‹ Dieu dans l'écoleChapitre 32 sur 34 · PAGE · texte numérisé non relu

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Délibéré et émis durant sa retraite de trente jours du troisième an, en décembre 1870.

Nous avons cru devoir placer ici la succession des méditations, lumières et résolutions du R. P. Sengler sur ce grand objet, moins en vue de nos jeunes enfants qu'en vue des âmes religieuses, qui toutes y trouveront une solide édification, et plusieurs une direction très sage, très méthodique et 1res élevée, dans la manière de procéder à leur élection spirituelle,

... Cinquième jour. — « Comme, par la grâce de Dieu , je veux absolument assurer le salut de mon âme, et, pour cela, prendre tous les moyens nécessaires ou utiles, dès que le bon Dieu me les fera connaître, j'embrasse la pratique de toutes règles, les petites comme les grandes, de toute l'énergie de ma volonté, et, je l'espère, avec une vraie et entière sincérité.

« Il y a longtemps déjà que l'idée m'était venue d'en faire le vœu : Notre- Seigneur sans doute me l'avait inspirée. J'ai différé surtout dans la crainte que mon confesseur ne me rebutât en me voyant incapable d'une telle perfection. Me voici au troisième an auquel je

hk/\ APPENDICE A L'ÛRAISON FUNÈBRE DU R. P. SENGLER

renvoyais toujours rexécution d'un dessein qui semblait ne venir que de Dieu pour le bien de mon âme. N'est-ce pas maintenant le temps favorable pour le faire, et le bien faire? Si ce n'est pas maintenant, quand donc? Jamais certainement. J'y penserai très mûrement, ô mon Dieu! je vous demanderai votre lumière ; vous ne me la refuserez pas. J'en conférerai avec le R. P. Instructeur, auquel vous donnez grâce pour me diriger : sa décision sera la vôtre. Si c'est là votre volonté, assistez-moi aussi pour bien assure» jusqu'aux moindres détails. Que tout vienne de vous pour se soutenir par vous ! — J'ai passé toute ma méditation sur ce point... »

Neuvième jour. — « A propos de la xv'' règle de notre Institut, relative à l'entière observation de toutes nos Constitutions , puisqu'au tribunal de l'éternité je serai jugé d'après cette règle qui embrasse toutes les autres, pourquoi ne prendrais -je pas les moyens les plus sûrs pour leur donner toute la rectitude et la perfection voulues? Plus j'astreindrais mon âme à cette règle divine, plus elle y serait fidèle. Si donc à l'obligation générale qui me lie déjà j'ajoutais l'obligation spéciale et plus étroite du vœu, qu'est-ce que j'y perdrais? Quels inconvénients ou quels dangers pour mon âme? A-t-elle à redouter un lien nouveau qui l'unît plus étroitement, plus fortement à Dieu, à sa vocation, à sa perfection? Je n'y vois que des avantages , et de très grands : -un stimulant perpétuel de tous les jours, de tous les instants; un secours spécial de Notre- Seigneur pour cette obligation nouvelle et spéciale ; et sans doute aussi un regard plus amoureux de Dieu, de Notre -Seigneur, de sa très sainte Mère, de saint Ignace, des saints de la Compagnie, sur ma pauvre âme, et, partant, de leur part un soin plus empressé de mon avancement spirituel.

« Je ne vois pas encore comment il faut établir les con-

ditions et les détails de cet engagement, afin que mon âme en soit aidée et non embarrassée, et que par consé- (jnent rétrécissant, pour ainsi dire, sa voie, elle puisse du moins y marcher à Taise et sans trouble. Notre- Seigneur m'éclairera sur tout cela.

