‹ Dieu devant Paris dans la journée du 13 juilletChapitre 12 sur 27 · Servile Domino in timoré : et exultate ei cum tremore · texte numérisé non relu

Servile Domino in timoré : et exultate ei cum tremore

12. Apprehendite disciplinam, nequando irascatur Dominus : ET PEREATIS DE VIA JUSTA.

13. Cum exarserit in brevi ira ejus, beati omnes qui confidunt in eo.

.... Nous faisions même une allusion singulière à l’éclipse des fêtes de juillet, cette année :

« Par une coïncidence unique, l’Académie des sciences de Paris vient de prédire (car elle aussi prédit ), I. Que c’est dans deux mois, et le B juillet , que se révélera une Eclipse totale du Soleil de juillet; II. Et que ce rare phénomène n’aura plus lieu qu’une seconde et dernière fois en 1900. »

DIEU

C’est TOUT A COUP, en effet, que la colère de Dieu S’ALLUME; et heureux alors ceux qui lui furent fidèles ! »

Nous avons été inspiré jusqu’à appeler, sans raison, sans occasion même apparente, ces paroles de l’Ecclésiastique , où la Mort elle-même parle au survivant et saisit le vif :

« 16. Mon fils, répandez vos larmes sur un mort, et pleurez comme un homme qui a reçu une grande plaie. Ensevelissez son corps selon la coutume, et ne négligez pas sa sépulture.

« 17. Faites un grand deuil (pendant un jour) dans l’amertume de votre âme, pour ne pas donner sujet de mal parler de vous; mais ne soyez pas inconsolable dans votre tristesse.

« 10. Faites ce deuil selon le mérite delà personne, un jour ou deux .

« 23. Souvenez-vous du jugement de Dieu sur moi : car le vôtre viendra de même. Hier à moi , aujourd’hui à vous.

« 24. Que la paix où le mort est entré apaise dans vous le regret que vous avez de sa mort : et consolez-vous de ce que son esprit s’est séparé de son corps. »

Ce n’est point, après tout, une politique ou une philosophie nouvelle et hétérodoxe que nous allons faire sentir; nous allons développer seulement celle que les Débats euxmêmes exprimaient ainsi le 14 juillet :

« Nous avons peine à revenir de la consternation où nous a jetés l’horrible coup qui vient de frapper la famille royale.

« Que de malheurs en un seul malheur! quelle affreuse fatalité! Dieu veuille, hélas! que nous n’ayons pas à pleurer sur nous-mêmes !

DEVANT PADÎS. 15

« Le coup qui nous enlève l’aîné des fils du roi, l’héritier de la couronne, n’était que dans les tristes chances de la fragilité humaine! Nous n’y pensions pas; nous nous reposions sur la jeunesse et sur la santé du duc d’Orléans avec cette sécurité naturelle aux hommes! Une longue vie n’est promise à personne.

« Le duc d'Orléans est mort par le plus fatal et le plu9 imprévu des accidents; la guerre, les maladies, le crime pouvaient à chaque instant nous l’enlever. Le roi nous demeure, et Dieu dans sa bonté nous le conservera longtemps encore! Que de fois, en voyant le roi accompagné, pressé, garanti par la noble escorte des princes ses enfants, nous sommes-nous rassurés sur l’avenir de la monarchie! Nous disions : Quelle que soit la fureur du crime, à quelques chances que soit exposée l’existence humaine, tant de vies précieuses ne seront pas moissonnées en même temps! La royauté ne périra pas!

« Ah! si le gouvernement que nous avons fondé n’eut reposé que sur une tête , il eût été trop fragile ! nous aurions été trop imprévoyants!

« Autrefois, quand un assassin tirait sur le roi, la Providence était Ici qui couvrait cette tête auguste.

