaires de ses fonds.

Vos sujets payeront l'escompte, soit à Pétersbourg, soit à Paris, et cet escompte rentrera dans vos coffres.

Il est naturel que tous les Russes, ou résidant à Pétersbourg, ou répandus en Europe, s'adressent à ces maisons qui, plus sûres que les autres, partageront d'ailleurs avec les autres l'étendue et les avantages du même commerce.

Je ne sais ce qu'une pareille association peut devenir en moins de dix ans.

Mais il faut d'honnêtes gens, et d'autant plus honnêtes qu'ils ne seront plus sous l'autorité de Votre Majesté. Cette difficulté ne suffit pas pour arrêter le projet.

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§ VIII

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