SCENE VIII
DIDIER, seul.
Qu'allais-je faire?... Toutlui dire!... Carc'estlui I... je n'en doute plus... et je ne sais comment j'ai pu un nstant pensrr à Canigou! ce filleul... ce fils... C'est
Charles de Montmorin... el j'allais , sans réfléchir, Tavouer à celui qui secroit son père!... En ai-je le droit? et cela ni'est-il permis? Quand, heureux et confiant, il croit à la fidélité de sa femme... irai-je faire tomber le voile qui couvre ses yeux... lui prouver que depuis vingt-cinq ans il est trahi... arracher deson cœur son amour pour son fils... ou plutôt lui ravir son enfant... Et pourquoi?... pour ajouter à ses richesses... lui qui f st déjà si riche!... Pour lui faire acheter au prix deson honneur... une fortune que je ne peux... que je ne dois pas lui rendre... (Se levant avec explosion et comme à luimême.) Non ! dis plutôt la vérité... Dis que tu veux la garder !... ne cherches plus à te mentir à toi-même, .'j voue que tous ces raisonnemens que tu te plais à entasser, ces vaines subtilités auxquelles tu ne crois pas, .^ont autant d'armes que tu essaies à te forger contre ta conscience qui s'indigne et se révolte!... (Avec forcée et conviction.) Eh bien! oui, fût-on le plus honnête homme du monde, on ne peut pas empêcher une mauvaise pensée de se présenter... mais on la repousse, on lutte, on combat ! et Ton triomphe !... (// tombe commeépuisé sur le fauteuil qui est devant la table y et trouve sous sa main le portefeuille vert que Canigou lui a remis dans le premier acte et qu'il soulève lentement.) Quand je disais ce matin qu'une mauvaise action est le plus lourd des fardeaux... Voilà wwq heure à peine que j'ai reçu cet héritage, et depuis une heure j'ai éprouvé plus de tourmcns et d'angoisses, plus de malheurs réels que dans ma vie entière... Je suis devenu cruel et méchant !... j*ai repoussé ma fillcdonl la présence mefaisaitrougir... cl pourtant, je n'étais coupable encore que par la pensée... Que serait-ce donc, mon Dieu !... (Se levant, avec calme et fermeté .) Oui, nia résolution est prise. Déchoir (le sa position et l'avouera toîis les yeux, devoir cent mille écus et ne pouvoir les payer, perdre enfin ses rêves de bonheur et d'avimir est bien terrible, mais perdre SD propre estime est plus terrible encore, et le plus gr.ind des malheurs, c'est d'être malhonnête homme.