‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 25 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

fondes à côté de lui... Il sera souvent le tourment de ma pensée. Nos amis communs ont jugé entre lui et moi : je les ai tous conservés et il ne lui en reste aucun. C'est une action atroce que d'accuser publiquement son ami, même lorsqu'il est coupable; mais quel nom donner à l'action s'il arrive que l'on soit innocent? Quel nom lui donner encore si l'accusateur s'avouait au fond de son cœur l'innocence de celui qu'il ose accuser? Je crains bien, Monsieur, que votre compatriote ne se soit brouillé avec moi parce qu'il ne pouvait plus supporter ma présence; il m'avait appris, depuis deux ans, à pardonner les injures particulières, mais ceile-ci est publique et je n'y sais pas de remèdes. Je n'ai point lu son dernier ouvrage; on m'assure qu'il s'y montre religieux : si cela est, je l'attends à son dernier moment. »

La rupture de Rousseau avec Diderot devait avoir pour effet de rapprocher ce dernier de madame d'Épinay. Malgré la réserve du Philosophe, elle n'avait pas perdu l'espoir de le ramener. Jamais elle n'avait eu pour lui plus d'admiration et un plus grand désir de l'avoir pour ami. « Quatre lignes de cet homme, écrivait-elle à Grimm, me font plus rêver et m'occupent davantage qu'un ouvrage complet de nos prétendus beaux esprits. »

Heureusement pour Diderot qu'il recevait les consolations de l'amitié, parce qu'il allait traverser les plus rudes épreuves.

Le parti antiphilosophique, a la tète duquel étaient des personnages du plus haut rang, avait

pris à ses gages des écrivains faméliques, que des dispositions naturelles, à déprimer tout ceux qui était au-dessus d'eux par le talent et le caractère, poussaient à la calomnie, encore plus que le besoin de vivre. Soit dans des écrits périodiques, soit dans des pamphlets, ils gagnaient leur subside en faisant pleuvoir sur les philosophes une grêle de traits empoisonnés. L'ineptie de telles attaques les aurait rendues inoffensives, si, pour certaines gens, la méchanceté ne valait pas mieux que le talent.

D'Alembert, dont l'énergie n'était pas sans doute proportionnée au génie, se lassa bientôt d'être toujours en butte, comme un des directeurs de Y Encyclopédie, à la malignité de ses ennemis, et d'avoir sans cesse à redouter des mesures de rigueur de la part du gouvernement : « Les satires odieuses, écrit-il à Voltaire f1), qu'on publie centre nous, et qui sont non-seulement tolérées, mais protégées, autorisées, applaudies, commentées même par ceux qui ont l'autorité en main; les sermons, ou plutôt les tocsins qu'on sonne à Versailles contre nous en présence du roi, nomine reclamante, l'inquisition nouvelle et intolérable qu'on veut exercer contre Y Encyclopédie, en nous donnant de nouveaux censeurs plus absurdes et plus intraitables qu'on n'en pourrait trouver à Goa; toutes ces raisons, jointes à plusieurs autres, m'obligent de renoncer à ce travail. »

La retraite de d'Alembert porta un coup terrible

(i.) Janvier 1758.

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