‹ Dietrich BuxtehudeChapitre 12 sur 70 · r I-t-H ni-r-rà zTt-J · texte numérisé non relu

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En cette même année, où il s'intéresse aux austères travaux de Johann Tlieile, Buxtehude publie, à Lubeck, une Aria composée pour le mariage de Christoph Siricius, secrétaire de la ville, fils d'un ancien pasteur de la Marienkirche'1, qui épousa, le 2 juin 1673, Dorothea von Degringk. Cette œuvre, écrite pour soprano, deux violes de gambe, deux violons et spinetto, a été rééditée par M. Cari Stiehl3.

1 II l'emploie aussi sans intention expressive {Tu solus altissimus, et Amen) : il n'a pas besoin, d'ailleurs, d'avoir recours aux recettes pour émouvoir, mais il trouve ce qu'il faut dire (voyez les eleison, à la fin du Christe; le suscipe, et le propter magnam gloriam titatn). Il parait, en outre, qu'il connaît bien la musique du XVIe s. (voyez les motifs du Christe, et du Domine, Deus, rex cœlestis, au premier soprano).

2 Sur la famille Siricius, voyez Moller, Cimbria liierata, I, pp. 63 1 et 632. Joh. et Mich. Siricius avaient voyagé dans les pays Scandinaves.

3 Rob. Eitner, Cantaten des 77. und 18. Jahrhunderts {Beilage ju den Monatshe/ten fur Mus. Gesch., 18S4— 1886, p. 160).

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Les to.irnures mélodiques y sont très agréables, et le chant ne manque point de chaleur, ni de tendresse : la forme a ceci de particulier, que les instruments ont presque autant d'importance que la voix, la ritournelle ayant onze mesures, le chant quatorze. Les violes de gambe accompagnent le soprano : à la fin de la strophe, les violons, comme s'ils étaient appelés par ces paroles, Anf ! Saiten, auf ! jouent la ritournelle, écrite à cinq parties, en imitations, et fort animée.

C'est au commencement de cette année 1673, que nous voyons, pour la première fois, mentionner les concerts d'église qui, sous le nom d* Abendmusik, avaient lieu à l'église Sainte-Marie. Le i3 janvier, on inscrit, dans le registre des délibérations de l'église, ce vœu, que les candidats aux places de musicien de la ville soient obligés à jouer, sans être payés, aux cinq «musiques du soir»1. Il semble que, alors, cette institution était encore assez récente: dans sa description de Lubeck, publiée en 1666, Conrad von Hôveln, qui, d'ailleurs, cite les principaux musiciens de la ville, ne dit rien des Abendmusiken'2. Par une lettre de remerciements, adressée par Buxtehude aux «anciens et aux compagnons » des corporations commerçantes, nous savons que les Abendmusiken avaient été fondées, parce que les corporations l'avaient désiré3. A l'origine, tout se passait avec la plus grande simplicité. Vers 1762, un homme qui avait environ 90 ans, racontait à Caspar Ruetz, cantor à Lubeck, que, dans sa jeunesse, ces «musiques» se faisaient en semaine, le jeudi. Avant d'aller à la bourse, paraît-il, les bourgeois avaient eu, «dans le vieux temps», le louable usage de se réunir à l'église Sainte-Marie, où, à de certains moments, l'organiste jouait en leur présence, pour leur faire « passer le temps », les distraire et gagner leur bienveillance. On avait fort bien accueilli cet essai, et quelques gens

1 C. Stiehl, Musikgeschichte der Stadt Lubeck, 1891, p. i5.

2 Der Kâyserl. freien Reichs-Stadt L.ùbcck Glaub- und Besàhewûrdige Herrligkeit.

3 Briefe von D. Buxtehude, publ. par M. Hagedorn dans les Mittheilungen des Vereins fur Lùbeckische Geschichte und Alterthumskun de, 188S, p. 194. Lettre du 28 janvier 1687.

riches, qui aimaient la musique, l'avaient favorisé par leurs présents. D'où l'organiste avait été incité à s'adjoindre quelques violonistes, puis des chanteurs, si bien que, de ces modestes origines, sortit eine starcke Music, menée à beau bruit et grand fracas; et Ton finit par en réglementer l'exécution, qui fut fixée aux deux derniers dimanches « après la Trinité », et au deuxième, au troisième et au quatrième dimanche de l'Avent1.

