SCENE Vil
13LAi\CHE, DIDIER, qui entre d'un air rêveur.
BLANCHE
Pourvu que mon père ne l'ail pas vu!... {Le regrirdant.) Non.., il ne voit rien !... pas même moi!... (A demi-voix.) iMon père !...
DIDIER
Ah ! c'est toi!...
H la presse vivement contre son cœur,
BLANCHE
Qu'avez-vous?... Pourquoi m'emhrasser ainsi ?
DIDIER
Mon vrai bien. . mon trésor!... ma fille bien aimée!
BLANCHE
Qu'est-ce donc?... Quelque événement, quelque malheur!...
DIDIER
Non, tu le vois, je suis calme et tranquille... et pourtant pas encore de nouvelles de Raymond... un compagnon d'enfance. . un frère!... j'en suis d'aulant plus étonné que je lui demandais un service.
BLANCHE
Et pas de réponse?
DIDIER, vivement.
Il est malade ou absent... j'en suis certain!... sans
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cela il aurait tout quitté pour venir près de moi. .. mais te voilà... ma fille... et comme je n'ai pas au monde de meilleure amie que toi...
BLANCHE. Non, saus doute.
DIDIER
Il faut bien que je te confie notre situation... etpour mieux te la faire comprendre, laisse-moi te dire jusqu'à quel point je suis en droit de compter sur Raymond... Lui et moi, sortis de notre village en besace, en sabots, n'ayant pour tout bien que Tamitié et le travail, nous arrivâmes ensemble à Marseille; il entra chez un fournisseur, moi chez un brave négociant qui, dix ans plus lard, m'associait à son commerce que j'avais fait prospérer, et me donna sa fille en mariage ! Quant à Raymond, il était aussi devenu très-riche... Mais, moins heureux, il ne s'était pas marié j il n'avait pas, comme moi, une femme et une fille... les anges gardiens de la maison ! en revanche, il avait les intrigues et les chagrins intérieurs auxquels se condamne volontairement un vieux garçon... il me racontait ses peines... celles qu'il osait m'avouer... les autres, je les devinais !... Et lui à Marseille, moi à Cherbourg, nous n'avons jamais cessé de nous aimer et de nous entendre; l'amitié rapprochait les distances...
BLANCHE. Achevez, mon père, achevez, de grâce !
DIDIER
Du vivant de ta mère, et même après elle, tu sais que notre maison a prospéré et que la fortune n'a jamais cessé de nous sourire... Mais tout a un terme! Il y a deux ans, Raymond avait éprouvé des pertes, et, juge de mon bonheur, j'ai pu rétablir ses affaires, grâce à une partie de mescapitauxquiluisont venus en aide... et que depuis il m'a rendu... Mais, pendant quelque temps cela m'a gêné moi-même... L'année dernière a élé plus fatale encore, des faillites successives et nombreuses sont venues m'ébranlcr... J'ai résisté... Mais cette année, depuis trois mois surtout, des malheurs que la prudence humaine ne peut prévoir!... Trois