‹ Dieu dans l'histoireChapitre 4 sur 157 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

sèment de toute réalité liistorique aussi bien que toute individualité divine et humaine.

Bunsen, au lieu de prétendre ainsi déduire d'une spéculation abstraite la réalité hisloriquOi part de la réalité et de la vie, associe, pour ainsi dire, organiquement l'idée au fait, et suit pas à pas le Dieu vivant marchant avec l'humanité. La philosophie de l'histoire est pour lui le dernier mot de la connaissance des faits, et non le point de départ d'une logique abstraite qui les in- \enle.

Bunsen est véritablement le continuateur de Lessing dans son Éducation de VhumanUé, et de Herder dans ses Idées d'une philosophie de Vhistoire de rhumanité, mais il viviGe les données premières qu'il a reçues d'eux par l'idée de la conscience de Dieu dans le monde, c'est-à-dire de k conscience qu'a l'humanité de la présence de Dieu dans le monde et dans Tâme humaine, prin* cipe de toute religion et de tout progrès. Cette idée est bien à lui.

11 importe d'insister sui* ce point capital, que cette conscience de Dieu dans le monde n'est nullement, pour Bunsen, l'absolu ne se connaissant que dans le relatif, et que, pour lui, Dieu se connaît simultanément dans sa création progressive et dans son immuable éternité, La conscience de Dieu dans l'homme est à ses yeux l'aotion d'une cause extérieure sur Thomme; elle est lo libre don d'un créateur distinct de la créature, et non l'incarnation d'une cause qui se confond avec son eiïet. Quand Bunsen hésite sur le terme de personnalité appliqué à Dieu, c'est qu'il le trouve au* dessous de Dieu et non, pour ainsi dire, au-dessus de Dieu, comme chez les panthéistes hégéliens ; il le trcuve insuffisant pour exprimer la plénitude de la conscience que Dieu a de luimême; c'est la faute de l'imperfection des langues humaines.

Il est à peine besoin d'ajouter que Bunsen avait abandonné la doctrine de l'expiation sanglante par Jésus, idée qu'il attaque

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ïûème avec une grande énergie. Il ne Toit plus dans le Christ que ridée du dévouement, bien diiîérente de celle de Texpiation, et l'idée du modèle parfait, de Tidéal vivant.

La conséquence de Tuniverselle conscience de Dieu qu'il constate dans rhistoire, est pour lui que toute religion est révélée, et qu'il n'y a, entre le christianisme et les autres religions, que la différence entre des révélations partielles et une révélation parfaite.

Il entend par révélation une action toute intérieure, et considère comme inacceptable pour la raison la révélation conçue en tant que iait historique extérieur.

On voit que, si son sentiment religieux n'avait pas varié, ses idées s'étaient beaucoup modifiées depuis le point de départ. Son christianisme positif n'était plus séparé que sur un sail point de la philosophie théiste et de la croyance de ceux des protestants libéraux qui ont été logiquement jusqu'au bout de leur pensée.

Ce point, dont personne, d'ailleurs, ne peut méconnaître Timpoi-tanoe, c'est qu'il voyait dans le christianisme la révélation parfaite, et, dans la personnalité unique de Jésus, la perfection absolue, tandis que les autres ne voient dans le christianisme évaagélique et dans le Christ historique que la supériorité relative.

Avec Bunsen, le surnaturel, tel qu'on l'entend communément, disparait de l'histoire. L'auteur de Dieii dans VUistoire ne reconnaît rien de surhumain que la perfection idéale réalisée en Jésus, on, comme on dirait dans la langue de la théologie, l'association parfaite de l'âme humaine de Jésus avec le Vbrbe divin. Là où Jean Reynaud, dans son Saint Paul y dislingue le Médiateur idéaly le type étemel et parfait de l'universelle humanité existant seulement dans la pensée de Dieu, d'avec la personne historique de Jésus de Nazareth, Bunsen continue à les identifier, restant sur ce point dans le christianisme j9oW(J^ et historique.

xnn KOTICE

L'essentiel de l'histoire, pour Bunsen, est le double développemenl des religions sémitique et aryenne, venant se rènnir dans le Christ, centre de l'histoire.

