‹ Dietrich BuxtehudeChapitre 13 sur 70 · PU · texte numérisé non relu

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qui se termine par une progression banale.

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La ritournelle, à j" Stromenti, ne manque pas de verve,

1 Le mariage eut lieu le i" mars. L'œuvre de Buxtehude a été imprimée sous ce titre : Das edelste Ritterspiel, nemblich die Liebe (Bibl. d'Upsal, Vokalmus., VI, io).

BUXTEHUDE A LLBECK

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Il est aussi protégé par le bourgmestre Heinrich Kirchring, auquel il dédie, quand il épouse, en secondes noces, Agnes von Stiten, un Hochzeitsgesang, écrit pour deux alti, basse, et continuo, précédé d'un Aufzug joué par deux trompettes in Sordino. Les quatre strophes1 en sont séparées par un Rittoniello, où deux trombones in Sordino, un fagotto et le continuo, accompagnent les deux trompettes, qui gardent la sourdine. Cette sonorité adoucie des instruments de cuivre plaît à Buxtehude ; il l'emploie en d'autres œuvres encore, et, en 1676, il fait fabriquer des sourdines pour les six trompettes de l'église. En général, les compositeurs réservaient à la musique triste l'usage de la trompette bouchée: Buxtehude, dans ce chant de noces, agit donc à l'encontre de la coutume. Il la connaît cependant bien, puisque, depuis longtemps, en Danemark, la trompette bouchée est admise dans les cérémonies funèbres : le 9 septembre 1634, Ogier entend, aux obsèques de Henrik Holck, une trompette qui, fermée par un procédé dont il ne sait rien, rend un son aigu et lugubre2.

Soutenu par les magistrats de la ville et bien pourvu

1 Auff, stimmet die Saiten; cette composition, imprimée, est conservée à la bibl. d'Upsal, avec la précédente. Le mariage fut cé^bré le 23 sept. 1G72.

2 Ephemerides, p. 55.

BUXTEHUDE A LUBECK 147

d'instruments, Buxtehude pouvait traiter avec ampleur ces concerts d'église, pour lesquels il disposait de bons musiciens, assez nombreux. C'est le temps où servaient, dans la musique du conseil, Peter Bruhn, frère d'un organiste de Schwabstedt, originaire de Lûbeck1; Peter Grecke, élève de Tunder et des Italiens pour l'orgue, qui avait étudié en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, s'adonnant surtout au clavecin, à la viole de gambe, au violone et au violon « qui sont aujourd'hui les instruments les plus goûtés », mais capable aussi de jouer une partie de trombone, de flûte ou de cornet*2; Peter Zachov, élu probablement en 1672, habile joueur de cornet et compositeur3; Joh. Philipp Roth, luthiste, nommé en iôôo,4; Hans Ive5, nommé le 17 octobre 1675; Jacob Hampe, à qui l'on attribue des travaux d'histoire6; Christoph Panningk, nommé vers 1672 7. Ajoutons que, en 1674, l'excellent violoniste Joh. Paul von Westhoff dut séjourner à Lûbeck s. Quant aux choristes, ils étaient sans doute instruits par Samuel Franck, cantor du Catharineum 9.

Ces musiciens, dont la technique était bonne ll), avaient

1 J. M Kraft't, Ein \\vey fâches jwey-hundert-jâhriges Jubel-Gedâchtnis, 1723, p. 3 18.

2 Gesuch des Peter Grecke um Verleihung einer Rathsmusikantenstelle , publ. par M. C. Stiehl, dans les Monatshefte d'Eitner (XX, p. m). Le i3 avr. 1^178, un Peter Grecke est parrain du fils de Heinrich Lûtkens, Lautenmacher (Taufregister de Sainte-Marie, 1676—1693, p. 57).

3 C. Stiehl, Lûbeckisches Tonkùnstlerlexikon, p. 19; Walther cite Zach.au parmi les élèves de Theile (Musicalisches Lexicon, p. 602).

* Stiehl, ouvr. cité, p. i5. Theile nomme J. P. Rothe parmi ses bienfaiteurs (voyez plus haut).

5 Stiehl, ouvr. cité, p. 10. En 1677 (24 avr.) il fut parrain de la fille de Daniel Grecke (Taufregister de Sainte-Marie, 1676 — Ibq3, p. 29).

