‹ Diderot et la société du baron d'HolbachChapitre 47 sur 118 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

des amusements. Votre lettre est très-belle; mais j'ai chez moi une de mes nièces qui, depuis trois semaines, est dans un assez grand danger; je suis

garde- malade, et très- malade moi-même »

C'était tout simplement une fin de non-recevoir; Voltaire n'était pas plus malade qu'à l'ordinaire. On sait que durant quatre-vingt-quatre ans il a eu un pied dans la tombe; seulement ces deux esprits n'étaient pas de même trempe : tandis que l'un demandait des arguments, l'autre cherchait des consolations... (V. De plus, on ne possédait pas à cette époque, la méthode qui a posé les vraies bornes des acquisitions scientifiques; Diderot lui-même, si avancé à d'autres égards, croyait à l'existence d'une loi générale, dont toutes les autres devaient découler, et à la connaissance de laquelle on pouvait parvenir.

Au moment où Voltaire se brouillait avec Rousseau, ses relations avec notre Philosophe devenaient plus fréquentes et plus affectueuses, grâce à un nouvel adhérent que venait de faire l'école

(*) Quand plus lard. Voltaire reçut les Lettres delà inontagm et qu'il y lut l'apostrophe qui le concerne, il entra dans une grande fureur contre Rousseau. « Ah ! le scélérat ! ah ! le monstre !

il faut que je le tasse assommer oui. j'enverrai le faire

assommer dans les montagnes entre les genoux de sa gouvernante — Calmez-vous, lui dit-on, Rousseau se propose de vous

faire une visite, il viendra dans peu à Ferney. Mais commenl le recevrez-vous? — Gomment je le recevrai? Je lui donnerai à souper, je le mettrai dans mon lit et je lui dirai : Voilà un bon souper; ce lit est le meilleur de la maison; faites-moi le plaisir d'accepter l'un et l'autre et d'être heureux chez moi. » (Correspondance de Grimm. Janvier 1766.)

philosophique : Damilaville, un des admirateurs de Voltaire et l'un de ceux qui rendirent aux philosophes les services les plus continus et les plus désintéressés. Depuis que nous l'avons vu porter à Diderot, de la part de Voltaire, un exemplaire de ses œuvres, il n'a cessé d'être, pour ainsi dire, le trait d'union entre le poète et les encyclopédistes. C'est à lui que Voltaire adressera ses lettres les plus hardies. Par son emploi de commis au Vingtième, Damilaville pouvait rendre à ses amis des services de tous les instants. En passant par ses mains, les- lettres de Diderot à Sophie ou à ses autres correspondants étaient exemptes de la taxe, alors assez élevée; et ce qui était plus important, elles n'étaient pas exposées à être décachetées. Sous le règne de Louis le Bien-Aimé, on n'avait pas le moindre respect pour la correspondance privée, et, par raison d'État, et souvent sans aucune raison, le gouvernement violait sans le moindre scrupule le secret des lettres. Désormais, et par l'intermédiaire de Damilaville, le philosophe et le poète, sans s'écrire directement, ne cesseront pas d'être en rapports suivis.

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