« Aujourd’hui l’héritier de la couronne a été frappé sans retour, tout d’un coup, dans la Heur de sa jeunesse et de sa fortune, sur les marches d’un trône, dans une des plus hautes positions politiques de l’Europe, à l’âge où le cœur conseille les grandes choses et où la télé les exécute. Il a été frappé loin de sa femme, qui, au moment où nous écrivons, ignore encore toute l’étendue de son infortune; loin de ses enfants, qu’il aimait d’une affection si éclairée et si tendre; loin de tous les amis de sa jeunesse; loin de tous les compa-

DIEU

gnons de sa vie militaire, que le mouvement électoral du 9 juillet avait dispersés dans toute la France.

« Il avait une noble et périlleuse carrière à fournir sur un sol remué par quarante ans de révolutions, des services à

rendre, du bien à faire ; prince royal, il assistait le roi de

juillet dans les fatigues et les épreuves de la royauté; roi, il aurait eu à poursuivre l’œuvre si glorieusement commencée par son père.

« Et puis, tout à coup , par un de ces brusques retours de la fortune qui sont au-dessus de la prévoyance humaine et qui dépassent les appréhensions les plus formidables, le prince, objet de tant d’espérances, a été arrêté violemment sur le seuil de cette belle destinée ! Il est tombé sous le coup

d’une fatalité aussi irrésistible qu’inexplicable . Le roi

accourait pour chercher son fils, l’aîné de sa tendresse et de son orgueil paternel , il n’a ramené qu’une froide dépouille ! »

Et le Constitutionnel du 14 :

« A deux heures, le mal empirant, le roi a donné l’ordre de faire prévenir Madame la duchesse de Nemours, qui était restée à Neuilly d’après le désir de Sa Majesté. La princesse est arrivée quelques instants après, accompagnée de ses dames.

« Aucune plume ne peut rendre l’aspect déchirant que présentait la chambre où le prince royal avait été déposé , au moment où la duchesse de Nemours était venue confondre ses larmes avec celles de sa famille. La reine et les princesses étaient agenouillées auprès du lit du prince mourant, versant sur cette tête si chère des flots de larmes et de prières. Les princes sanglotaient. Le roi, debout, immobile, les yeux fixés sur le visage décoloré de son fils, suivait

les progrès du mal dans un silence douloureux. Au dehors, la foule augmentait à chaque minute, éperdue et consternée. M. le curé de Neuilly et son clergé, prévenus par ordre du roi, s’étaient immédiatement rendus à Sablonville.

« Cependant, sous l’influence d’une médication énergique, l’agonie du prince se prolongeait. La vie se retirait, mais lentement, et non sans lutter contre la destruction qui allait emporter tant de jeunesse. Un moment la respiration parut plus libre j le pouls devint sensible ; et comme les cœurs désolés se rattachent aux moindres espérances, on se reprit à espérer. Un instant de calme interrompit celte longue scène d’affliction. Mais cette lueur d’espoir disparut bientôt. A quatre heures, le prince royal était en proie à tous les symptômes les moins équivoques d'une fin prochaine. A quatre heures et demie, il rendait son âme à Dieu, béni par la religion, qui avait assisté ses derniers moments, entre les bras du roi son père, qui avait incliné ses lèvres surcefrontmourant,sousleslarmesde samèreinfortunée,au milieu des sanglots et des cris de douleur de toute sa famille.

« Le prince mort, le roi avait entraîné la reine dans une pièce contiguë à la chambre mortuaire, et où les ministres, les maréchaux et tous les assistants étaient rassemblés. On se précipite aux pieds de la reine. « Quel malheur pour notre « famille! s’écrie Sa Majesté ’7 mais quel affreux malheur « aussi pour la France ! »

« Et en prononçant ces mots, la reine sanglotait. Autour d’elle, tout était en larmes, gémissements, désolation. Le roi s’est approché du maréchal Gérard, qui fondait en larmes, et lui a serré la main avec une indicible expression de douleur paternelle, de résignation magnanime et de fermeté toute royale.