6 Stiehl, ouvr. cité, p. 8. Le 22 sept. 1678, on baptise sa fille à Sainte- Marie (Taufregister, 1676 — i6q3, p. 69).

7 Stiehl, ouvr. cité, p. 14. Le i4sept 1670, le musicien Zacharias Krohnenberg et Peier Bruns (Bruhns) sont cités dans l'acte de baptême d'un de ses enfants (Taufregister de Sainte-Marie, i65g— 1676, p. 188). Le 23 nov. 1673, Anna Schnitielbach est marraine de son fils Christophe (Ibid., p. 272). Cf. p. 221.

8 Walther, Musicalisches Lexicon, p. 649. Un certain Hermann Westhoff était Prediger à l'église de Saint-Jean à Lûbeck (Taufregister, iôSq— 1676, p. 274, p. 3n).

9 C Stiehl Zur Gesch. des Kirchenchors und der Kirchenmusik in Lûbeck (Musikalische Chronik, 1886, p. 18).

10 Je rappelle que Schnittelbach avait été musicien de ville à Lûbeck.

l'habitude d'exécuter la musique d'église ; les plus anciens s'y étaient accoutumés sous la direction de Tunder, et les derniers venus avaient appris à connaître le style des compositions religieuses alors en renom. Car le répertoire de la Marienkirche était riche et d'une grande variété. On trouvait dans la bibliothèque, non seulement les collections de motets publiés en 1646 chez Tilemann Susato, les Cantiones sacrae de Jacob Meiland (1569), les cinq livres du Novi Thesauri musici édités par Pietro Giovanelli (i568), le Promptuarium musicum d'Abraham Schadaeus (1611 — 1612— i6i3 — 1617), ^e Florilegium Porteuse de Bodenschatz (1618 — 1621), des motets de Hieronymus Praetorius (1618 et 1622), de G. Gabrieli, H. L. Hassler, Erbach, Marenzio, Monteverde, publiés à Nuremberg en i6i5, et le Cymbalum Sionium de J. Schein (i6i5), mais encore des œuvres modernes, où les instruments avaient un rôle important. L'église possédait les neuf Messes à 5 voix de Joh. Stadlmayr, cum Symphoniis ad libitum (1643) ; la 3e partie des Symphonies sacrées de Heinrich Schutz (i65o) ; le Jubilus Beruhardi pour cinq voix concertantes, quatre violes, et Ripienï (1660), et YOpus musicum (i655) de Samuel Bockshorn ; la Musica sacra, de Seb. Anton Scherer, organiste d'Ulm (1657) ; la Musikalische Kircheu- und Haus- Freude de Tobias Zeutschner (1661)1 ; la Kircheu, vnd Ta/et- Music d'Andréas Hammerschmidt 1662), et les Missae pour voix et instruments du même auteur (i663)2; les Flores hyemales de Constantin Steingaden, écrites à 3 et 4 voix, avec 2 violons (1666) 3; le Precationis Thuribidum de Christoph Petraeus, où les trombones ou les violes de gambe, les cornets ou les violons, accompagnent « douze messes ou litanies », écrites « à l'imitation » de pièces allemandes ou latines, de J. H. Schein, de Hammerschmidt, de Bonifatio Gratiani, de Giuseffo Tricarico, de Tobias Zeutschner, de Rovetta, de Mazak, de Friedrich Weissensee (1669) '\

1 Ces œuvres de Bockshorn, de Scherer et de Zeutschner se trouvent à la bibl. nat.

2 Bibl. nat. Vmi 8-8.

3 Bibl. nat. V»»t 885.

4 Bibl. nat. Vml 8qi.

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Ce recueil de Petraeus, la date l'indique, fut certainement acquis lorsque Buxtehude était organiste de la Marienkirche\ il en est de même des Sacrae Sirènes, que Rudolph Dreher publie en 1671, et où sont réunies cinq messes, à plusieurs voix, avec deux violons obligés, et des violes ou trombones ad libitum, messes anonymes, sauf la première, qui est de Giov. Ant. Rigati l, De la même période sont les Missae et Motetta de Carolus du Mont (1671), les Quatuor Missae de Georg Arnold, organiste de Tévêque de Bamberg (1672), le Konig Davids gôldenes Kleinod (ps. 119), de C. C. Dedekind, compositions où les instruments sont mêlés aux voix (1674), enfin les Missae et Motetta de Guillaume Bart (1674), qui sont publiés à Anvers, ainsi que les Missae, Litaniae et Motetta de Benedictus a S° Josepho (1666), les Missae et Motetta d'Ant. Vermeeren (i665), et les Missae et Motetta de Gaspard de Verlit (1661).

