DE LA PROGRESSION DES ESPÈCES
qui sonlles plus fermes soutiens de la Iransmulalion (Darwin et J. Hooker, par exemple) gardent de singulières réserves pour la progression et que les plus zélés champions de la progression font le plus souvent une opposition très-vioienleà la transmutation. Les deux théories ne peuvenl-elles èlre vraies toutes d'eux et s'accorder? L'une et l'autre nous représentent en définitive le type des vertébrés s'élevant graduellement dans le cours des âges, depuis le poisson qui en est la forme la plus simple, jusqu'aux ma mmifères placentaires, et jusqu'à l'arrivée au dernier échelon de la série des temps, des mammifères les plus anthropoïdes, et enfin de la race humaine. Ce dernier échelon parait donc, dans cette hypothèse, être une partie intégrante de la même série continue d'actes de développement, un anneau de la même chaîne, le couronnement de l'œuvre, de même qu'il rentre dans la même et unique série des manifestations de la puissance créatrice.
Passons maintenant 5 la théorie de l'origine des espèces par la voie de Sélection naturelle.
Cette théorie no- ^i représente en grand l'action de la nature rem^iquée dansTélevage des animaux domestiques, '.es éleveurs savent qu'on peut, au bout de qv iques générations, faire une nouvelle race de ' ciail, à courtes cornes ou sans cornes, en choisissant comme animaux reproducteurs, ceux dont les cornes sont les moins développées ; ainsi, dit-on, fait la nature; elle altère dans le cours des âges, les conditions de la vie, les traits géogra-
pliiques d'un pays, son climat, l'association des plantes et des animaux, par conséquent, la nourriture et les ennemis d'une espèce et son mode d'existence, et par ces moyens, elle choisit certaines variétés mieux adaptées au nouvel ordre de choses. C'est ainsi que de nouvelles races peuvent souvent supplanter le type originel dont elles descendent.
Lamarck pense que Torigine du long cou de la girafe dérive d'une suite d'efforts pour chercher sa nourriture de plus en plus haut. M. Darwin et M. Wallace supposent simplement que pendant une disette, une variété à long cou survécut au reste de l'espèce, grâce à ce qu'elle put brouter hors de la portée des autres.
Grâce à la multiplication de modiflcations légères pendant le cours de milliers de générations, et à la transmission par héritage des particularités nouvellement acquises, on suppose qu'il se produit une divergence de plus en plus grande du type primitif, jusqu'à ce qu'il en résulte une nouvelle espèce, ou un nouveau genre si le temps a été plus long. L'auteur moderne de cotte explication physiologique de l'origine des espe. es, M. Ch. Darv^in, expose lui-même* comme il suit i^s faits généraux sur lesquels elle s'appuie.
A l'état domestique on constate une Trande variabilité : celle variabilité semble priiici^alemonl due à ce que le système reproducteur est éininem-
* Onthe Origin of species by ihe mean ofnatural sclccUon. De r origine des espèces par Télection naturelle.
DE L'OniCiIIlE DES ESPÈCES. tll
ment susceptible d*êlre affecté par des changements dans les conditions de vie, et ne reproduit plus exactement la forme mère. La variabilité des formes spécifiques est gouvernée par un certain nombre de lois très-complexes, comme l'usage oi le défaut d'exercice des organes, comme Taclior directe des conditions physiques de la vie. Nos espèces domestiques ont subi des modifications profondes qui se sont transmises par hérédité pendant de très-longues périodes. Aussi longtemps que les conditions de vie restent les mêmes, nous avons raison de croire qu'une modification qui s'est déjà transmise pendant plusieurs générations, peut continuer à se transmettre pendant une suite presque infinie de degrés généalogiques. D autre part, il est prouvé que la variabilité, une fois qu'elle a commencé à se manifester, ne cesse pas totalement d'agir ; car de nouvelles variétés sont encore produites de temps à autre parmi nos productions domestiques les plus anciennes. .
L'homme ne produit pas la variabilité ; il expose seulement, et souvent sans dessein, les êtres organisés à de nouvelles conditions de vie, et alors la nature agissant sur l'organisation, produit des variations. Nous pouvons choisir ces variations et les accumuler dans la direction qui nous plaît. Nous adaptons ainsi soit les animaux, soit les plantes, à notre propre utilité ou même à notre agrément. Un tel résultat peut être obtenu systématiquement ou même sans conscience de reflet produit : il suffit que sans avoir aucu-