« Cependant la dépouille mortelle du prince royal avait

DIEU

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été placée sur une litière, recouverte d'un drap blanc. La reine avait refusé de monter dans sa voiture, et elle avait déclaré qu’elle accompagnerait le corps de son fils jusqu’à la chapelle du palais de Neuilly, où elle avait voulu qu’il fût exposé. En conséquence, on avait fait venir en toute hâte une compagnie d’élite du 17e régiment d’infanterie légère pour former la haie sur le passage du cortège funèbre, et c’est ainsi que tous ces braves, qui avaient accompagné le prince royal dans le défilé des Portes -de -Fer et sur les hauteurs de Mouzaïa, servaient d’escorte à son convoi. Plusieurs soldats pleuraient. Tous se rappelaient avec quelle valeur brillante le duc d’Orléans abordait l’ennemi, par quelle bienfaisance délicate et généreuse il savait tempérer la rigueur nécessaire du commandement.

« A cinq heures , le lugubre cortège s’est mis en routé. Le lieutenant-général Alhalin marchait en avant de la litière qui était portée par quatre sous-officiers. Derrière le corps suivaient à pied : le roi, la reine, madame la princesse Adélaïde, madame la duchesse de Nemours, madame la princesse Clémentine, M. le duc d’Aumale, ML le duc de Montpensier. Venaient ensuite M. le maréchal Soult, les ministres, le maréchal Gérard, les officiers généraux, les officiers du roi et des princes et toute la foule des assistants.

« Le convoi parcourut ainsi l’avenue de Sablonville, franchit la vieille route de Neuilly et entra dans le parc royal, qu’il traversa dans toute sa longueur. Le roi n’avait voulu céder à personne le droit de conduire ce premier deuil de son fils aîné. Il est ainsi arrivé, accompagné de la reine, jusqu’à la chapelle du château, où LL. MM. et LL. AA. DR., après s’être agenouillées devant l’autel, ont laissé le Corps de leur enfant bien aimé sous la garde de Dieu I

« Telle a etc la journée du 13 juillet; elle comptera parmi les plus calamiteuses qui aient signalé ce règne déjà long , et où tant de cruelles épreuves se sont mêlées à tant de bienfaits.

« La mort de M. le duc d’Orléans remplira d 'une amer lume sans remède les dernières années, et puissent-elles être nombreuses ! de ce roi au noble cœur, qui a vu passer sur sa tête tant de périls de toutes sortes, et qui n’a jamais été sensible qu’à ceux de ses enfants. « Encore , si c'était moi! disait le roi en tenant dans ses bras le corps défaillant de son fils..... »

« La journée du 13 juillet ne laissera pas des traces moins profondes dans l’âme de cette reine admirable, dont le premier cri, dans une si grande détresse de son cœur maternel, a été pour son pays î « Quel affreux malheur pour la France! »

Et le Siècle :

« Nous l’avons déjà dit, à côté de V affliction présente il y a les dangers de l'avenir. Combien de difficultés, combien d’embarras, combien de résistances peut-être avant d’arriver au terme d’une minorité dans un temps de révolutions!

« Mais ce serait un crime envers le roi, envers sa famille, envers la nation tout entière, après les avertissements venus d'en Haut, que de persister dans un système qui montrerait tous les moyens de force concentrés dans une seule main, toutes les chances de salut, de stabilité, de grandeur, réunies sur une seule tête, de manière que le roi venant à disparaître, il ne restât plus rien debout après lui. »

Que le Siècle se console, la société ne connaît point de

lacune, point de néant, nul rien , car Dieu et la Providence

DIEU

ne sont jamais plus présents que lorsque les hommes et surtout les rois disparaissent.

Et la Presse sur le malheur qui vient, selon elle, de frapper le père dans sa famille :

« La France peut laisser tomber ses pleurs sans courber le front j le malheur dont l’épreuve, le châtiment, peut-être, lui est infligé, est exempt de crime heureusement! Quel temps que celui où une telle pensée peut déjà s’appeler üîie consolation! »

L’organe religieux de la dynastie n’avait garde de n’entrer pas dans la grande pensée en question.

L’Univers a dit, le jour même, le prince royal laissé sans vie à la porte du palais de ses parents :

« Malheureuse France, dont les destinées reposent en ce moment sur la tète d’un vieillard et sur celle d’un enfant!

« Ce soir, une profonde stupeur règne dans Paris. Chacun comprend que la Providence vient de frapper un grand coup !

