‹ Dieu devant Paris dans la journée du 13 juilletChapitre 5 sur 27 · ET DE FERME APPUI DES BOURBONS · texte numérisé non relu

ET DE FERME APPUI DES BOURBONS

Jadis nos campagnes arides,

Trompant nos attentes timides,

Vous durent leur fertilité ;

Et, par votre seule prière,

Vous désarmâtes la colère Du Ciel contre nous irrité.

Est-ce pour ces strophes que MM. de la révolution ou de la philosophie ont voulu que Voltaire trônât ou gît au Panthéon?

Voltaire , qui a perdu la France, comme J. -J. Rousseau lui-même Ea dit, Voltaire à la place de Sainte-Geneviève qui l’a sauvée !

C’est là, là seulement, que se trouvait et que se perpétue encore la Révolution ! s

Note (3) de la page 5.

Nous nommons Dieu jusque dans les Chambres, sinon sans foi, au moins sans conséquence ) nous le nommons, et, plus que nous ne croyons, à la façon de Louvel, comme un Mot y plus ou moins sonore, poétique, à effet. — Et il est de nouveau vrai de dire que tout est devenu Dieu excepté Dieu même.

Nous nous croyons comme Dieux, tous*, ceux qui doivent le plus à YEternel donnent son nom à leur monarchie, telle qu’ils l’ont faite, d’un moment peut-être.

Et l’on voit enfin triompher, c’est-à-dire menacer, de concert, le Panthéisme de l’Université et le Panthéon de la Révolution .

C était assez le temps du Prêtre devant le Siècle , — de Dieu devant le Siècle , — et enfin de Dieu devant Paris :

Les seuls livres du Siècle où l’on ne se conforme en rien au Siècle, selon les Litanies de sainte Geneviève : Ut non conformemur huic Sœculo.

Il s’agit de démontrer , par un seul fait , mais immense , la plus belle des Pensées de Pascal, qui, selon M. de Chateaubriand , « tiennent autant de Dieu que de l’homme » : « TOUTES choses couvrent quelque mystère, TOUTES choses sont des voiles qui couvrent Dieu : les Chrétiens doivent le reconnaître en TOUT » ;

Et de redire, en tout cas, les plus beaux Vers de Pompignan à Louis Racine, dont le Fils unique , lui aussi, venait de périr au tremblement de terre de Lisbonne :

Des vents resserrés dans leurs chaînes,

Et des fournaises souterraines,

Us nous expliquent les effets ;

Et pas un seul d’entr’eux ne pense Que c’est sans doute la vengeance D’un Dieu qu’irritent nos forfaits.

Ils écartent ses lois suprêmes,

Et s’efforcent par leurs problèmes D’anéantir le Vrai Moteur :

Recherches pleines d’imposture,

Qui trouvent tout dans la nature,

Hors le pouvoir de son Auteur.

Laissons là ces mortels sublimes.

Traiter d’essais pusillanimes Les traits de nos humbles crayons ;

Qu’à leur essor ils s’abandonnent;

Ce sont des sages, qu’ils raisonnent.

Nous, esprits vulgaires , Croyons.

Croyons aujourd’hui, par exemple, que c’est Dieu qui fait tomber de leurs chars les princes les plus innocents j et cela pour se faire craindre des autres princes : car il nous l’a dit et redit mille fois dans ses deux Testaments : — Et eritis mihi in populum : et ego ero vobis in Deum. Ecce, turbo Domini furor egrediens , procella ruens : in capite impiorum conquiescet . Non avertet iram indignationis Dominus : donec faciat et compleat cogitationem cordis sui in novissimo dierum intilligetis ea. (Jerem., 30.)

Contigit (Antiochus) euntem de curru cadere , et gravi corporis collisione membra vexari.... Machàb., 9.

Et dans le chapitre Treize des Paralipomènes :

Oza et frater ejus minabunt Plaustrum,... Iratus et Dominus contrà Ozam , et percussit eum , et mortuus est ibi Coram Domino... (*). Contristai ut est David. ... Et TIMUIT DeUM.

En tous cas , Craignons Dieu , Nous , et n'ayons point d'autre crainte.

(*) C’est là le second Baptême , ou le Baptême de sang , des bons et des mauvais Princes, et il ne faut pas dire comme le Constitutionnel du 10 Août :

« C’est à Iâ source de 1830 qu’il faut remonter pour donner à la dynastie le second baptême de la Régence. »

Ce livre a été commencé, Dieu le sait, le 14 juillet, et fini dès le 18.... Dix personnes, et notamment l’Editeur, l’ont vu ce jour-là j et ce n’est que par respect pour la cendre du Prince royal que nous avons attendu, pour le publier, le retour de ses funérailles.

