OBJECTIONS CURIEUSES FAITES A DIEU
complètement l'élat de l'univers? Que répondezvous? — « Sans doute, il ne nous est pas encore donné de savoir au jusle pourquoi la matière a pris tel mouvement à tel moment, mais la science n'a pas prononcé son dernier mot, et il n'est pas impossible qu'elle nous fasse connaître un jour l'époque de la naissance des globes. » Telle est la réponse définitive de ces messieurs. Ils avouent encore un peu d'ignorance. Que sera-ce, lorsqu'ils croiront absolument tout connaître? 0 science! sont-ce là les fruits de ton arbre?
C'est bien ici le cas d'avouer, avec l'Allemand Bûchner lui-même, que « ce qu'on appelle ordinairement la profondeur de l'esprit allemand est plutôt le trouble des idées que la vraie profondeur de l'esprit. Ce que les Allemands nomment philosophie, ajoute le même écrivain, n'est qu'une manie puérile de se jouer des idées et des mots, pour laquelle ils se croient en droit de regarder les autres nations par-dessus l'épaule, v
Il n'y a ni sagesse, ni intelligence, ni ordre, ni harmonie dans l'univers I ! Pareille accusation estelle sérieuse? Il est permis d'en douter.
Au mois d'octobre 1604, une magnifique étoile apparut soudain dans la constellation du Serpen< taire. Les astronomes furent en grand émoi, car celte apparition semblait étrangère à l'harmonie des cieux. On ne connaissait pas encore les étoiles variables. Venait- elle de naître fortuitement? Était' ce le hasard qui l'avait enfantée? C'étaient là les questions que Kepler se posait, lorsqu'un petit
incident se présenta.. .*« Hier, dît-il, au milieu de mes méditations, je fus appelé pour dîner. Ma jeune épouse apporta sur la table une salade. — Pensestu, lui dis-je, que si, depuis la création, des plats d'étain , des feuilles de laitue, des grains de sel, des gouttes d'huile et de vinaigre, et des fragments d'œufs durs flottaient dans Tespace en tous sens et sans ordre, le hasard pût les rapprocher aujourd'hui pour former une salade? — Pas si bonne, à coup sûr, répondit ma belle épouse, ni si bien faite que celle-ci. »
Nul n'osa regarder Tétoile nouvelle comme ime production du hasard, et nous savons aujourd'hui que le hasard n'a aucune place dans les mouvements célestes. Kepler vécut' dans une véritable adoration de l'harmonie du monde. Il eût pris pour de Textravagancc le doute sur ce point. Les fondateurs de l'astronomie s'accordent dans cette admiration ; Copernic, Galilée, Tycho-Brahé, Newton , lèvent la même main que Kepler ^
Ce ne sont pas des astronomes qui accusent le ciel de manquer d'ordre.
0 mondes splendides ! étoiles, soleils de Pespace, et vous, terres habitées qui gravitez autour de ces centres brillants, cessez vos mouvements harmonieux, suspendez votre cours. La vie rayonne sui
* plus Thomme s'avance dans la pénétration des secrets de U nature et mieux se découvre à lui l'universalité du plan éternel c Si stellse fixse, dit Newton (Phil, ncU. Principia math., Sc?mI, gen.) sint centra similium systematum, liœc omnia simili consilio conslrucla subcrunt unius dominio. » — Cf. aussi Kepler, lïar-' nwnkes Mundi.
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\otre front, Fintelligence habite sous tos tentes, et TOS campagnes, comme celles de la Terre, reçoivent des soleils variés qui les illuminent la source féconde des existences. Vous êtes portés dans rinâni par la même main qui soutient notre globe, par cette loi suprême sous laquelle le génie incliné adore la grande cause. D'ici, nous suivonsvos mouvements, malgré les distances innommée qui vous disséminent dans Pétendue, et nous observons qu'ils sont dirigés, comme les nôtres, par ces trois règles géométriques que le génie patient de Kepler parvint à formuler. Du fond des célestes abimes, vous nous enseignez qu'un ordre souverain et unirersel régit le monde. Vous racontez la gloire de Dieu en des termes qui laissent bien loin derrière eux ceux des astres du roi-prophète ; vous écrivez dans le ciel le nom mystérieux de cet être inconnu que nulle créature ne peut même pressentir. Astres aux mouvements formidables, foyers gigantesques de la vie universelle, splendeurs du ciel I vous vous inclinez comme des enfants sous la volonté divine, et vos berceaux aériens se balancent avec confiance èous le regard du Très-Haut. Vous suivez humblement la route tracée à chacun de vous, ô voyageurs célestes, et depuis les siècles reculés, depuis les âges inaccessibles où vous sortîtes autrefois du chaos antique, vous manifestez la prévoyante sagesse de la loi qui vous guide... Insensés I masses inertes I globes aveugles ! brutes de la nuit I que faites-vous? Cessez ! cessez voire témoignage éternel. Arrêtez le tourbillon colossal de vos multiples
cours. Protestez contre la force qui vous entraine. Que signifie celte obéissance servile? Fils de la matière, est-ce que la matière n'est pas la souveraine de l'espace? est-ce qu'il y a des lois intelligentes? est-ce qu'il y a des forces directrices? Non, jamais. Vous èles dupes de Terreur la plus insigne, étoiles de l'infini! Vous êtes le jeu de l'illusion la plus ridicule. Écoutez : au fond des vastes déserts ai l'espace, dort obscurément un petit globe inconnu. Avez-vous aperçu parfois, parmi les myriades d*étoiles qui blanchissent la Voie lactée, une petite étoile de dernière grandeur? Eh bien, cette petite étoile est un soleil comme vous, et autour d'elle tournent quelques miniatures de mondes, mondes si petitS) qu'ils rouleraient comme des billes à la surface de Tun des vôtres. Or, sur Tun des plus microscopiques deces microscopiques mondicules, il y a une race d'êtres raisonneurs, et dans le sein de Qette race, un camp de philosophes, qui viennent de déclarer nettement, ô magnificences ! que votre Dieu n'existe pas. Ils se sont levés, ces superbes pygmées, ils se sont haussés sur la pointe de leurs pieds, croyant vous voir d'un peu plus près. Us vous ont fait signe d'arrêter, et puis ils ont dit au monde que vous les aviez entendus et que la nature entière était de leur avis. Ils se proclament hautement les seuls interprètes de cette nature immense. Si l'on en croit leur espérance, c'est à eux qu'appartient désormais le sceptre de la raison, et l'avenir de la pensée humaine est entre leurs mains. Us sont fermement convaincus, non-seule-