A ces œuvres allemandes et flamandes s'ajoutaient beacoup d'œuvres italiennes, de Rovetta {Salmi concertati de 1641 et Sa/mi à 8 voix de 1662 2), d'Alessandro Grandi {Messa et Salmi, i636), de Romualdo Honorio (// secondo libro di Messe concertate, 1645), de J. B. Chinelli (messes publiées en i65i), de Maurizio Cazzati {Messa e Salmi, i653), de Simon Vesi {Messa e Salmi, de 1646, et Salmi, a otto ariosi, i663), de Freschi {Messa e Salmi, 1660), de Reina, d'Egidio Trabatone (1648), de Cecchelli, Gratiani, S. Durante, Benevoli (messes éditées par Florido, i65i).

Il y avait encore une grande collection de compositions vocales, plus anciennes, où l'on voyait des œuvres de Petrus Hasse, le prédécesseur de Tunder, de Nie. Gottschovius, organiste à Rostock, de Paulus Bucenus, cantor à Riga à la fin du XVIe siècle, de Peter Meyer, Rathsmusicus à Hambourg, dont nous avons déjà cité le nom, et de maîtres allemands et italiens célèbres, tels que Jacobus Gallus, Hassler, Orazio Vecchi: Obrecht et Roland de Lassus y figuraient aussi. Enfin, beaucoup de musique

1 Bibl. nat. V»» 85a.

2 Les psaumes de 1662 sont reliés avec les Novelli Fiori ecclesiastici de Reina (1648) et des messes éditées par Florido (i65i), et les volumes gardent les traces d'un fréquent usage.

l5o DIETRICH BUXTEHUDE

de la Marienkirche a dû disparaître sans que l'on ait pu en garder même la mention l.

Il suffirait de lire ce catalogue, abrégé, et certainement incomplet, des compositions que l'on jouait à l'église Sainte - Marie de Liïbeck, pour être certain de l'habileté des musiciens qui les exécutaient, même si l'on ne savait, d'autre part, qu'il y avait alors, dans la ville, à côté de maîtres reconnus, d'excellents praticiens. Les violonistes avaient évidemment gardé les traditions de Nie. Bleyer, de Thomas Baltzer, de Nath. Schnittelbach. Ces virtuoses avaient dû faire école à Lùbeck, en un temps où les compositeurs allemands pouvaient craindre que, mal préparés aux nouveautés, les instrumentistes ne fussent incapables d'exécuter décemment ce que leur proposent les maîtres de l'orchestre moderne. Ainsi, dans l'avant-propos de la deuxième partie de ses Symphoitiae sacrae (1647), Heinrich Schûtz demande aux musiciens, pour qui der stàte ausgedehnte musicalische Strich auff dem Violin est encore un exercice inaccoutumé, de ne pas essayer de jouer cette musique en public avant de l'avoir étudiée en leur particulier"2. En 1674, Buxtehude n'avait plus à se préoccuper de telles difficultés, quand il publie la Fried- iind Freudenreiche Hinfahrt des alten grofiglàuhigen Simeons, où les deux instruments qui réalisent l'harmonie, mettent, dans tous les accords, un frémissement pathétique par un Trémolo continuel 3. Car ce procédé, qui

1 Je renvoie au Katalog der Musik-Sammlung auf der Stadtbibliothek ^u L'ùbeck, de M. C. StiehI. La musique de la Marienkirche a été donnée, en 1814, à la société des amis de la musique de Vienne (Cf. Pohl, Die Gcscllschaft der Musikfreunde, Vienne, 1871 , pp. 114 et i\b).