« Quel temps où c’est une sorte de repos pour l’àme de penser que la mort de M. le duc d’Orléans n’est pas l’effet d’un crime ! Quel temps ! Et faut-il s’étonner qu’en un temps aussi incertain de son avenir, aussi gros d’orages, la mort imprévue du fils aîné du roi des Français, de son héritier direct, apporte une si grande anxiété dans tous les esprits ! Donc, répéterons-nous, tournons nos regards vers le ciel ; là, mais là seulement est l’espérance, là est le salut. »

Les journaux des départements voient Dieu le 13 juillet à Paris encore mieux que ceux de Paris.

Ou lit dans le Courrier de la Gironde :

devant paris.

« Un de ces coups inattendus qui déconcertent toutes les prévisions humaines et qui amènent forcément sur les lèvres le terrible Dieu seul est grand de l’orateur catholique, est venu frapper la famille royale.

« L’héritier présomptif delà couronne, le prince qu’avaient respecté les balles en Afrique et sur le boulevart du Temple, le duc d’Orléans est mort d'une chute de voiture, le 13 juillet à quatre heures et demie.

« Nous n’avons pas aujourd’hui le calme d’esprit nécessaire pour examiner froidement les conséquences politiques de cette calamité publique. Elles se présentent en foule à notre pensée ; mais il est plus facile de les sentir que de les exprimer, et plus prudent peut-être de les taire que d’accroître encore le découragement des uns et peut-être l’audace des autres.

« Aujourd’hui ne songeons qu’à celte famille infortunée sur laquelle la mort est suspendue depuis douze ans. A chaque instant le fil qui retient l’épée des meurtriers se rompt, — la France jette un cri d’effroi, — le roi est mort? — Non, — le glaive est tombé à une ligne de sa tête, — le roi et ses fils sont sauvés ! — Mais aux douleurs de l’angoisse , l’impénétrable Providence veut ajouter la douleur écrasante du malheur accompli : la princesse Marie meurt. Le duc

d’Orléans meurt aussi.

« La famille d’Orléans semble s’être assise sur le trône pour vérifier cette grande et biblique parole : « L’on a vu des reines pleurer comme de simples femmes, et l’on s’est étonné' de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois. »

Au point de vue de l’Etranger, l’appréciation est, seulement plus hardie, la même.

DIEU

On lit dans le Times :

« Dans la terrible et fatale série de calamités qui ont frappé la maison royale de France, aucune n’a éprouvé plus à l’improviste cette famille dévouée, aucune n’a répandu plus de deuil sur les destinées futures du pays que l’accident qui a coûté la vie à Ferdinand d’Orléans, héritier présomptif de la couronne. Quoi de plus irrégulier , de plus mystérieux , de plus sévère que les décrets de la Providence abaissant au niveau des destinées communes des jours si souvent et si merveilleusement mis à Vabri des coups des conspirateurs et des menaces de V anarchie! Le poignard de Louvel fut fatal à la branche aînée des Bourbons, malgré le jeune rejeton qui avait surgi du tombeau du duc de Berri, et il est impossible de voir sans la plus profonde anxiété le retour d'un état de choses si gros de périls pour la monarchie française et les institutions nationales.

« Un roi âgé et un héritier enfant semblent appartenir aux temps les plus difficiles de l’histoire de France : temps infiniment moins critiques que l'épreuve réservée au pays : car au milieu des troubles et des excès des précédentes régences, du moins la personne du souverain était sacrée , et les principes traditionnels de l’autorité royale n’avaient jamais été violés. La profonde et grande sympathie que doit provoquer cet événement prouvera combien l 'Europe compte sur le maintien de la famille régnante ) et il n’en sera que plus fortement démontré que les périls trop souvent écrits en caractères effrayants dans les annales de la maison de Bourbon ont rendu les jours des survivants de celle race plus essentiels que jamais à la paix du monde et à la prospérité de la France.

« Quel que soit le tour imprimé à nos pensées, de nouvelles coïncidences viennent s’offrir à notre esprit , et de

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