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ORIGINE DES ESPÈCES. — ÉLECTION NATURELLE

D'après cela, il est aisé de concevoir l'cxii-lcnce d'organes rudimentaires.

On peut enfin se demander jusqu'où s'étend la doctrine de la modification des espèces. Tous les membres d'une même classe peuvent être reliés ensemble par les chaînons de leurs affinités, étions, en vertu des mêmes principes, peuvent être classés par groupes subordonnés à d'autres groupes. Darwin ne peut douter que la théorie de descendance ne comprenne tous les membres d'une môme classe. 11 pense môme que tout le règne aninial est descendu de quatre ou cinq types primitifs tout au plus, et le règne végétal d'un nombre égal ou moindre.

L'analogie le conduirait encore un peu plus loin, ajoute-t-il, c'est-à-dire à la croyance que tous les animaux et toutes les plantes descendent d'un seul prototype ; mais l'analogie peut être un guide trompeur. Au moins est-il vrai que tous les êtres vivants ont un grand nombre d'attributs communs : leur composition chimique, leur structure cellulaire, leurs lois de croissance et leur faculté d'être affectés par des influences nuisibles.

Chez tous les êtres organisés, autant qu'on peut en juger par ce que nous en savons de nos jours, la vésicule germinativç est la même. De sorte que chaque individu organisé part d'une même origine. Môme si l'on considère les deux principales divisions du monde organique, c'est-à-dire le règne animal et le règne végétal, nous voyons que certaines formes inférieures sont si parfaitement inler-»

médîaires en caraclères, que des naluralisles ont disputé dons quel royaume elles devaient être rangées, et comme le professeur Cl. Gray Ta remarqué, « les spores et autres corps reproducteurs de beaucoup d'entre les algues les moins élevées de la série peuvent se targuer d'avoir d'abord les caractères de Tanimalité et pins tard une existence végétale équivoque. » Ainsi, en partant du principe d'élection naturelle, avec divergence de caractères, il ne semble pas incroyable que les animaux et les plantes se soient formés de quelque forme inférieure intermédiaire. Si nous admettons ce point de départ, il faut admettre aussi que tous les êtres organisés qui ont jamais vécu peuvent descendre d'une forme primordiale unique. Mais cette conséquence est principalement fondée sur l'analogie ; et il importe peu qu'elle soit ou non acceptée. Il en est autrement de chaque grande classe, telle que les vertébrés, les articulés, etc. ; car ici, Fauteur trouve dans les lois de l'homologie et de l'embryologie, des preuves toutes spéciales que tous descendent d'un parent unique*.

^ Le traducteur français de Darwin fait remarquer , à propos de l'unité des centres de création spécifiques , qu'il serait bien rigoureux d'entendre, par ce terme de parent unique, un seul individu ou un seul couple, c II serait encore plus incroyable de supposer que toute la forme primordiale, l'ancêtre commun et arehi-type absolu de la création vivante, n'eût été représenté que par un seul individu. D'où proviendrait cet individu unique? Faudrait-il, après avoir éliminé si heureusement tant de miracles, en laisser sulMsister un seul? Si cet individu unique a existé, ee ne peut être que la planète elle-même. Rien n'empêche d'admettre que cette matrice universelle n'ait eu, à l'une des phases de son existence, le pouvobr d'élaborer la TÎe. Nais un seul des points

ORIGINE DE> ESrÈi.rS — f.I.rCTlON NATl r.EI.IX 21j

Telle est la théorie de Darwin, par lui-même exposée.

Si enfm noire curiosité légitime se hasarde à faire son application à notre propre espèce, elle s'aperçoit, avec un élonnemcnt mêlé de tristesse, que peut-être nous descendons d*un type simien disparu. Sans doute, nos sentiments de dignité se trouvent ofTensés de cette seule possibilité ; mais, en observant la nature sans parti pris, il ne semble pas que nous fassions exception à la loi générale?

de sa surface auraik-il eu le prit ilége de produire des germes? ou faut-il croire qu'ils se soient élancés de son sein? Toutes les analogies font plutôt supposer qu'elle fiit féconde sur toute sa Taste circonférence^ que son enveloppe aqueuse fut le premier laboratoire de toute organisation, et que le nombre des germes produits fût immense, mais que sans aucun doute ils furent tous semblables; des cellules gerroinalives nageant éparses en grappes ou en filaments dans les eaux, une cristallisation organique, rien de plus. Ce serait donc bien d'un type, d'une forme, d'une espèce unique, mais non d'un seul individu que tout les organismes se seraient successivement formés, t

Si l'on admet la multiplicité de ces germes primitifs, on reconnaît que les possibilités de développement ont dû se présenter parmi un nombre considérable d'êtres. En raison du grand nombre des ébauches organiqacs, le perfectionnement successif de l'organisation suivant un certain nombre de séries typiques, parallèles ou plus ou moins divergentes, n'aurait plus rien de surprenant, le principe vital lui-même étant donné comme reposant à réiat latent dans -chaque germe.

Les lois générales de la vie se seraient d'abord fixées, dans cette discutable hypothèse, selon les conditions physiques partieuiiëres à notre planète, en même temps que commençait la divergence des types nécessairement adaptés à la diversité peu profonde deces conditions. A mesureque les races se seraient fixées et perfoctionnées, leur nombre aurait diminué , en même temps que chacune d'elles voyait diminuer ses représentants. La postérité croissante d'un certain nombre de souches primitives devait guccessivement prendre la place des races qui succombaient dans la concurrence universelle, par suite d'une infériorité relative d'organisation

m LIVRE II - LA VIE.

Beaucoup d'entre nous préfèrent descendre d'un Adam dégénéré que d*un singe perfectionné. Jfais la nature ne nous a pas consultés.

Pour notre part, nous n'avons jamais passé quelques heures dans Tétude de Tembryologie sans être fortement frappé de ses révélations cachées. Nous n'avons jamais pu comparer des embryons de différentes phases sans voir en eux un vestige rudimentaire des phases correspondantes par lesquelles notre humanité a dû passer aux temps antérieurs. Les vertébrés supérieurs revêtent successivement, comme à l'état d'ébauche, les principaux caractères des quatre grandes classes de l'embranchement, sans passer pourtant par les formes des autres embranchements zoologiques. Dès le commencement de son existence secrète, la vésicule germinalive manifeste un système de développement caractéristique, sans avoir pris la forme du ver articulé, du mollusque ou du radiaire. Sans doute celte succession représente une image des phases que, dans le cours des âges disparus, la môme classe d'animaux a successivement traversées en avançant dans l'édielle des êtres. Qui n'a pas été surpris de la ressemblance générale que l'embryon humain offre successivement •^vec ceux du poisson, du reptile et de l'oiseau? — L'heuie présente ne serait-elle pas le miroir d'un passé lointain?

On n'ose pas regarder en face cette origine ; cependant la question est assez importante pour mériter un instant de courage. Examinons donc sous

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