2 Vol. VII de l'éd. Spitta.

3 ^rieb* unb gteubenreidje / §infdjtt / beë aïten grojjqlàulrigen Stmeortê / fcen îeeligen aMeiben / be§ 2Bettanb 2Soï)t=6^ren SSeften, Gkofë=2ld)t'&aTen/ unb .ffunftïeidjcn

§errn JOHANNIS / 33ujteï)ubert, / 3n ber .fiomglidjen Stabt £)e!fingior an ber .tfirtfye S. Dlai / 32 ^at/r geroefenen ûrganiften, / toetdjer im 72 $ar;t feine§ Sllterê «m 22. ^anuarit be§ 1674 ^afyreê/ atïjiet ju Siibecf mit grieb unb 5ïeu*>e au§ biefer angft unb unrurje^ollen / 2Beït o^gefdjtebcn, unb Don jeinem (Srïëfer, (be§ cr ïângft mit fcerlangen erroattet) ï)eimgef)o(et, unb barauff ben 29 ejusdem ht ber §aufct= .'lïirdjen / ju ©. 3Jîarien bafeUJft Gïjïiftlidj ueevbtget h'otben. / îcm ©eeïig=»erftorïencn, al§ feinem ïjertslid) getiebten SSater 3U jd)ut= / bigen 6f)ven uub Ëïjtiftlicfyen nariiruïjme in 2. (Sontrafcuncten abgejungen / bon / Dieterico 23uste^uben, Crgantften / on ber .f)auJ>t=,Sîir$en ju St. 5Jîarien / in/ Cùbecf /. 3n SSerlegung lllrtd) SSettftein / f8nd)= rjiinbter in Siibecf, / 1(574. On est redevable de la publication de cette œuvre à

BUXTEHUDE A LÛBECK 131

n'a pas encore cessé d'émouvoir les auditeurs, ne trouble plus les violonistes. Depuis que l'on en a risqué l'application, les artistes allemands ont eu mainte occasion de s'aguerrir, soit en étudiant des œuvres étrangères, répandues en Allemagne, soit en lisant les compositions de leurs compatriotes. Le sonus tremulus, que les palpitations en soient lentes ou précipitées, est fréquemment employé vers 1660. Dans le livre de motets en tablature que Gustav Duben date de 1664, le trémolo est indiqué plusieurs fois : par l'auteur, non désigné, d'un Es ist gnug pour soprano et violes (3o) ; par P. Vertini, dans son Laudate Dominum omne gentes, solo d'alto accompagné de six violes (39) ; par Ign. von Ghesel, dans un Venite pour soprano et six Stromenti (128) l. Et ces compositions ne sont pas toutes nouvelles. Werner Fabricius, d'autre part, écrit des notes répétés en doubles croches dans une Paduan de ses Deliciae harmonicae de 1657 (n° 43) 2.

L'année même où il publia cette musique à la mémoire de son père, Buxtehude reçut la visite d'un jeune compositeur allemand, épris de musique italienne qui venait de Danemark. Né en 1649 à Wasungen sur la Werra, Joh. Valentin Meder avait peut-être déjà pris goût aux cantates des maîtres romains en 1671, à la cour d'Ernest le Pieux, à Eisenach et à Gotha. Il avait passé le printemps et l'été de 1673 à Brème3, puis était allé, en 1674, à Copenhague, où son frère David Bernhard était organiste de la Fruekirke'*. Plusieurs musiciens de la ville consentirent à écrire leur nom dans son Stammbuch et à y exprimer une pensée, proposer un thème de canon, où même donner une composition tout entière. Buxtehude n'avait quitté le Danemark

M. Reinhard Oppel (Bach Jahrbuch 1909). Il Ta trouvée à la bibliothèque de la cour de Carlsruhe, dans une collection de chants funèbres faite en 1677 par Ludwig Heinrich Zom à Plopsheimb.

1 Upsal, Tablature 70.

2 Upsal, Instrumentalmusik i Tryck, 7.

3 Pour l'histoire de la musique à Brème, je renvoie à l'art, de M"e A. Arnheim (Aus dem Bremer Musikleben im 1 7 . Jahrh.), dans les Sammelbdnde der I. M. G , XII, p. 369.

4 Suhm, Nye Samlingcr til dcn danske Historié, 3° vol. Copenhague, 1794, p. 180.

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