CE QUE FAIT LA CHIMIE ORGANIQUE
pcul s*unir à Tazote pour former de l'ammoniaque. De plus» on peut aller du cyanogène àj l'ammoniaque : on n'a qu'à exposer à l'air du cyanogène dissous dans Peau, pour voir se séparer du liquide des flocons bruns, signes d'une décomposition, 5 la suite de laquelle on trouve de l'acide carbonique, de l'acide prussique, de l'ammoniaque, de Toxalate d'ammoniaque et de Turée dissous dans le liquide. L'acide oxalique est une combinaison de carbone et d'oxygène qui, pour la même quantité de carbone, ne contient que les trois quarts du poids de l'oxygène de l'acide carbonique. I/acide oxalique est la cause du goût acide de l'oseille, deToxalide, et de beaucoup d'autres plantes. C'est un acide organique que, d'après ce qui vient d'être dit, nous pouvons préparer aux dépens de corps simples, sans le secours d'aucun organisme. « Ainsi nous connaissons maintenant trois substances, s'écrie Molescholt: une base organique, l'ammoniaque; un principe acidifiant organique, le cyanogène ; et un acide organique, l'acide oxalique, que nous pouvons fabriquer avec des corps simples. 11 n'y a que quelques années qu'on croyait encore de tous les trois qu'on pouvait bien les préparer en décomposant les combinaisons organiques plus complexes mais qu'il n'était pas possible de les obtenir avec de simples éléments. Dans l'ammoniaque, nous avons une combinaison d'azote et d'hydrogène, sans partir des corps organiques. Cette énigme, que le sphinx de la force vitale nous opposait comme un épouvantail, pour nous empêcher d'à-
vancer dans la préparation artiûcielle des combinaisons organiques, Berthelol l'a résolue. Il a jelé à bas le sphinx et ses adorateurs, et les a remplacés par une foule d'investigateurs, à qui il a mis sous la main les fils dont ils se serviront pour pousser plus avant le tissu de leurs découvertes en reproduisant de toutes pièces le monde organique. » '
Nous ajouterons qu'on obtient aujourd'hui Tacide acétique en faisant passer une combinaison de soufre et de carbone par trois états que nous ne ferons qu'indiquer : perchlorure de carbone, chlorure de carbone, acide chloracétique, et que la combinaison directe du carbone et de Thydrogène donne la synthèse de Facétylène*.
Il est encore plus facile de préparer l'acide formique à l'aide de corps simples seulement, ainsi que le professeur du Collège de France y est arrivé en faisant agir de la potasse humide sur du gaz oxyde de carbone, dans un ballon de verre fermé à la lampe, durant soixante-douze heures, sous une chaleur de 100 degrés*.
D'ailleurs, la nature tire les substances organiques des mêmes sources auxquelles les chimistes les empruntent dans les expériences de leurs laboratoires.
Certes, nous applaudissons des deux mains (il est
* V. Berthelot, Chimie organique fondée sur la synthèse et Leçons sur tes méthodes générales,
* On peut consulter avec intérêt sur les récents progrès de ia cliimie organique les Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences^ en ces dernières années surtout.
CE QUE FAIT LA CHIMIE ORGANIQUE. Iff
vrai qu'on ne peut guère applaudir d'une seule), à ces admirables tentatives de la science, et ce n'est pas à nous que Ton puisse jamais reprocher de mettre des entraves au progrès du génie cpéa- Icur de l'homme. L'homme est sur la Terre pour apprendre à connaître la nature et pour se rendre maître de la matière. Le « Connais-toi toi-même » des anciens s'est traduit de nos jours parTétude du monde extérieur, et c'est par celte étude féconde que nous apprendrons véritablement à nous con* naître nous-mêmes. ^
Nous croyons avec M. Maury que l'intérêt de tant de découvertes vaut bien la peine qu'on tente quelque effort pour les comprendre. Quelle science est plus faite pour nous captiver que celle qui nous révèle de quelle matière nous sommes formés, de quoi nous nous nourrissons; avec quelles substances nous sommes en contact; quels effets physiques se produisent en nous, hors de nous; où passent ces parties que nous nous assimilons, que nous rejetons incessamment? Ce ne sont pas là des affaires particulières, des intérêts du moment : ce sont des problèmes qui touchent à l'humanité physique tout entière : c'est le monde des êtres auquel nous appartenons qui est ici enjeu. Nous dépensons beaucoup d'intelligence et de travail à pénétrer dans le dédale de contestations mesquines et de faits insignifiants, et nous n'aurions pas souci d'apprendre ce qui a bien autrement d'intérêt, à savoir ce qu'est la merveilleuse nature au sein de laquelle nous naissons, nous vivons, nous mourons, qui nous
précède et qui nous survit, qui fournit à toutes les générations les principes mêmes qui les font exister !
Mais nous ne nous associons pas pour cela aux prétendues conséquences que MM. les malérialisles en déduisent, conséquences que MM. Betlhelot, Pasieur, et les chimistes praticiens répudient les premiers. Us prétendent avoir le mot le plus difficile de l'énigme, depuis que Ton produit le gaz artificiel avec des corps simples. Quand on mêle du cyanate de potasse avec du sulfate d'ammoniaque, la potasse se combine avec de l'acide sulfurîque et l'acide cyanique avec l'ammoniaque. Celte dernière Combinaison n'est pas du cyanate d^ammoniaque, mais de Tarée. Or admirez la conclusion : « C'est par cette découverte éclatante que Liebig et Wœhler ont ouvert des perspectives étendues sur cette voie et se sont acquis un éternel honneur en donnant un peu à contre cœur^ un peu sans le savoir^ la preuve que désormais la flamme de la vie se résout pour nous daîis les forces physiques et chimiques. dQucI honneur pour Liebig et Wœhler d'être ainsi tirés pa r la bride vers la source de TAchéron. Nos ennemis aiment ce fleuve et ses rivages obscurs. « Certes, ajoutent- ils, le chimiste affranchi des préventions, qui ne met pas sa parole au service du trône et de l'autel, comptant tranquillement sur une victoire certaine, peut sourire du pauvre philosophe dont le savoir ne dépasse pas la connaissance de l'urée, et qui croit imposer cette limite au pouvoir du physiologiste. » Quel autel et quel trône consentiraient ù