NÉGATIONS MATÉRIALISTES
vers ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils affirment sans preuve les propositions les plus contestables. « Les propriétés de l'azote, disent-ils, du carbone, de l'hydrogène et de Toxygène, du soufre et du phosphore, résident en eux de toute éternité. Prouvez- nous le contraire. Vous vous taisez? Donc vous avez tort. » Et le tour est joué. Les propriétés de la matière ne peuvent pas changer, quand elle entre dans la composition des plantes et des animaux. Par conséquent, il est évident que l'hypothèse d'une force particulière à la vie est tout à fait chimérique I
On objecte enfin que cette force n'existe pas parce qu' « une force sans substrat matériel est une idée abstraite, dépourvue de sens. »
Nous ne voyons pas qu'il soit nécessaire d'admettre ou qu'une force typique n'existe pas, ou que cette force soit en dehors de la matière. Nos négateurs commettent encore ici la môme erreur , que celle qu'ils ont commise dans la question de Dieu lorsqu'ils déclarent que pour admettre l'existence de cette puissance, il faut nécessairement la concevoir en dehors du monde. C'est toujours lo même principequi est en jeu. Il nous serait facile, au surplus, de démontrer que toutes les connaissances de l'homme se réduisent, en définitive, h la notion de la force et de l'étendue ; nous pourions appeler en témoignage les mathématiques, la physique, la chimie, l'histoire naturelle dans ses trois règnes: minéralogie, botanique et zoologie ;la science de l'homme: psychologie, esthétique, morale, théo-
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logie naturelle, philosophie. Toutes ces sciences ' aboutiraient au môme nœud des problèmes : la force et l'étendue. Mais ce n'est pas ici le lieu de faire un dictionnaire. Qu'il nous suffise de considérer au point de vue de la vie cette double question et de remarquer encore la primauté de la force sur retendue.
Bichat définissait la vie : ^ensemble des fonctions qui résistent à la mort. Sans prendre puérilement au mot celte définition, quelle est la première image que nous offre l'examen de la structure d'un végétal ou d'un animal? C'est la coordination des fonctions organiques qui constituent Têtre vivant. Et qu'estce que cette coordination, sinon un système de forces destiné au mouvement de la machine animée. L'idée dynamique domine d'abord à ce point de vue : exilons-la, il ne reste plus qu'un cadavre.
Si, de la description de l'organe approprié à sa
fonction et de cette idée de forces particulières,
/ "^ nous remontons à l'ensemble de l'être et à sa con-
CJ^6Ul>A4-- servation du commencement à la fia de son exis-
kaxav «>^--*^5^^tence, nous observons avec Cuvier que « la vie est
aa wa^^- un tourbillon continuel, dont la direction, toute
vu^ «^ ^*»-»<iiMîompliqucc qu'elle est, denqeure constante^ ainsi
\^z â^^jl^ que Tespôce de molécules qui y sont entraînées,
1 1 t^ Jt' mais non les molécules individuelles elles-mêmes. »
^^^.^.^^Jité^ Ici encore, nous reconnaissons la présence de la
force qui, à travers les mutations incessantes des corps, assure et maintient l'identité de leur forme; elle est le plus important caractère de cet organisme. Et remarquons ces paroles de Cuvier : « Les
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molécules individuelles sont en circulation perpo * luelle, mais V espèce de molécules reste la môme. » Cette permanence, nous la devons à la force.
Que serait-ce, par exemple, si la formeseuleélait sauvegardée, el qu'aucune direction virtuelle ne présidât à Téleclion des molécules chimiques? On aurait bientôt le corps le plus hétérogène qu'on pût imaginer, quoiqu'il gardât la perfection de sa forme. Imaginez, par exemple, que Télémenl qui constitue la virginale blancheur de ce teint, Tincarnat de ces lèvres, la finesse de celte bouche, la délicatesse du nez, la nuance expressive de ces yeux, se trouve au hasard remplacé par des molécules d'autre espèce, par de l'iode, qui noircit à la lumière, par de l'acide butyrique, qui fond au soleil, par quelque sel qui se dissout à rhumidité, etc. L'humanité aurait là un -4- • ^'
beau personnel I Voilà pourtant où l'on en vient en prétendant qu'une force vitale n'existe pas.
De l'individu passant à Pespèce, nous observons, ici encore, la prédominance nécessaire de la force. Si chaque individu reste vivant, c'est grâce à sa dynamique intime. Si les espèces végéfales ou animales demeurent, c'est grâce à la force initiale qui seule peut caractériser l'identité d'espèce, qui se transmet par la génération et qui existe, à l'étal latent ou sensible, dans l'œuf végétal el dans Tœuf animal.
D'où vient que ce chône immense est éclos d'un gland tombé dans l'humus? D'où vient qu'il est devenu chêne y à côté de la fève d'où est sorti le hêtre j de la pomme d'où s'est élancé le jnn, de l'amande
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sur la tombe de laquelle le cornouiller déploie ses baies écarlales; à côté du grain de blé ou d'avoine^ dans le même terrain, sous le même rayon de soleil et les mêmes gouttes de pluie, en un mot dans une condition identique? D'où vient que les éléphants d'aujourd'hui sont exactement les mêmes que ceux dont se servait Pyrrhus il y a vingt siècles, cl que Je corbeau de Noé (si Noé il y a) était vêtu du même deuil que ces bandes croassantes qui rayent notre ciel de septembre? Sinon que le germe organique / ne réside pas seulement dans la structure anatomique, mais encore et surtout dans une force spéciale qui se charge d'organiser l'être sans jamais se tromper de sens, et sans donner une tête de mouton au cheval ou des pattes de canard au lapin [
Puisque vous affirmez avec tant de passion qu'il n'y a aucune force spéciale dans les êtres vivants, et que la vie n'est autre cliose qu'un résultat de la présence simultanée de3 molécules qui constituent le corps animal ou végétal, essayez donc au moins ' Ur iituitv. de démontrer ces audacieuses affirmations par une "Vwvi ^ eJi modeste expérience. Construisez seulement un
être vivant, et... nous vous en féliciterons. Voyons. Voici une bouteille contenant du carbonate d ammoniaque, du chlorure de potassium, du phosphate de soude, de la chaux, de la magnésie, du fer, de l'acide sulfurique et de la silice. De votre aveu même*, le principe vital complet des plantes et des animaux est renfermé dans ce flacon. Or, faîtes
* Circulation delaviCfi. 11^ lettre xy.