« Mais dès maintenant il fallait consigner ici l'attrait de la grâce; car il me semblait bien hier, en réfléchissant sur ces paroles : Ecce slo ad osliura el pulso, que c'était là ce que Notre- Seigneur attendait depuis longtemps et demandait enfin de moi. Je n'ai pas sans doute la vertu du Père de la Colombière, ou de tels autres qui ont fait ce vœu; mais Notre-Seigneur exige-t-il que, pour le faire, il faille pouvoir l'observer avec la même perfection? Je l'observerai dans ma mesure ; le bon Dieu n'en demande pas davantage : perfectionis quod divina gratia consequi possimus. (Reg. xxi.) Je pense à tout cela avec calme et grande confiance, malgré ma faiblesse. N'est-ce pas là un signe de Dieu? En attendant, je prierai, je réfléchirai, je proposerai au R. P. Instructeur, et puis nous verrons ce qu'il y a de mieux in Domino... »

Douzième jour. — « Hier, en me promenant pendant la récréation de midi , le diable, — car j'ai bien vu par la fin que c'était son ouvrage, — a cherché à me troubler et à abattre mon courage, surtout, je crois, en vue du vœu dont je m'occupe depuis deux jours. Il me représentait donc tout ce qui me manquait du côté des qualités naturelles, du talent, du savoir-faire, de la manière de traiter avec les autres, de la vertu. Puis, profitant sans doute d'un petit malaise corporel et d'une faiblesse de poitrine un peu plus sensible, il me faisait voir la vie, du moins la vie active et utile à la Compagnie, comme finie pour moi, la mort comme ne pouvant tarder longtemps. Toutes ces choses m'ont un peu attristé, inquiété. Non que je craigne la mort; mais la pensée d'avoir si peu

servi la Compagnie me causait un vrai chagrin. Tout cela tendait évidemment à détourner mon âme de la sérieuse application nécessaire pour assurer l'avenir, comme si cela n'en valait plus la peine. Par la grâce de Dieu, j'ai fini par voir le piège, et chassant toute inquiétude par un acte de conformité à la volonté divine, par rapport à ma santé, à mes qualités et défauts et à ma mort, j'ai pris la résolution, tout en tâchant de me tenir toujours prêt à la mort, d'arrêter mon plan de vie comme si j'avais à l'appliquer pendant cinquante ans et plus. »

Même jour. — « Il faut absolument que je pourvoie à la perfection religieuse dans les petites choses pour tout le reste de ma vie et dans cette retraite même. Tous les saints me le crient; Notre- Seigneur me presse; l'Esprit- Saint ne saurait être plus explicite. Donc, motifs pour lesquels il faut que je m'applique définitivement et constamment à faire bien, très bien, les occupations de la vie ordinaire : 1° sauvegarde infaillible mais nécessaire de mon âme, de mes vœux; 2° préparation nécessaire aux grandes choses ; 3° moyen indispensable pour arriver à la sainteté , à la perfection ; 4° moyen de procurer pour toute l'éternité une grande gloire à Dieu , et à moi plusieurs degrés de bonheur; 5° exemple de la vie ordinaire, mais sublime de la sainte Famille à Nazareth; 6" enfin, et par-dessus tout, Notre-Seigneur me le demande, je n'en puis douter; aurai-je le cœur de le lui refuser, à lui, ce bon Sauveur qui m'a tant aimé, qui Iradidit semetipsum pro me?

« Non , c'en est fait, ô mon bon et si aimable Sauveur! A défaut de tout autre motif, votre amour me suffirait ; il sera toujours du moins le principal. Je viserai donc en toute chose à la perfection , ou plutôt à la perfection de toute chose, pour vous plaire et reconnaître par ce petit retour votre amour pour moi. »

SON VŒU DU PLUS AGRÉABLE A DIEU \'il

Treizième jour. — « La perfection tout entière, voilà ma devise, mon cri de guerre, mon but : il faut que je le poursuive. La perfection en toute chose, id quod est optimum, la perfection dans l'observation de toutes me^ règles, des petites comme des grandes, selon qu'il est demandé par la xv° règle : Omnes constanti animo incumbamus ut nihil perfectionis... in absoluta omnium constitutionum, observations... prxtermiltamus. Je suis bien compris parmi les omnes, et le livre sur lequel je serai jugé ce sera celui de nos omnes constitutiones, et Ton demandera Vabsoluta observatio. Voilà ce que je devrai m'en assurer, coûte que coûte. C'est là, ce me semble, le vœu que Dieu me demande. Sa grâce m'assistera. De moimême, c'est impossible, absurde d'y penser. Mais plus je suis misérable et imparfait, plus je suis obligé de compter sur Dieu qui me l'inspire, et de m'appliquer aux moyens nécessaires pour y être fidèle. Je réfléchirai encore, et surtout je prierai. »

Quatorzième jour. — Comme , en me promenant pendant la récréation de midi, je réfléchissais sur le vœu du Père de la Colombière et sur le moyen de l'imiter, je vins à penser tout à coup que si je le faisais cela plairait fort à la très sainte Vierge.