Nous avons voulu laisser parler le fait tout seul avant de l’aider à parler.

Aujourd’hui , la vérité, qui est de Dieu et de tous, ne s’appartient plus, et nous appartient encore moins à nousmêmes.

Et la vérité de Dieu, cpii a pour objet de rendre Dieu plus sensible, n’a jamais fait de mal, même à ceux qui douteraient de Dieu.

Ce n’est pas elle qui arme seulement le cœur Contre les rois d’une date quelconque .

Si quelques imprudents amis de la Dynastie, si un pro* curcur flatteur du Roi, avaient seulement l’idée de l’apparence d’un outrage à celui-ci dans notre pensée générale de Providence, cette pensée acquerrait jusqu a la puissance delà démonstration, de la bienfaisance et de la gloire publiques, à laquelle nous n’osons point prétendre.

Et nous lui fournirions à lui-même l’occasion d’apprendre au peuple de Paris, et au peuple français que , comme il y a des élus et des représentants des plus pauvres majorités, et même des majorités les plus pauvres, il y a, de par Dieu, des Élus et des Députés dont la voix est bien

DIEU

autrement sonnante, par là même qu’elle n’est ni double, ni multiple, celle-là.

C’est Dieu, Dieu devant Paris surtout, et le Roi par surcroît , que nous voulons faire sentir, faire voir : et Dieu et le Roi, apparemment, ne sont point séditieux , et n’ont point à redouter les lois ou les juges de septembre.

Je suis si sûr ici de ma pensée unique à Dieu, et même au Roi actuel des Français, que si jamais il pouvait arriver qu’elle fût seulement poursuivie un moment par un juge ordinaire, je le citerais personnellement comme jadis Mole (et non Molay ) l’ancien fit à un ancien Philippe, à Van et jour , au Tribunal suprême !

Le déicide et les régicides eux-mêmes, et surtout, ne sont abandonnés aux bras (à la volonté jamais), par Dieu luimême, que comme le dernier et le plus sûr moyen de faire voir Dieu et le Roi , quelle que soit la personne (assez indifférente) du Roi.

Ainsi donc, c’était (il faut le dire avec une humilité égale à l'orgueil), c’était pour donner lieu à la Théologie des chemins de fer et à Dieu devant Paris que la Providence suscitait le Feu du 8 Mai et le Pavé du 13 Juillet.

Sainte Thérèse et avec elle Leibnitz, dans sa Théodicée , vont jusqu’à dire que la création et par conséquent la destruction même du monde, eussent eu lieu , au besoin , pour une seule Ame !

Et Dieu peut accorder l’édification de mille âmes à Dieu devant Paris.

Quand il n’eût accordé que l’édification de la nôtre!

On ne nous l’ôtera point, on ne nous la niera point, celle-là,

Les victimes les plus nombreuses et les plus sacrées s’évanouissent devant les peuples et les rois qui en sont témoins, et qui leur survivent, pour en être les victimes ou les héros plus grands à leur tour.

Cependant le Dieu qui est encore plus bon qu’il n’est juste a bien vite pris soin des premières.

Et le Prince royal, en particulier, est à nos yeux, et même aux yeux du Roi, cent fois plus heureux qu’il ne l’est luimême !

« Le Coup qui vient de Me frapper , » a-t-il dit aux Chambres.

Nous le déclarons, ici surtout, parce que c’est le fond de notre âme politique, nous ne voudrions de celui que nous avons appelé le premier Henri-Qualre II, que dans le cas où tout le monde, et surtout Louis-Philippe, le voudraient.

Nous n’avons jamais connu, jamais conçu de haine privée, nous concevons encore moins de haine politique.

Et nous nous sommes surpris à pleurer personnellement le duc d’Orléans , comme nous eussions fait le duc de Bordeaux, en lisant, dans le Constitutionnel, les circonstances de sa mort ! — Comme nous déplorons rationnellement plus que qui que ce soit sa perte, qui est à nos yeux le signe de calamités publiques plus grandes et plus réelles que toutes les autres.

Nous avons été le premier et même le seul peut-être, à traiter Louis-Philippe, et jusqu’à son fils en Roi, et même en Roi plus grand que tous les rois dans un rapport qu’ils n’ont pas oublié.

Et l’année dernière, à pareille époque, nous avons Dédié à

DIEU

celui-ci les Magnificences de la Croix avec des pressentiments et des raisons de prévoyance qui nous font tressaillir, nous-même aujourd’hui.

Page 1