‹ Dieu devant Paris dans la journée du 13 juilletChapitre 13 sur 27 · DEVANT4 Ï‘A1US · texte numérisé non relu

DEVANT4 ϑA1US

nouvelles manifestations d’une puissance extraordinaire et incompréhensible se trahissent dans toutes les vicissitudes de la destinée de ces augustes et malheureuses familles. Des trois jeunes princes , presque du même âge, héritiers présomptifs du trône de France, par droit de naissance ou par l’effet des circonstances qui suivent le cours ordinaire de la nature, qui semblaient destinés à traverser au moins la plus grande partie de ce siècle et à jouer un rôle aussi brillant que peu ordinaire dans les événements, le seul survivant est l’héritier exilé de la branche aînée. Le duc de Reichstadt meurt à Vienne, dépouillé des ornements royaux que la fortune avaient jetés sur son berceau. Le duc de Bordeaux mène l’existence précaire et sans objet d’un prétendant. Le duc d’Orléans succombe subitement dans les rues de Paris , au moment où sa vie n avait jamais eu plus d' importance pour sa famille et pour son pays. »

Et dans la Gazette de la Haute- Allemagne •*

« Nous apprenons à l’instant même le malheureux événement qui vient de mettre un terme aux jours de monseigneur le duc d’Orléans. Cet événement est un coup affreux pour le roi des Français déjà éprouvé par tant de vicissitudes; et Y avenir de laFrancc ainsique la politique européenne doivent nécessairement s’en ressentir. Le successeur du roi Louis- Philippe aura un jour un problème difficile à résoudre, et nous sommes convaincus que le projet de fortifier Paris est dû plutôt dans l’esprit du roi à des inquiétudes sur l’avenir de sa dynastie qu’à des doutes sur les effets de sa politique personnelle. Le roi n’en avait pas besoin pour lui; il a voulu laisser ce boulevart à scs successeurs. La mort du duc d’Orléans brise toutes les combinaisons , et il faut recommencer l’œuvre qui a coûté tant de soins. Un roi mineur pourra^td!

DIEU

bien traverser les orages d’une régence? Et où lrouver^-t-on les garanties de tranquillité qui résidaient dans les qualités personnelles du roi ? »

Mais le roi, mais la reine, mais la veuve du prince, mais la famille royale sont encore ceux qui marquent ici la plus grande préoccupation delà Providence, laquelle semble à leur égard, si nous osons le dire, n’avoir reculé que pour traverser mieux :

« Cette récitation des psaumes, dit l’Univers, se fait avec une solennelle gravité, qui produit un grand effet sur tous ceux qui entrent dans la chapelle ou que leur service appelle dans les environs.

« Monseigneur l’archevêque de Paris y a dit la messe hier matin, à laquelle toute la famille royale , y compris le roi, a assisté 5 elle avait déjà entendu une autre messe. Elle avait fait plus : la plupart de ses membres s’étaient approchés des sacrements.

« Il est rare qu’il n’y ait pas un membre de la famille dans la chapelle, en même temps que le clergé y récite l’office. L’avant-dernière nuit, la reine y est entrée vers onze heures; elle y était encore à minuit, abîmée dans une fervente prière. »

« Marie-Amélie montre, en ces lamentables circonstances, une résignation digne de sa piété. On l’a entendue s’écrier, les yeux fixés au ciel : « Mon Dieu ! mon Dieu! ce n’est pas trop ; mais c’est beaucoup ; oui , c’est beaucoup ! » Elle a voulu garder les vêtements que portait son fils au moment de l’horrible catastrophe. »

Le jugement, la condamnation ont été aussi le premier cri de la veuve infortunée :

« Elle voulait , disent les Débats , arriver à temps pour revoir mort, disait-elle, celui que le CIEL L’AVAIT CON¬ DAMNÉE A NE PLUS RETROUVER VIVANT. »

Et le premier mot du Roi aux Évêques :

« Monseigneur l’évêque, la France vient d’être atteinte dans sa plus précieuse espérance ; moi et ma famille nous avons été frappés dans nos plus chères affections : l’aîné de mes fils, le duc d’Orléans, prince royal, est mort! Les plus puissantes consolations, dans d'aussi grands malheurs , sont celles qu’offre la religion. »

Sa première parole aux Chambres est bien plus explicite encore :