Il pensait que, bien que la Bible fût l'œuvre des Sémites, l'esprit aryen en avait seul découvert le sens universel et historique.

Il est à peine besoin de dire que, tout en maintenant à la Bible une importance souveraine et en la considérant comme devant être la base principale de Féducation des hommes, il n'admettait en aucune façon Tinfaillibilité de la lettre biblique. C'est avec le libre esprit, disait-il, qu'on doit chercher l'esprit de Dieu dans la Bible.

Il n'était pas un mystique, puisqu'il rejetait le surnaturel, mais il n'était pas davantage un rationaliste, dans le sens étroit du mot, car il distinguait la raison de la conscience, et c'était la conscience qui était pour lui le principe supérieur dans l'homme.

Quelque importance qu'il attachât à l'accord entre Tévidence extérieure et historique qui se montre dans les livres saints et l'évidence intérieure, il reconnaissait la seconde évidence, celle de la conscience, comme supérieure à l'autre. L'évidence par l'esprit, disait-il, est la propre évidence de Dieu.

Il avait entrepris un grand travail sur la Bible ; c'était une révision de la traduction de Luther, destinée à la mettre au niveau de la science moderne.

A la révision de la traduction de Luther, devait succéder une Histoire de la Bible ^ un ensemble de considérations sur les grands événements et les grandes individualités des Écritures.

Bunsen reconnaissait, dans les fastes du peuple juif, une histoire qu'on devait mesurer à la même mesure que toute autre histoire.

Il est à observer que le catholique baron d'Eckstein a pratiqué, sinon formulé théoriquement la même méthode, au moins dans

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les questions d'origines et dans font ce qui se rapporte à rethnograpbie de la Genèse.

En fondant ce que Bunsen appelle Vexiérieur de la Bible, c'est-à-dire Thistoire hébraïque, dans l'histoire universelle, au lieu de la laisser à l'état de légende, l'un et l'autre de ces deux grands investigateurs de l'antiquité première ne croyait nullement compromettre le sens intérieur, spirituel et religieux de la Bible.

Dans le système de Bunsen, la Bible, examinée d'après la méthode générale de l'histoire, garde sa valeur essentielle, puisqu'on y voit les relations de l'homme, en tant que libre individualité morale, avec Dieu, fixées par un lieu plus fort et plus indissoluble que dans les traditions d'aucune autre histoire.

Ces relations de Thomme avec Dieu, suivant Bunsen, ne réclament point la nécessité d'autres miracles que l'existence de l'univers comme manifestation de la libre volonté de Dieu, et que le développement du principe divin dans l'humanité par les actes de la volonté libre, morale, et par conséquent divine. Ces mirades-Iu , pour lui , ne se manifestent complètement et sans mélange que d:ins le religion de la Bible et non dans les autres religions.

VHistoire de la Bible devait être terminée par une Vie de Jésus, qui eût couronné l'ensemble de l'œuvre de Bunsen sur les Écriture5. Au résultat négatif du crilicisme moderne qui regarde le Clirist des Évangiles comme un mythe, et qui réduit à peu près & rien sa vie réelle, Bunsen eût opposé la réalité vivante et historique de la personne de Jésus, comme résultant précisément de l'application d'une rigoureuse critique aux Évangiles.

Sur cette grande question comme sur toutes les autres, Bunsen, accusé de panthéisme par les orthodoxes, personnifie la plus énergique réaction du principe de la libre personnalité contre l'école mythique allemande, qui n'est que le pnthéisme appliqué à l'bis-

n NOTICE

toire. La question de la formation du ehristknisme n'est que Tapplication la plus éclatante des deux systèmes opposés. L*un n'y voit que la concentration et la cristallisation des éléments préexistants ; Tnutre y reconnaît le résultat d'une volonté libre et morale, d'une vivante individualité.

