‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 3 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

même qui fît depuis, par la protection de madame de Pompadour, une fortune si imprévue]. Sa figure heureuse, son naturel aimable et plus que tout cela sa bonne humeur, séduisirent Diderot, qui lui aussi était loin d'être enclin à la mélancolie. D'ailleurs, on ne connaissait pas encore cet état mental que depuis, quelques écrivains ont tant mis à la mode. Les deux jeunes gens dînaient ensemble, et la fille de Diderot, madame de Vandeul, a dit dans ses Mémoires qu'elle avait souvent entendu son père vanter la gaieté de ces repas.

Le côté enjoué, et même un peu espiègle, du caractère de Diderot, ne disparut jamais entièrement : il se trahira plus tard dans ses lettres à mademoiselle Voland et dans ses conversations chez d'Holbach; pour le moment, il se faisait jour en saillies parfois très-risquées. Il a raconté luimême que, passant devant le magasin de mademoiselle Babuti, la jolie libraire du quai des Augustins, qui devint ensuite madame Greuze, il entrait quelquefois, avec cet air vif, ardent et fou qu'il avait, et lui demandait, un jour les Contes de la Fontaine, un autre Pétrone, etc.

On voit qu'il n'avait pas alors les dispositions d'un futur prêtre; aussi avait-il renoncé à cet état. L'idée lui était venue de se faire avocat. Il se disait sans doute que soit en robe soit en soutane, il pourrait toujours donner carrière à son éloquence naturelle. Cependant, il ne devait être ni prêtre ni avocat. De même qu'il avait jadis quitté le collège de Langres pour prendre le tablier de coutelier, il laissa

l'étude du procureur, M. Clément de Ris, son compatriote, chez qui il était en pension. Cette dernière équipée mit fin à l'indulgence de sa famille : son père, à bout de patience, supprima sa pension, et lui signifia d'avoir désormais à pourvoir lui-même à ses besoins.

Alors commença pour Diderot la période la plus difficile de son existence. Elle dura plusieurs années, pendant lesquelles il se vit quelquefois privé du plus strict nécessaire; mais ce fut aussi l'époque des fortes études, de l'indépendance, et pour une nature comme la sienne, il y avait là des compensations très-réelles. Il employait la plus grande partie de son temps à se perfectionner dans la connaissance des langues et de la philosophie ancienne. Il apprit l'italien et fit sa lecture favorite des ouvrages anglais, surtout de ceux des libres-penseurs et des vulgarisateurs scientifiques, qui commencèrent à modifier profondément ses opinions ; enfin, il enseigna les mathématiques, qu'il aima toujours avec passion.

C'est à ce temps qu'il fait allusion dans le Neveu de Rameau :

Là. Monsieur le Philosophe, la main sur la conscience, parlez net. il y eut un temps où vous n'étiez pas cossu comme aujourd'hui.

IUDEROT.

Je ne le suis pas encore trop.

HAMEAU

Vous n'iriez plus au Luxembourg en été. vous vous eu souvenez ?

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