« Dans la douleur qui m’accable..., privé de ce fils chéri que j’avais cru destiné à me remplacer sur le trône, et qui était la gloire et la consolation de mes vieux jours..., j’ai éprouvé le besoin de hâter le moment de votre réunion autour de moi. Nous avons ensemble un grand devoir à remplir. Quand ilplaira à Dieu (*) de m'appeler à lui , il faut que la France, que la monarchie constitutionnelle ne soient pas un moment exposées à une interruption dans l’exercice de l’autorité royale. Vous aurez donc à délibérer sur les me-

(*) « Ce que nous louerons surtout dans les paroles du Roi (dit ta Presse, qui s’honore elle-même en le disant) , c’est leur caractère profondément religieux. Pour la première fois peut-être, dans les solennités de ce genre, Vidée et le nom de Dieu sont publiquement invoqués. C’est un bon exemple donné de haut. Accoutumez le peuple à porter ses pensées vers le ciel ; il puisera dans cette habitude une résignation que les passions politiques rendent tous les jours plus difficile; et quand il verra ceux qui passent pour les grands et les heureux de la terre se courber respectueusement sous les coups les plus terribles, il apprendra à mieux supporter ses propres souffrances. »

DIEU

sures nécessaires pour prévenir, pendant la minorité de mon bien-aimé petit— fils, cet immense danger. Le coup qui vient de me frapper ne me rend pas ingrat envers la Providence, qui me conserve encore des enfants si dignes de toute ma tendresse et de la confiance de la France.

« Messieurs, assurons aujourd'hui le repos et la sécurité de notre patrie. Plus tard, je vous appellerai à reprendre, sur les affaires de l’État, le cours accoutumé de vos travaux. »

[. L’archevêque de Paris a d’abord tout dit dans son premier mot :

« Sire,

« Le malheur qui vient de frapper Votre Majesté a bien vivement ému le clergé de Paris.

« Nous avons conjuré le Maître Suprême de la vie et de la mort d’égaler, s’il est possible, ses consolations à une aussi grande douleur. »

Et puis il a développé supérieurement, infailliblement, ce mot, car il est dans ces attributions :

« Son A. R. M. le duc d’Orléans n’est plus.

« Un roi que la Providence a si souvent et si miraculeusement protégé, et qui nous a préservés nous-mêmes de tant de dangers j une pieuse reine éprouvée par de si nombreuses et de si cruelles alarmes , sont frappés subitement et sans aucun signe précurseur de cet horrible coup de foudre. Les princes et les princesses pleurent sur un frère auquel ils étaient unis par une tendre amitié, sur une sœur chérie qui, comme épouse et comme mère, a si promptement mesuré toute l’étendue de son infortune, sur des enfants encore trop trop jeunes pour comprendre le malheur de n’avoir plus do père,

« Un instant a suffi à la mort pour rompre tous ces liens, pour enlever à la France un gage puissant de sa future sécurité, et à l’armée un chef qui avait conquis sa confiance par sa justice, son courage, la loyauté de son caractère. Quel tombeau que celui où vont se perdre de si hautes destinées, et duquel Dieu fait sortir, pour nous instruire, de si grandes et de si salutaires leçons !

« O mort, que tu es terrible, quand tu arraches comme l’herbe des champs ces grandes existences, sur lesquelles repose la paix des empires! mais que tu es sage , quand tu nous fais appréciera leur juste valeur le pouvoir, la gloire et la fortune!

« Tu ne les anéantis dans le rang suprême que pour nous avertir de ce que peuvent valoir, dans les rang inférieurs (et encore mieux dans les hauts rangs), ces objets de nos ardentes convoitises , cette éternelle cause de nos discordes : O mors! bonum est judicium luum.

« O mort! qu’il est bon ton jugement , quand tu nous montres que la vie avec laquelle disparaissent tous ces biens fragiles peut être brisée par Y accident le plus commun , et ne laisser après elles que d’amères douleurs!

« Que n’avez-vous pu assister, nos très-chèrs frères, à cette scène de désolation où la vie du jeune prince s’échappait parmi les larmes, les cris déchirants , les tendres embrassements de sa royale famille! Que n'avez-vous été les témoins des terribles émotions d’une épouse, d’une mère, qui, au lieu d’un époux qu elle avait laissé plein de jeunesse et de vie, ne retrouve plus qu’un cercueil et des orphelins! O mort, que ton jugement est terrible ! O mors , quàm amara est memoria tua! Et cependant, ô mon Dieu! vous voulez qu'il nous soit utile . IL LE SERA, N. T. C. F., si nous méditons sur celui qu’elle vient de prononcer en tranchant