Le caractère particulier de la Vie de Jésus de M. Renan est d'être entre les deux systèmes, eu ce sens que l'auteur, rapproché de la philosophie hégélienne sur le terrain de la métaphysique^ est, sur le terrain de l'histoire, entièrement avec Técole qui maintient les grandes individualités initiatrices.

Si profonde que puisse être la diflérence entre les vues de H. Renan et celles de Bunsen, il y a entre eux un second rapport, c*est la défense de l'autorité historique de l'Évangile de saint Jean contre l'école de Tubingcn ; nous entendons par là le rejet de l'opinion ultra-sceptique d'après laquelle le quatrième évangile ne serait qu'une sorte de roman allégorique, ne répondant à aucune tradition réelle. Bunsen allait plus loin en faveur du quatrième évangile; mais M. Renan va au moins jusque-là, et maintient à cet évangile une valeur historique au moins égale à celle des trois synoptiques, qiiant aux faits, sinon aux discours.

Le temps a manqué n Bunsen pour écrire sa Vie de Jésus y comme il a manqué à Jean Reynaud pour traiter, avec le développement qu'il projetait, la question souveraine du Verbe et du Médiateur, qu'il a du moins largement esquissée dans son Saint PaulK

Il eût été du plus haut intérêt de pouvoir comparer au complet les quatre points de vue différents de Bunsen, de Reynaud, de Strauss et de Renan.

Les dernières années de Bunsen s'écoulèrent, eu majeure partie, dans une laborieuse retraite à Heidelberg et à Bonn. Il

* Voir Œuvres choisies de J. Reynaud, Études encyclopédiques ^ t. V% Saint Paul, et 1. 111, Fragments et notes diverses, p. 590-593.

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passa les hivers de 1858 et 1859 à Cannes, dans la plus belle oontrée de notre Provence, avec des intervalles de séjour à Paris. Partagé longtemps entre rAUemagne et TAngleterre, il donna, sur la fin de sa carrière, une part notable de lui-même à la France. Au point de vue politique aussi bien que philosophique, le sentiment de la fraternité européenne avait toujours été croissant chez lui, et il sympathisait entièrement avec la délivrance de l'Italie, de même qu'il aspirait à la régénération de l'Allemagne, dans un esprit non pas de compétitions internationales, mais de paix européenne et de liberté.

Cette belle vie , à laquelle des années d'activité semblaient encore promises; s'acheva à Bonn vers Ja fin de Tété de 1860.

Le nom de Bunsen est connu et respecté du public français. Ses idées et ses travaux ont été plus d'une fois résumés et discutés dans nos journaux et surtout dans nos revues ; M. Edouard Laboulaye, particulièrement, a exposé, dans la Revue des Deux Mondes, avec autant de lucidité que de sympathie, ce qui concerne VBippolpe et son siècle et la lutte avec le parti orthodoxe allemand.

La coiuiaissance directe des œuvres de Bunsen est cependant peu répandue parmi nous. Notre public n'est pas familier avec la littérature allemande, surtout avec la littérature religieuse, et la terme un peu surabondante de Bunsen et son ordonnance un peu trop complexe et surchargée pour les habitudes de l'esprit français, sont une difficulté de plus. VÉgypte et le Christianisme et l'humanité ne dépasserontjamais chez nous le domaine spécial des hommes d'étude ; mais il était à souhaiter qu'un autre ouvrage de Bunsen, celui qui présente le plus grand ensemble, qui donne ridée la plus générale de ses vues et montre sa philosophie de l'histoire en action à travers l'histoire universelle, il était à souhaiter, disons-nous, que le Uvre de Dieu dans VHistaire sortit de ce cercle un peu étroit pour arriver jusqu'à notre public.