« Quant au vœu du Père de la Colombière, les explications qu'il ajoute au sujet de certaines règles me paraissent fort sages, mais je ne crois, pas que cela me convienne. Je voudrais quelque chose de plus simple, de plus net, de plus dégagé, et qui, par là même, pût enlever plus puissamment ma volonté. Des explications de ce genre deviendraient facilement, ce me semble, pour moi, du moins, des restrictions, et je n'en veux apporter aucune, aucune absolument. Ne serais-je pas tenté souvent de me dire : Ai-je voué jusque-là? Puis-je aller jusqu'à ce point? Source de troubles de conscience et de

lâchetés trop bien colorées! Pour tout cela, je voudrais vouer tout simplement de faire en toute chose ce que je jugerai le plus parfait, selon nos règles, bien entendu , et dans l'esprit de nos constitutions. C'est d'ailleurs le Ad majorem Dei gloriam de mon bienheureux Père, la fin propre et spécifique de la Compagnie... »

Seizième jour. — « Cette manière de me donner au bon Dieu me plaît fort, me console beaucoup et me donne du cœur ; car par là :

« l» Je ne réserve rien , rien absolument. C'est ce dont mon cœur a besoin; voilà pourquoi, dès ma première enfance, je voulais me faire prêtre, partir pour les missions; c'est ce qui m'a conduit au noviciat; c'est lorsque je faisais cela que j'étais le plus heureux, même en luttant.

« 2° Je ne fais autre chose que prendre enfin au sérieux la règle quinzième du sommaire... nihil ' perfeciionis prselermittamus. C'est là ce que je voue, ni plus ni moins.

« 3° Par là même je mets en sûreté toutes mes règles, les petites comme les grandes ; car, par le vœu même , j'entends bien tout d'abord vouer l'observation de toutes les règles , et l'observation la plus parfaite qu'il me sera possible...

« 4° J'imite le plus parfaitement que je puis Notre-Seigneur Jésus -Christ, dont toute la vie se passa à faire ce que son Père voulait , et comme il le voulait : quse placita sunt ei (Patri) facio semper. Ce sera ma devise, que je puis remplacer par cette autre plus brève et équivalente : Ita, Pater. Qa'il s'agisse de me résigner ou bien de me dévouer : Fiat ! Ecce venio !

« 5° Comme en pratique le plus parfait est généralement ce qui est le plus humble , le plus bas , le plus crucifiant pour la nature, en le choisissant autant qu'il me

sera possible, j'accomplis d'abord les règles douzième et treizième du sommaire touchant la mortification et l'abnégation en toutes choses, surtout dans les emplois bas et pénibles ; mais surtout j'entretiens et je fortifie dans mon cœur la tendance au troisième degré d'humilité , qui est l'esprit le plus pur de la Compagnie et qui fait l'essence du Jésuite. C'est, comme dit la règle douzième, le chemin le plus sûr, après la prière, pour arriver à ce désir franc et ardent des mépris, par amour pour Jésus- Christ.

« 6" J'évite nécessairement la tiédeur et les maux qui en sont la suite ; comme aussi les défauts plus ou moins liés avec une vertu vulgaire, tels que la susceptibilité, la nonchalance , l'habitude détestable d'agir par manière d'acquit ou par routine, une vie sans gêne, de laisseraller, de mollesse ou de sensualité, etc.

« 7° Je puis vraiment compter sur la grâce du bon Dieu.

« 8° Enfin je puis aussi espérer quelque peu l'amour de Noire-Seigneur Jésus-Christ.