DIEU

le fil d’une vie que le roi n’aurait pas hésité à racheter au prix de sa couronne. Nous savons maintenant ce que vaut la fortune la plus brillante. Le tombeau qui vient de s’ouvrir nous rappelle celui où nous descendrons nous-mêmes. Au souvenir d’une catastrophe aussi imprévue, nous penserons que Dieu a mesuré nos jours, et qu’il lui a plu de nous en laisser ignorer le nombre. Sous l’impression de ces grandes pensées, nous serons moins absorbés par des soins tout matériels, moins séduits par les rêves de l’ambition et de la gloire, source trop certaine nos divisions. »

Mais c’est surtout Bossuet auquel il nous faut voir développer la Providence à un Prince Royal.

Jamais Y Aigle de Meaux ne plana plus haut dans les cieux :

« ... Mais souvenez-vous, Monseigneur, que ce long enchaînement des causes particulières qui font et défont les empires dépend des ordres secrets de la divine Providence.

« Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de tous les royaumes ; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les passions, tantôt il leur lâche la bride, et par-là il remue tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants, il fait marcher l’épouvante devant eux, et il inspire à eux et à leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs, il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance ) il leur fait prévenir les maux qui menacent les états, et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine toujours courte par quelque endroit : il l’éclaire, il étend ses vues ; et puis il l’abandonne à ses ignorances, il l’aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même : elle s’enveloppe , elle s’embarrasse dans ses propres subtilités', et ses précautions lui sont un piège.

DEVANT PABIS.

« Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours infaillible * cest lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées , et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin : quand il veut lâcher le dernier, et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils...

« Mais que les hommes ne s’y trompent pas : Dieu redresse quand il lui plaît le sens égaré j et celui qui insultait à l’aveuglement des autres tombe lui-même dans des ténèbres plus épaisses, sans qu’il faille souvent autre chose pour lui renverser le sens que ses longues prospérités.

« C’est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune , ou parlons-en seulement comme d’un nom dont nous couvrons notre ignorance : ce qui est hasard à l’égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut j c’est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte, tout concourt à la même fin; et c’est faute d’entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l’irrégularité dans les rencontres particulières.

« Par-là se vérifie ce que dit l’apôtre, que « Dieu est « heureux et le seul puissant, Roi des rois , et Seigneur des « seigneurs. » Heureux, dont le repos est inaltérable, qui voit tout changer sans changer lui-même, et qui fait tous les changements par un conseil immuable ; qui donne et qui ôte la puissance; qui la transporte d’un homme à un autre, (ïune maison à une autre , d’un peuple à un autre pour montrer qu’ils ne l’ont tous que par emprunt , et qu’il est le seul en qui elle réside naturellement.

« C’est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure : ils font plus ou moins qu’ils ne

DIEU

pensent , et leurs conseils n’onl jamais manque d’avoir des effets imprévus : ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l’avenir, loin qu’ils le puissent forcer. Celui-là seul lient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n’est pas encore , qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils.

« Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspirait au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeait pas qu’il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée par laquelle la tyrannie qu’il voulait détruire devait être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars flattaient les soldats, ils n’avaient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l'empire.

« En un mot, il n’y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d’autres desseins que les siens : Dieu seul sait tout réduire à sa volonté. C’est pourquoi tout est surprenant à ne regarder que les causes particulières} et néanmoins tout s’avance avec une suite réglée.

« Pendant que vous les verrez tomber presque tous d’euxmêmes, et que vous verrez la religion se soutenir par sa propre force, vous connaîtrez aisément quelle est la solide grandeur, et où un homme sensé doit mettre son espérance. »

Les Bourbons en général sont si préoccupés de la Providence qui les châtie, surtout parce qu’elle les aime, que leur Henri III avait pris le châtiment céleste pour devise de ses trois couronnes : Manet ultima Cœlo! — et que Louis XVIlI,lui qu’on n’accusera point de fanatisme, fut le premier à répondre au clergé en entrant à Notre-Dame,

après le 20 Mars : « Nous devons regarder les malheurs qui sont arrivés à la France et à Moi, comme UNE JUSTE PUNITION DE DIEU. Allons aux pieds des autels achever de désarmer sa colère. »

Quelles furent éloquemment développées ces paroles sur le cercueil du Duc de Berry, par feu Monseigneur de Quélen (*), dont la si belle mort a fait à jamais une autorité :

« Convertam festivitates vestras in luclum , et omnia eantica vestra in pianctum et ponam eam quasi luclum unigenili.

