ACTE I» SGÈNB VU
vaisseaux naufragés! de riches cargaisons englouties et les maisons les plus solides s'écrouiant autour de moi... Que ledirai-je! obligé pour celle semaine à des paiemcns aux(iuels je ne pouvais faire face... j'ai poussé un cri de détresse et d'amilié... Ray mond !Kaymond ! viens à moi !
BLANCHE, d*un ton de reproche.
Et il n'a pas répondu ?
DIDIER
En attendant, les traites et les lettres de change arrivent de tous côtés ; hier, cette nuit et ce matin, mon caissier et moi avons dressé Tétat de notre avoir et de nos paiement ; tout compensé, il me faut encore quinze cent mille francs !
BLANCHE
Quinze cent mille francs ?
DIDIER
Ne t'effraie pas î...je les trouverai ! Cent mille écus que me devait la maison Dordrecht et compagnie... j'ai leurs billets en caisse... Déplus douze cent mille francs de biens fonds... (^t'f^ce^oh'on.) ta dotet ton patrimoine, ma fille...
BLANCHE, vivement.
Qu'importe!...
DIDIER, lui pressant la main.
C'est bien !... (Avec chaleur. )^ous vendrons tout!
BLANCHE, de même.
Oui, mon père!...
DIDIER, de même»
Et nous paierons tout !
BLANCHE, de même.
Oui, mon père !...
DIDIER
Nous n'aurons plus rien !... mais nous marcherons le front levé, sans rougir !...
BLANCHE
Et l'on dira toujours : Didier l'hounête homme!
DIDIKR.
Tu as raison !... {Voyant Blandœ qui détaclit son collier.) Que fais-tu donc ?
BLANCHE
Je commence... ce collier, ces bijoux et les (liain.nis de ma mère, rien ne m'appartient plus.
Air : Si vous avez aimé jamais.
Assez longtemps voire amour généreux A, par ses dons, pu me voir embellie ; Ils m'allaient bien, j'en conviens , mais sans eux Je dois encor vous sembler plus jolie.
J'oublie enfin qu'ils m'élalenl destinés. Et sans envie, ici, je les regarde ; Car je n'ai rien perdu puisque je garde L'amour qui me les a donnés.
DIDIER. Chère enfant, y renoncer!...
BLANCHE, vivement.
Sansregvets...(Avecinquiétudeet tendresse. )e\\)ouryvk que vous ne soyez pas malheureux...
DIDIER
Moi?... non!... franchement je ne le suis pas ! je ne sais si dans cette lutte contre la fortune, dans la satisfaction d'en sortir triomphant... il n'entre pas un peu de vanité ou d'orgueil.
BLANCHE
Un noble orgueil! mon père!
DUilER.
Mais, vrai '...je ne me sens pas malheureux! je ne le serais que pour toi, ma fille... et je te vois si courageuse et si forte!...
BLANCHE
Je le serai, je vous le jure !...
DIDIER
Son front me semble si calme et si radieux.
BLANCHE
Vous me donnez l'exemple... mon Dieu ! qu'a-t-on besoin d'une maison si opulente et du luxe qui nous
DIDIER
ACTB I, SCÈNE Vit. 25
cnloure, vous n'en jouissiez jamais !... ce n*était que pour moi... et je n'y tiens pas!... vos affaires vous éloignaient de moi, toute la journée !... vous ne me quitterez plus... voyez quel avantage!
DIDIER
Tu va*^ me faire bénir ma ruine... mais il y a un chagrin dont rien ne me consolera... lu n'as plus de dot... tu ne te marieras pas !
BLANCHE, souriant.
Si, mon père!... cela n'empêchera pas!... j'en ai idée î
Tu crois!...
BLANCHE
C'est peut-être comme vous, de l'orgueil...
DIDIER
\]ïï orgueil légitime!
lîLANCHE, gaiement.
Et il y a de quoi !... car enfin, si on m'épouse maintenant ce ne sera plus pour ma fortune... (Vivement et d^un ton plus grave.) Par exemple, il faut écrire à M. de Montmorin que le mariage entre son fils et moine peut plus avoir lieu!
DIDIER
C'est ton avis ?
BLANCHE
Ce ne sera pas délicat !
DIDIER
A la bonne heure!... je vais écrire.
BLANCHE, conduisant son père vers la table. Tout de suite... tout de suite... et après...
DIDIER
Que ferons-nous?
BLANCHE
Nous irons à Marseille, chez notre ami Raymond ; ne vous a-t-il pas dit cent fois :
Air : 0 toi ! dont l'œil rayonne! (De la BarcaroUe.) Que l'adversité vienne ;
Didier , souviens-t-en bien.
Ma fortune est la tienne, Mon toit sera le tien !
DIDIER
Oui, sa porte hospitalière Doit s'ouvrir, en lui j'ai foi, Quand je lui dirai : frère, C'est moi î c'est moi ! c'est moi !
(Il se met à la table et écrit.)