« C'est bien par amour pour ce divin Sauveur que je m'engage dans cette lutte, qui sera longue et pénible. Mais puis-je faire autrement? Dilexit me et tradidil semelipsum pro me. Et qu'est-ce que mon sacrifice auprès du sien?...

a Sans doute, ô mon Dieu, c'est pour sauver ma pauvre âme rachetée de votre sang que vous m'avez inspiré ce vœu, et c'est pour mettre mon salut en sûreté que je le fais. Mais le motif principal, je dirais presque le motif unique (tant il absorbe tous les autres), c'est pour vous plaire, c'est pour vous plaire , ô mon très doux Sauveur, et pour glorifier votre Père.

« Et maintenant, si j'ose demander encore quelque chose, non pas en retour de ce que je vous offre, mais comme gage de votre bienveillante acceptation, c'est cette

grâce que je désire et que je vous demande depuis si longtemps : la grâce d'aimer et de désirer les mépris et les opprobres pour votre seul amour, ô mon amour crucifié pour moi, et de les aimer comme vous-même vous les avez aimés et embrassés pour moi... Je vous le demande, les larmes aux yeux, et plus encore dans le cœur, par Marie, ma Mère bien -aimée, à laquelle vous ne pouvez rien refuser... 0 Marie, ma Mère! faites violence au cœur de votre divin Fils pour un pauvre pécheur. »

MÊME JOUR. — « L'obligation de mon vœu sera la même que celle des vœux religieux et des vertus chrétiennes, légère ou grave, suivant la matière. C'est un bon stimulant que de me voir obligé enfin d'aimer le bon Dieu de mon mieux, sous peine de péché. Je le vois, c'est grave, et cela mérite réflexion. Mon âme n'est pas sans angoisses : n'est-ce pas au-dessus de tes forces? pourras-tu tenir? Et si tu ne tiens pas, n'est-ce pas téméraire à toi de penser à une pareille chose? Cela est pour les saints; mais pour toi!...

Je vais recommander la chose à Notre-Seigneur pendant ces trois jours à l'autel. Dimanche, je l'espère, il aura parlé à mon cœur, et sa parole, comme d'ordinaire, sera claire, suave et forte... »

Dix- HUITIÈME JOUR. — « Dopuis la messe d'hier, un grand calme s'est établi dans mon âme. J'avais, à différentes reprises, mais surtout à la communion, élevé mon cœur vers Dieu, et conjuré Notre-Seigneur de m'aider dans cette action solennelle de mon projet de vie. Pendant l'action de grâces, je frappai de nouveau à son cœur, pour qu'enfin il daignât me faire sentir sa volonté. Au milieu de mes soupirs et de mes larmes, j'écoutais au fond de mon âme. Les seuls mots que j'entendis furent

ceux-ci : tt Que crains- tu? Pourquoi hésites-tu? Ai-je hésité à mourir pour toi? Perd -on à rtre généreux avec moi? Marche en avant, je serai avec toi! » Je priai encore, et les mômes pensées me reviennent, en me remplissant, comme la première fois, de consolation et de courage. J'étais persuadé que Notre-Seigneur voulait que je me donnasse à lui par ce vœu, et je finis mon action de grâces avec la certitude que la lumière se ferait aussi incessamment sur les points secondaires. »

Le soir. — « Au commencement de la méditation , l'idée de mon vœu me revint à l'esprit. Je l'examinai en tout sens devant Notre-Seigneur; il me donna des lumières inattendues, accompagnées d'une paix, d'un contentement, d'un bonheur qui me jetaient dans l'étonnement.

« Voici, en résumé, ce que je vis :

« D'abord, qu'il fallait que je fisse ce vœu; que Notre- Seigneur m'aiderait; que ce vœu ne serait aucune cause de trouble pour ma conscience, et qu'au contraire il me donnerait enfin la paix et la joie qu'on ne trouve que quand on est tout entier au bon Dieu; et que, comme c'est une tendance qui date de plusieurs années et dont la seule pensée m'anime au bien, je ne devais pas douter qu'elle ne vînt de Dieu.

ce Ensuite, qu'il n'y aurait pas même lieu de le limiter pour le temps, comme pour le prendre à l'essai; mais qu'il fallait d'un seul coup et avec confiance jeter à Notre- Seigneur toute ma vie; que je pourrais cependant le laisser toujours à la discrétion de mon confesseur ou de mon Supérieur, prêt à écouter leur voix dès qu'ils croiraient devoir en Notre-Seigneur suspendre ce vœu ou le briser entièrement.