« Je changerai vos fêtes en deuil , et vos concerts en plaintes lamentables ; et je plongerai Israël dans les larmes comme une mère qui a perdu son Fils unique.

« Amos , c. vni , v. 10. »

« Monseigneur,

« Lorsque, du haut de son trône éternel, le Dieu qui regarde les nations et les rois avait juré de visiter et de punir d’une manière éclatante les continuelles prévarications de son peuple, il lui faisait annoncer par ses prophètes qu’il

(*) Massillon , et Massillon en présence du Régent Philippe d’Orléans, s’écriait encore plus énergiquement, dans V Oraison funèbre du Dauphin :

« Trois princes du sang royal, dans l’intervalle presque d’une année, ont été enlevés à la France, qui les pleure encore, à leurs augustes enfants, à leurs épouses désolées j en rendant des devoirs lugubres et religieux à leur mémoire, nous vous avons annoncé les jugements du Seigneur et la vanité des choses humaines. Enfin, le fils et l’héritier lui-même vient d’être frappé . Les châtiments de Dieu vont en augmentant comme nos crimes. Quand arrêteronsnous donc son bras levé sur nous ?

« Que nous prépare-t-il si ce dernier malheur est encore pour nous une leçon inutile ? »

DIEU

allait laisser enfin tomber sur lui son bras étendu, et que le coup dont il l’aurait frappé retentirait dans l’univers.

« Écoutez, enfants d’Israël, lui disaient-ils, voici l’arrêt qu’a prononcé contre vous le Seigneur des armées. Les fléaux que je vous avais envoyés 'pour vous avertir n’ont point changé vos cœurs ; insensibles aux traits de ma colère, vous n’ètes pas revenus à moi 5 mes efforts multipliés pour vous guérir n’ont pu vous toucher. C’en est fait, je vais exécuter sur vous toutes mes menaces. Vos villes retentiront de plaintes et de sanglots, et, dans vos campagnes, on n’entendra que des cris lugubres qui répéteront : Hélas ! hélas ! . Les jours marqués pour V ivresse et les plai¬

sirs, je les changerai en des jours de deuil et de larmes j ces lieux consacrés aux ris et aux amusements, je les rendrai silencieux et déserts , les concerts de joie dont ils résonnaient seront remplacés par des accents lamentables ; et tout Israël pleurera comme une mère qui a perdu son fils unique : Converlam feslivitates veslras in luclum , et omnia cantica vestra in planclum... ; et ponam eam quasi luctum unigenili.

« Ne s’est-elle pas accomplie sur nous dans toute sa rigueur, cette prédiction désolante, Messieurs? La consternation universelle, le silence de la capitale, le deuil de ses habitants, les larmes qui coulent des yeux de tout un peuple, les voix douloureuses qui s’élèvent de toutes parts attestent à l’Europe et au monde, plus encore que tout cet appareil imposant et lugubre, que le Seigneur a foulé tous les cœurs français dans le pressoir de sa fureur .

« Oui, Messieurs, tous les cœurs français, et celui du monarque, qui s’est vu obligé de recevoir, en quelque sorte, LE DERNIER SOUPIR DE SA FAMILLE $ et celui d’un père qui, dans wn seul de ses enfants, croit voir s’éteindre

toute sa postérité j et celui d une sœur, qui semble ne vivre que pour voir tomber les uns sur les autres soüs un fer parricide ses augustes et vertueux parents ) et celui d’un frère qui se sent arracher parmi les embrassements les plus tendres un frère qui faisait le charme de sa vie ) et celui d’une épouse frappée de langueur dès sa jeunesse, et condamnée à un triste veuvage 5 et celui de la France, qui, au milieu des sentiments d’indignation et d’effroi dont elle est agitée, s’abandonne à sa douleur comme une mère inconsolable qui pleure son fils unique : Convertam festivitates vestras in luctum , et omnia cantica vestra in planctum..,; et poncm eam quasi luctum unigeniti .

« La religion vient à son tour mêler ses soupirs et ses larmes à tant de larmes et de soupirs j mais elle vient aussi tempérer de cruelles amertumes par de divines consolations , etc. (*). »

(*) Les Romains eux-mêmes n’exceptaient rien du gouvernement de la Providehce; témoin cette proclamation de Cicéron, dont le traité De la nature des Dieux est le résumé de toute lâ Sagesse profane : Deorum Providentiâ Mundus administratur : iidem consultait rebus humanis, nec solum Universis, verum etiam SINGULIS » :

Ce qui comprend apparemment la mort... et la plus inouïe... des Rois !

