‹ Dieu dans la natureChapitre 140 sur 167 · DE L'INTELLIGENCE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DE L'INTELLIGENCE DES ANIMAUX

se retifer, lorsqu'il s'approcha de ion noiîTeaù ^i* siteur, prit, ayec douceur et malice, le bâldti qu'il tenait à la main, et feignatit de s'appuyer dessus, courbant son dos, ralentissant ses pas, il fit ainsi le tour de la pièce où ils étaient, imitant la pose et la marche du vieillard. Il rapporta ensuite le bâton, de lui-même. II était facile de s'apercevoir que lui aussi savait observer.

F. Cuvier observa également des faits non moins curieux. Son jeune orang-outang se plaisait à grimper sur les arbres et à s'y tenir perché. Oit fit un jour semblant de vouloir monter à Pun de ces arbres pour aller l'y prendre, mais aussitôt il se mit à secouer Tarbre. Il agit ainsi toutes les fois qu'on voulut l'aller prendre sur l^arbre. « De quelque manière, dit F. Cuvier, que Ton envisage cette action, il ne sera guère possible de n'y point voir le résultat d'une combinaison d'idées, et de ne pas reconnaître dans l'animal qui en est capable la faculté de géhéraliser. » En effet, l'orang-outang concluait évidemment, ici, de lui aux autres : plus d'une fois l'agitation violente des corps sut* lesquels il s'était trouvé placé, l'avait effrayé; il concluait donc de la crainte qu'il avait éprouvée h la crainte qu'éprouveraient les autres, ou, en d'autres termes, et comme le dit F. Cuvier, a d'unfi circonstance particulière, il se faisait une règle générale. 0

M. Flourens rapporte un exemple d'an curieux trait d'intelligence observé au Jardin des Plantes. On avait plusieurs ours : on en avait trop. On réso-

lut de se défaire de deux d'entre eux ; et l'on imagina de se servir, pour cela, de Vacide prussique. On versa donc quelques gouttes de cet acide dans de petits gâteaux. A la vue des gâteaux, les ours s'étaient dressés sur les pieds de derrière ; ils ouvraient la bouche : on réussit à faire tomber quelques gâteaux dans leur bouche ouverte; mais aussitôt ils les rejetèrent et se prirent à fuir. On pouvait croire qu'ils ne seraient plus tentés d'y toucher. Cependant, on vit bientôt les deux ours pousser avec leurs pattes les gâteaux dans le bassin de leur fosse ; là, les agiter dans Teau ; puis les flairer avec attention ; et, à mesure que le poison s'évaporait, s'empresser de les manger. Ils mangèrent ainsi tous les gâteaux très-impunément : ils avaient montré trop d'esprit pour que la décision ne fût pas changée; on leur fit grâce.

Plutarque assure avoir vu un chien « jeter de petits cailloux dedans une cruche qui n'était pas du tout pleine d'huile, m'ébahissant, dit-il^ comme il pouvait faire ce discours en son entendement, que l'huile monterait par force, quand les cailloux, qui étaient trop pesants, seraient descendus au fond de la cruche, et que l'huile qui était plus légère^ leur aurait cédé la place. »

Buffon a écrit de très-belles paroles sur l'intelligence du chien ; mais il ne Ta pas encore comprise à sa haute valeur. 11 est dans l'histoire de la gent canine, des exemples d'intelligence, d'habileté, de raisonnement, de jugement, et des exemples d'affection, de dévouement, de reconnais»

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