XXII MOTIGB

il y avait là une dilfîculté considénUe à i*ésoudre. Ce que nous disions tout à l'heure des œuvres de Bunsen: ea général, était applicable à Dieu dans V Histoire comme au reste. C* livre n'était pas écrit ni composé pour la France. Une traduction pureetaimpie de ces trois gros volumes n'eût pas atteint le but et u*6Ût été lue chez nous que par un très-petit nombre. Ne pouvant espérer une publicité suffisante, elle n'eût servi efficacement ni la mémoire de Bunsen, ni le public français. Il fallait donc essayer une réduction de l'œuvre qui en dégageât la pensée en supprimant beaucoup de développements et de détails.

Bunsen, pas plus que ces Pères de TÉglise des premiers siècles, au souvenir de laquelle il se référait, ne s'était donné le loisir de faire œuvre d'art en répandant à flots des connais<^ances, des sentiments et des idées, et il eût approuvé, nous pouvons même dire qu'il avait approuvé d'avance et souhaité tout ce qui pouvait .«lervir à l'eipansion de sa pensée.

L'auteur de Terre et Ciel, qui différait de Bunsen en ce que, d'une part, il dégageait complètement la théodicée d'avec la théologie positive, et que, d'une autre part, cette séparation une fois accomplie, il maintenait pleinement, au nom de la philosopliie, la théodicée chrétienne telle que l'avait développée la métapliy* sique trinitaire, Jean Reynaud n'en reconnaissait pas moins, chez le philosophe allemand, ce grand souffle d'individualité morale et de libre esprit religieux, ce sentiment si droit et siproond du vrai progrès du monde, conçu comme résultant du concours de deux volontés libres, celle du créateur et celle de la créature. U considérait comme fort utile de mettre le fond essentiel du livre de Bunsen à la portée des lecteurs français.

Les souflrances et la fin prématurée qui ont arrêté le cours de ses propres travaux ont prévenu le dessein qu'il avait d'aider à l'expansion parmi nous de ceux de Bunsen.

L'auteur de cette notice, pensant qu'il serait à regretter que

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ce projet ne fùl pas réalisé, 8'ei>t eiitetidu à ce sujet avec H. le professeur Dietz, traducteur des Dieux de V ancienne Rome, de PreOer, et auteur de divers travaux estimés. H. Dielz n*a pas cru que le meilleur plan à suivre dans une réduction nécessaire fût de réduire, dans une proportion égaie, les diverses parties de Tœuvre; il a pensé qu'il valait mieux ne donner qu'en abrégé certaines portions, en laissant un développement plus étendu aux parties qui paraissaient de nature â intéresser davantage le public français.

D'après ce point de vue, tout ce qui concerne Tancienne Grèce occupe une place proportionnellement très-large dans la traduction réduite, tandis que les chapitres relatifs aux Hébreux sont plus limités, et ceux qui regardent l'histoire moderne, bien plus encore.

La raison en est que, si la littérature grecque et l'art grec sont bien connus chez nous, la religion grecque, ou, plus exactement, les idées religieuses des Grecs, le sont fort mal. Nous vivons exclusivement à cet égard sur certains textes et certaines données, et nous en négligeons d'autres qui nous ouvriraient des perspectives bien différentes. Nous renvoyons à l'œuvre même que nous annonçons ici, pour l'explication de ce que nous ne pouvons qu'indiquer maintenant, et nous nous bornerons à faire remarquer que Bunsen, écrivant sur les Grecs au point de Yue d une philosophie toute chrétienne, arrive à les juger absolument de la même manière que la petite école néo- hellénique qui renouvelle chez nous, au dix-neuvième siècle, l'idéal païen de la Renaissance du seizième siècle, et dont M. Louis Hénard est le philosophe et M. Leconte-Delisle, le poète. Cette identité de conclusion, avec deux points de départ si différents, est déjà une assez forte garantie que la conclusion est juste. Les textes ne nous semblent pas laisser subsister de doutes.

L'histoire moderne était la partie de l'œuvre qu'il convenait le

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