‹ Diderot et Catherine IIChapitre 84 sur 185 · SUR UN COIN DE L ESPRIT NATIONAL ET SUR UN USAGE ÉTABLI A AMSTERDAM · texte numérisé non relu

SUR UN COIN DE L ESPRIT NATIONAL ET SUR UN USAGE ÉTABLI A AMSTERDAM

Longtemps après un tremblement de terre ; longtemps après une grande catastrophe publique, comme.

en France, après le renversement de la magistrature ; longtemps après l'assassinat d'un roi, comme en France encore, après l'attentat commis sur Louis XV ; longtemps après une proscription comme à Rome, après le triumvirat ; longtemps après une révolution, comme à Pétersbourg après la déposition de Pierre III, il reste une vacillation dans les esprits, une sorte d'inquiétude fondée sur la crainte d'un pareil événement. Cette inquiétude, qui leur montre sourdement leur souverain comme un être passager, empêche ou nuit du moins à leur véritable attachement, sème entre les grands de la méfiance et altère plus ou moins cette tranquillité, compagne de la certitude et de la sécurité d'un état fixé. Ceci est un état qu'on sent mieux qu'on ne peut le développer.

Cet état empire encore, si les grands sont partagés en factions opposées. Cette méfiance particulière s'accroît du vent de la méfiance générale.

Que faire ? ce que fait Votre Majesté. Vouloir le bien, persuader de plus en plus sa nation qu'on veut le bien, y apporter les deux grandes qualités dont Votre Majesté Impériale est douée, la force de César et les séductions de Cléopâtre.

Et surtout être bien convaincu que rien n'est plus dangereux que l'oisiveté et la mélancolie.

Tenir les grands en action, de toutes les manières possible^, et multiplier les fêtes.

Je vois à ces deux moyens un avantage secret

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que je n'explique pas, mais que Votre Majesté devinera de reste.

Et puis, tandis que l'ignorance, les préjugés, les haines , les factions s'usent et passent, susciter puissamment l'instruction publique.

Et surtout presser les provinces les unes contre les autres , les villes les unes contre les autres , les maisons dans la ville les unes contre les autres.

Je n'aime pas les hommes épars, je n'aime pas les palais isolés, je les aime liés par un grand nombre d'autres domiciles particuliers.

Rien qui contribue tant à la civilisation qu'une population nombreuse. Les angles des cailloux qui se touchent, s'émoussent, et les cailloux se polissent.

Favoriser de toute sa force les arts mécaniques, appeler beaucoup, beaucoup d'ouvriers. A mesure que les ateliers deviennent nombreux, les ouvrages utiles se font en dedans de la nation. La nation y gagnera, et les mœurs aussi, par les artistes industrieux qui s'enrichissent. Beaucoup de travaux publics.

Mais surtout des lois, des lois si générales qu'elles n'exceptent personne.

La généralité de la loi est un des plus grands principes de l'égalité des sujets.

Que personne ne puisse impunément en frapper, en maltraiter, en injurier grièvement un autre.*

L'homme le plus vil prend de la hauteur, du cou-

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rage, de la fermeté, quand il sait qu'il a un défenseur dans la loi,

Employez surtout voire commission à établir cette sorte d'égalité légale ; elle est si naturelle, si humaine, qu'il n'y aurait que des bêtes féroces qui pussent s'y refuser.

D onnez de la vigueur aux peuples, vous en oterez d'autant aux grands.

Faites payer la dette au grand seigneur comme au dernier de vos sujets, sans rémission.

Et puis, établissez dans vos tribunaux de magistrature le même usage qu'à Amsterdam, usage qui n'est qu'à Amsterdam et qui devrait être partout où il y a l'ombre du sens commun : qu'il y ait parmi vos magistrats, avocats, preneurs, gens de justice, des défenseurs du pauvre, qu'il y ait le tribunal, le juge, l'avocat, le procureur du pauvre, qu'on n'y prenne rien, que la justice y soit prompte et gratuite.

Gréez ce tribunal de différents membres de votre commission.

Choisissez entre ces membres les plus indigents^ les derniers, parce qu'ils tendront plutôt à favoriser leur semblable que l'homme puissant. Que le président en soit un homme d'une honnêteté sévère, comme [j'oserais vous nommer votre chambellan Narischkine que je crois connaître; son caractère tient beaucoup de celui de Gaton le Genseur.

Stipendiez ce tribunal, qu'il soit comme vôtre.

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Que son arrêt soit sans appel, il ne peut être trop fort.

Et que le ciel bénisse Votre Majesté Impériale et accorde tant de succès à ses armes qu'elle puisse jouir incessamment d'une paix glorieuse.

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