K Dans la manière de l'envisager ou de le formuler, je me suis dit qu'il valait mieux remplacer le mot le plus

parfait par celui-ci : ce qui plaira davantage au bon Dieu, à l'exemple de Noire-Seigneur Jésus-Christ. D'abord cette expression « le plus parfait » me semble trop abstraite, un peu dure, froide, sèche, propre à resserrer le cœur, et aussi trop bien sonnante pour l'amour-propre : l'autre, au contraire, me met tout de suite en présence du bon Dieu et de Notre- Seigneur. Elle m'invite à agir envers le bon Dieu comme un enfant bien né envers un père qu'il aime et dont il est aimé ; elle me présente Notre-Seigneur, mon adorable modèle , mon chef et mon soutien tout- puissant, toujours devant moi et à mes côtés : j'ai si grand besoin de ne le jamais perdre de vue, surtout pour marcher droit et ferme dans le troisième degré d'humilité! Enfin cette formule me paraît porter avec elle les motifs principaux de ce vœu, les plus capables d'agir sur ma volonté, et de l'emporter avec autant de suavité que de force vers tout ce qui est bien, et le bien le plus parfait : l'amour de Dieu et l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est le Quse placita sunt ei facio semper de Notre-Seigneur; comme encore son lia, Pater; et son Ecce venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam.

ce Je viens de trouver le vrai mot dans Vlmitation (m, 15) : Da mihi hoc semper desiderare et velle quod iibi magis acceptum est et carius placet !

« ... Il me semble : 1° que pour bien observer ce vœu, je n'ai qu'à continuer ce que je fais depuis assez longtemps en le perfectionnant et en l'étendant à toutes les rencontres, ce que j'omettais parfois; avec le stimulant de cette obligation, et surtout avec la grâce plus abondante sur laquelle je compte, je pourrai être fidèle; 2° que maintenant Dieu va être véritablement mon Père, et moi son enfant; que je commence véritablement à être le disciple, le compagnon de Jésus. Cela me remplit de joie.

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« Pour assurer la parfaite observation de ce vœu, voici les choses que, pour le moment, je crois nécessaires ou utiles :

« 1° Je le déposerai dans le Cœur adorable de mon divin Sauveur, afin qu'il daigne le faire agréer à son Père, puis l'agréer lui-même et le prendre sous sa divine garde.

« 2° Je prierai la très sainte Vierge, saint Joseph, mon saint Ange gardien , de ni'aider, à cet effet, de leur intercession auprès de Dieu.

« 3° Tous les jours, à la sainte messe ou pendant l'action de grâces, je le renouvellerai pieusement avec mes autres vœux de religion.

« 4° Tous les dimanches, je ferai ma méditation sur ce vœu.

« 5° A la récollection du mois, ce vœu fera un des points principaux de ma revue, et, dans mon compte de conscience à mon confesseur, j'en ferai une mention spéciale, ainsi que dans ceux que je rendrai au R. P. Supérieur et au R. P. Provincial.

« 6° Je ferai toute ma vie, mais surtout cette année et les premières qui suivront, une étude spéciale, approfondie, amoureuse toujours et pratique de nos règles d'abord, ensuite de tout l'Institut, afin de savoir parfaitement et pour toujours toutes mes obligations et le véritable esprit dans lequel il faut les remplir. Pour cela, je me servirai encore des conseils et des exemples des religieux les plus parfaits.

« 7° Je me confesserai de tous mes manquements, soit pleinement, soit demi-pleinement délibérés, et je m'en punirai par une double pénitence, soit privée, soit publique, accusant la faute au réfectoire, si elle peut l'être.

« Il faut que je me garde des moindres imperfections. »

Dix-neuvième jour, Dimanche. — « Après toutes mes

réflexions, mes prières et mes larmes, je demeure toujours dans la persuasion que le bon Dieu attend ce vœu de moi, que le Seigneur le bénira et m'en adoucira beaucoup la pratique, que je n'ai rien à craindre et tout à espérer, et que par conséquent je puis, sans témérité et sans imprudence, aller en avant, que même je le dois.