Leibnitz, et de nos jours le Comte de Maistre, profondément chrétiens, semblent n’avoir composé l’un sa Théodicée, et l’autre ses Soirées, que pour prouver cette proposition, que : « Dieu, qui a créé l’homme libre, a prévu, de toute éternité, jusqu’à la plus petite de leurs pensées, libre; et il a combiné Toute la nature, de façon à éprouver, à récompenser ou à punir, avec la plus parfaite exactitude, même dans le temps, jusqu’à la plus petite de leurs pensées vertueuses ou coupables. »

Notre Législation générale de la Providence a pour objet de le démontrer ; et elle Prédit, en toutes lettres, le 13 juillet 1842.

DIEU

Mais c’est la Presse du jour même des consolantes funérailles du fils du roi qui est admirable ici d’irrécusables et poignantes vérités :

« . Il était arraché brusquement à la vie, au plus beau

trône du monde, avant qu’il eût accompli son œuvre de concert avec la Providence . Il n’a été que l’espérance d’un beau règne, que Y étoile du soir tombée sur la plaine déserte.

« Dans le mélancolique et religieux mystère de ces destinées royales interrompues avant le temps, l’âme se trouble; elle hésite à y voir LA COMPLICITÉ DE DIEU; elle s’incline sous le poids de cette formidable sentence , mais elle ne peut s’empêcher de gémir. Quelle sombre fatalité pèse donc sur la France depuis cinquante ans , pour que pas un fils de roi n'ait pu y régner? A quelles expiations INCONNUES (elles sont plus éclatantes que le soleil à midi) notre malheureux pays est-il donc condamné pour que toujours la lige royale qui s'élève soit frappée au pied du trône , et que toujours la transmission du sceptre et la sécurité de tous soient soumises à de nouvelles perplexités?

« Nous n’étions pas seuls à faire ces réflexions, la vue du cortège sinistre qui roulait entre deux flots de peuple, au milieu d’un silence et d’un deuil profond, inspirait à tout le monde les memes pensées qu’à nous. Il existe au fond des masses, dans les jours semblables à celui-ci, une conscience collective qui est la voix même de la vérité. On ne plaignait pas, on ne pleurait pas seulement le jeune prince dépositaire de si grandes espérances et de si belles destinées, mais encore on faisait de tristes méditations sur le vide qu'il laissait autour de lui. Ce qu’il aura perdu dans cette vie , sans doute il l’aura retrouvé dans une vie meilleure, et il n’aura fait que changer de couronne. Mais nous nous sentions tous frappés par cette catastrophe, et il semblait que ce char de

DEVANT TARIS

morlqui résonnait sourdement sur le pavé , emportait une partie des promesses de l’avenir.

« Toutes ces qualités, toutes ces prophéties d’un grand règne sont perdues, évanouies. Nous venons de les voir passer, emportées à tout jamais avec ce cœur éteint, recouvert d’un drap noir.

« Derrière l’armée venait le clergé, ce représentant d’une autre vie, chargé de rappeler à ce moment qu’il est pour les princes une JUSTICE DIVINE comme pour les autres hommes. Et après la CROIX, ce symbole du néant de toutes les grandeurs humaines, venait une voiture, traînée par quatre chevaux noirs, où était disposée l’urne qui contenait le cœur du prince. Cette voiture était suivie du cheval de bataille qui marchait la tète basse et recouvert d’un crêpe. Ensuite, venaient d'autres voitures de deuil, où étaient l’archevêque de Paris et les évêques qui assislaicnt à la cérémonie. Us étaient suivis du grand char funèbre, surmonté de statues d’argent et de symboles, et traîné par six chevaux noirs entièrement cachés sous de larges camails. Quatre maréchaux à cheval tenaient les cordons du poêle.

« Le maréchal Soult, qui a mené le deuil de tant de funérailles, paraissait le plus triste et le plus abattu de tous. Cette vieille gloire, qui survivra bientôt seule à une si vaste épopée, et qui est appelé , d’un jour à Vautre , à rentrer dans la paix du tombeau , semblait saluer tristement cette jeune gloire naissante, qui n’a pas eu son tour de soleil. Après le char de deuil venait celui des princes, abîmés dans la douleur. Ils étaient suivis de seize autres voitures, montées par

les ministres et les grands dignitaires de l’Etat.

« Le cortège, arrêté à chaque minute, a marché ainsi au milieu du silence jusqu’à Notre-Dame, où le cercueil va de-

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