Ce sont donc les corporations marchandes qui fondent ces concerts: ils se développent dans les années où la bourgeoisie prend la haute main dans le gouvernement de la ville, où les représentants des commercijrenden Znnfften sont les plus nombreux dans le conseil2, où les gens de négoce veulent, avec ostentation, tenir la place des nobles. Le luxe croît rapidement. Aux noces, les Rathsweiber lancent les modes, et les marchandes s'empressent de les adopter : les femmes paraissent aux baptêmes avec de somptueux ajustements de baladines: les cheveux sont frisés de mille boucles3; le règne des coiffeurs est venu, et les hommes portent des perruques à la française dont le faiseur, un certain Lambert Grandjean, ne doit pas chômer4.

Il faut noter que, en cette année 1673, où les Abendmusiken sont, pour la première fois, mentionnées dans un acte, la bourse est installée dans l'ancien Gewandhans des drapiers, près du Rathhaus* ; la même année aussi, l'église achète deux trompettes construites d'une manière particulière, et telles que nulle chapelle princière n'en possède encore0.

1 Cité par M. Seiffert dans son article Buxtchude-Handel-Bach {Jahrbuch der Musikbibliothek Peters fitr igo2, p. 17).

2 M. Hoffmann, Geschichte der freien und Hansestadt Lûbeck, II, I892, pp. 101 et 102.

3 K. Th. Gaedertz, Archivalisdie Nachrichten ûber die Theaterjustànde von Hildesheim, Lûbeck, Lùneburg im 16. und 1 7 . Jahrhundert, p. 48. Voyez aussi les remarques au sujet du luxe des vêtements, dans les articles de M. E. Hach, Aus den àlteren Lùbecker Kirchcnbùchern, dans les Mittheilungen des Vereins fitr Liibeckische Gesch. VII, p. 97. pp. 101 et 102.

* Lambert Grandjean est cité dans le Taufregister de la Maricnkirche, écrit du 3 mars 1670 au dernier jour de février 1693, p. 64 (Lûbeck, Staatsarchiv).

6 M. Hoffmann, ouvr. cité, p. 104.

e Jimmerthal, Dietrich Buxtehude, 1877, p. 9.

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Peut-être a-t-on le droit de conclure, de ces petits faits rapprochés, que les «musiques du soir» vont atteindre à peu près dans le même temps, à la prospérité, puisque les musiciens seront nombreux, les instruments excellents, et que, tout fiers de se montrer dans leurs nouvelles charges et de s'assembler dans leur nouvelle bourse, les marchands tiendront à honneur de rendre abondante la beliebte Collecte, gain de l'organiste1.

Buxtehude pouvait compter, d'ailleurs, dans cette entreprise, sur l'appui des personnages les plus importants de la ville. Nous avons déjà vu qu'il était traité avec bienveillance dans la famille du Super intendent Hannekenius, et par Christoph Siricius, fils de l'ancien pasteur de la Marlenklrche. Il avait hérité de la considération que les gens haut placés témoignaient à Tunder, qu'ils allaient entendre en foule'2, et dont la veuve reçut encore des présents, en souvenir, sans doute, de son mari3. Ainsi, la femme du bourgmestre David Gloxin consent à être la marraine de sa fille Ma^dalena Elisabeth, dont Thomas Plônnies est le parrain l. Margareta Plônnies et Margareta Catharina Rodde assistent, le 27 février 1671, au baptême de Margareta Buxtehude5. Anna Sophia a pour parrain Matthaeus Rodde junior, pour marraines la femme du pasteur Balemann, et Margareta Catharina Rodde6. Le 3o août 1678, la femme du bourgmestre Joh. Ritter est marraine d'une seconde Anna Sophia7. En 1675, Buxtehude composait une Aria, pour le mariage de la fille de Ritter, Anna Margareta, avec Achilles Daniel Leopold, docteur «es droits»8. Les six

1 Cette Collecte est signalée par Buxtehude dans sa lettre du 28 janvier 1687, citée plus haut.

2 Mattheson, Grundlage einer Ehrenpforte, p. 227.

3 Mitteilungen des Vereins fur Liibeckische Geschichte und Alterthumskundc, IX, p. i52. Voyez plus haut, p, iod .

* Taufregister de l'église Sainte-Marie (i65g — 1676), p. i85.

5 Ibid., p. 200.

6 Ibid., p. 229, 8 avril 1672.

7 Taufregister de Sainte-Marie (1676—1693), p. 68.

8 Ils eurent un fils aveugle, qui aima les lettres et la musique (Moller, Cimbria Ut., I, p. 341).

DlETRICH BUXTEHUDE

couplets sont chantés sur une mélodie assez agréable, sans grande invention,

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