« Par la grâce de Notre- Seigneur Jésus-Christ, je suis prêt à le faire, si Votre Révérence, qui est ma dernière ressource, le juge à propos pour la gloire de Dieu.

« Je le ferais, dès aujourd'hui, pour huit jours, non point par défiance, mais afin que l'expérience m'apprenne ce qu'il y aurait à élucider ou à préciser davantage. A Noël, je le ferai pour toute la vie. »

MÊME JOUR. — « Je reviens de la chapelle le cœur rempli d'une joie et d'une consolation intimes, tranquilles, mais aussi des plus douces que j'aie jamais goûtées. C'est le bonheur de ma première communion, du jour de mes vœux et de ma première messe. Que le bon Dieu est bon de se montrer si sensible à la misérable offrande de sa pauvre créature !

« Après m'être donc prosterné aux pieds de Notre-Seigneur, et après avoir réveillé ma foi en la présence réelle de son humanité sainte et de sa divinité dans le saint tabernacle, je lui ai offert, avec l'agrément du R. P. Instructeur, mon vœu pour huit jours, à peu près dans les termes suivants :

« Mon divin, mon bon et aimable Sauveur, vous êtes là véritablement présent avec ce corps, cette âme, cette divinité qui apparurent d'une manière à la fois si douce et si majestueuse sur le Thabor, au milieu de vos disciples et sur le Calvaire, et qui maintenant rayonnent d'une si grande gloire dans le ciel. Et moi, pauvre et indigne pécheur, je suis à vos pieds, et vous m'y souffrez avec bonté, et vous m'encouragez à vous faire l'offrande

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de mon pauvre cœur. Recevez- le donc pour le présenter tout entier à votre divin Père. Agréez, et faites-lui agréer le vœu que je fais en ce moment entre vos mains à sa divine Majesté, pour durer jusqu'au jour de Noël, à neuf heures du matin (à moins que je ne l'aie déjà renouvelé alors pendant les messes de ce jour), de faire toujours et en tout ce qui lui plaira davantage , à l'exemple de Jésus-Christ , son Fils bien-aimé.

« Ce que je promets là de faire n'est que justice, je le sais ; et, si je n'avais pas été si ingrat, j'aurais dû le faire depuis le premier usage de ma raison. Mais enfin je veux rendre à mou Créateur la gloire qui lui est due, à mon Père l'amour filial qu'il attend de son enfant adoptif, et à vous, mon divin Jésus, le retour que votre amour pour moi demande depuis si longtemps. Et c'est encore vous qui m'aiderez à acquitter ma promesse. Votre amour seul m'a poussé à cet acte qui serait téméraire, surtout de ma part, si je ne comptais entièrement sur votre grâce. Que votre grâce donc me soutienne et remporte encore ce triomphe sur les misères de ma nature.

« Dimanche prochain , j'espère pouvoir renouveler ce même vœu au pied de votre crèche, mais ce sera pour la vie. Ah! si ces pauvres étrennes pouvaient vous plaire, quel bonheur pour moi !... »

Vingt- DEUXIÈME jour. — « Voici le quatrième jour de mon vœu. Par la grâce de Notre-Seigneur, je ne vois rien en quoi j'y aie manqué tant soit peu volontairement. J'y vais bien simplement, en tâchant de profiter des occasions qui se présentent pour faire, comme je l'ai promis, ce qui me paraît le plus agréable au bon Dieu et à Notre- Seigneur. Le malin , pendant l'action de grâces de ma messe, je renouvelle ce vœu avec les autres, en me proposant de bien l'observer, et en jetant un coup d'œil sur la journée, afin de voir s'il n'y aurait pas quelque circon-

stance particulière où j'aurais à le mettre en pratique. Aux deux examens, je regarde en ce quoi j'y ai pu ou manquer ou être fidèle...

