DE L'AME DANS LE RÈGNE ANIMAL
lure la vie et les mœurs des animaux. C'est surtout par Pobservation directe que Ton peut personnellement s'instruire sur cette précieuse qualité donnée aux espèces vivantes pour assurer leur conservation, et il suffit d'avoir constaté les marques touchantes de cette loi universelle pour juger de sa valeur au point de vue du dessein de la création.
Il importe avant tout de distinguer Y intelligence de Vinstinct. Les animaux ont à la fois de rinlelligence et de l'instinct : ce sont là deux facultés bien distinctes. Dans la première, ils pensent, réfléchissent, comprennent, choisissent, se décident, se souviennent, acquièrent de l'expérience, aiment, haïssent, jugent, suivant des procédés analogues à ceux de l'intelligence humaine. Par la seconde, ils agissent suivant une impulsion intime, sans avoir appris, sans connaître, sans même avoir conscience du motif ni du résultat de leurs actions. Quelques exemples sont nécessaires pour bien définir ces caractères.
Buffon parle dans les termes suivants d'unjeune orang-outang qu'il avait observé : « J'ai vu, dit-il, cet animal présenter sa main pour reconduire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comme de compagnie ; je Tai vu s'asseoir à table, déployer sa serviette, s'en essuyer les lèvres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter à sa bouche, verser lui-même sa boisson dans un verre, le choquer lorsqu'il y était invité, aller prendre une tasse et une soucoupe,
rapporter sur la table, y mettre du sucre, y Terser du thé, le laisser refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instigation que les signes ou la parole de son maître et souvent de lui-môme. Il ne faisait de mal à personne, s'approchait même avec circonspection, et se présentait comme pour demander des caresses, » etc. M. Flourens ajoute qu'il y avait au Jardin des Plantes un orang-oufang aussi remarquable par son intelligence. II était fort doux, aimait singulièrement les caresses, particulièrement celles des petits enfants, jouait avec eux, cherchait à imiter tout ce qu'on faisait devant lui, etc. Il savait très-bien prendre la clef de la chambre où on Tavait mis, renfoncer dans la serrure, ouvrir la porte. On mettait quelquefois cette clef sur la cheminée, il grimpait alors sur la cheminée au moyen d une corde suspendue au plancher, et qui lui servait ordinairement pour se balancer. On fit un nœud à cette corde pour la rendre plus courte. Il défit aussitôt ce nœud.
Comme celui de Buffon, il n'avait pas Timpatience, la pétulance des autres singes ; son air était triste, sa démarche grave, ses mouvements mesurés.
Le professeur alla un jour le visiter avec un illustre vieillard, observateur. fin et profond. Un costume un peu singulier, une démarche lente et débile, un corps voûté, fixèrent, dès leur arrivée, Tatlention du jeune animal. Il se prêta avec complaisance à tout ce qu'on exigea de lui, Fœil toujours attaché sur l'objet de sa curiosité. On allait