« La parole de Notre- Seigneur à la bienheureuse Marguerite-Marie au sujet de son vœu m'a plu beaucoup, et j'en espère beaucoup de facilité pour l'accomplissement du mien : a L'unité de mon amour te servira dans la multiplicité des actions, » Contra effasionem ad exteriora. (S. Bernard.) — Ubicumque fueris tuus esto ; noli le tradere , sed accommodare... »

Vingt-cinquième jour. — « Hier et ce matin, je me suis occupé de mon vœu. Une faute de dissipation commise hier m'a donné de vagues frayeurs pour ma fidélité à venir. En rentrant dans ma chambre, vers deux heures et quart, je m'approchai de la fenêtre pour la fermer, ef, en la fermant, la pensée me vint d'écouter un instant pour m'assurer si la bataille continuait. Tout en voyant vaguement que ce n'était pas bien et qu'il valait mieux faire le sacrifice de cette petite curiosité, comme je l'avais fait pendant et depuis la récréation, je me raisonnai en sens contraire, me disant ; Si je sais que le danger continue, je prierai avec plus de ferveur. Ce disant, je m'arrêtai deux secondes, je crois, jusqu'au premier coup de canon; puis je pris mon bréviaire, sans y penser davantage. Plus tard, la pensée me vint que j'avais été lâche, qu'il aurait été mieux de ne pas céder; que j'avais manqué à mon vœu de faire toujours et en tout ce qui est le plus agréable à Dieu; que c'était une faute vénielle, légère, tant qu'on voudra , mais une faute ; puis que de pareilles circonstances se présentant souvent, surtout dans la vie active, je tomberais continuellement; qu'en conséquence il vaudrait mieux ne pas faire mon vœu et me contenter d'une simple résolution dans le même sens, ou au moins de restreindre le vœu aux choses de quelque conséquence;

en tout cas qu'il fallait attendre, et que c'était une témérité à moi de viser à une perfection si haute, etc.

« Mais je compris bientôt que c'était là une tentation du diable qui voulait me décourager. Je n'ai pas cru devoir lâcher prise si facilement. J'ai réfléchi, j'ai prié de nouveau avec ferveur. Enfin j'ai reconnu que les prétendues difficultés alléguées n'en étant pas, en réalité, la seule chose que j'eusse à faire c'était de m'humilier de ma faute, d'en demander pardon à Notre- Seigneur, et de me relever avec un courage nouveau et une ferveur redoublée.

« Cependant, par respect pour la Majesté divine, à laquelle surtout il ne faut promettre que pour tenir, dans le but aussi d'opposer une barrière infranchissable aux craintes vaines et aux scrupules que le démon chercherait à m'inspirer, et de raviver sans cesse ma ferveur première, je crois qu'il est mieux, d'ici à quelques mois , de le faire jour par jour, d'une messe à l'autre. Plus tard je verrai mieux ce qui me convient davantage. Ainsi l'affaire est faite, par la grâce de Dieu. »

Résolutions de ma grande retraite, 1870.

« Pour votre amour, ô Jésus, et appuyé sur voire grâce :

« Je ferai tous les matins, à la sainte messe, pour durer jusqu'à la messe du lendemain (en attendant que je mérite de le faire pour toute la vie), le vœu de faire toujours et en toute chose ce qui me paraîtra plaire davantage à la divine Majesté, selon votre propre exemple, disant avec vous : Qugs placita sunt ei facio semper ; — Ita, Pater ; — Eccc venio.

« C'est là ma résolution capitale ; elle renferme le vœu de mes règles.

« Je tâcherai de l'exécuter avec toute l'énergie de mon âme, dans le sens surtout du dévouement et de l'abnégation , conforme au troisième degré d'humilité ; et cela dès

4oS APPENDICE A L'ORAISON FUNÈBRE DU R. P. SENGLER

maintenant, afin que Thabitude de ces deux vertus fondamentales s'enracinent tellement dans mon cœur, que le choc des tentations qui m'attendent, loin de l'arracher ou de l'ébranler, ne fasse que la raffermir. »

A la suite de ces résolutions de 1870, on lit les simples lignes ajoutées successivement à la marge :

« Le 19 mars 1871, fait pour un an.

<v Le 19 mars 1872, renouvelé pour un an.

«. Le 19 mars 1873, renouvelé pour un an.

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