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CHAPITRE II

DE L'aME et de la SCIENCE DE l'aME ^

L'histoire de toutes les sciences se . divise en quelque sorte en deux âges. Dans le premier, qui est celui de leur formation, elles appartiennent à la philosophie et font corps avec elle ; dans le second, qui est Tépoque de leur maturité, elles s'appartiennent à elles-mêmes, et, quoiqu'il ne soit au pouvoir de personne de rompre les liens qui les rattacheront toujours à la philosophie, chacune de ces études qu'on appelle des sciences a ses allures particulières : ceux qui les cultivent afiectent même parfois de se passer tout à fait et de la philosophie et de l'esprit philosophique.

D serait intéressant et assez facile peut-être de marquer pour les principales branches du savoir humain, pour les mathématiques, par exemple, pour la" physique, la chimie, la géologie, l'histoire naturelle ou la physiologie, le moment précis où, se détachant du tronc commun, elles ont conquis, dans leur domaine propre, [une vie distincte, une existence indépendante. Or ce ne sont

1. IVaiU des facultés de Vâme, par Adolphe Garnier. Secoude édition» Paris, Bachette, 1865» 3 vol. in-18 jésus.

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pas seulement les sciences mathématiques, physiques et naturelles qui, après avoir fait partie des études philosophiques, sont devenues, chacune à son heure, des études particulières et spéciales, se suffisant en soi -même en de certaines limites et à partir d'un certain point. Ce ne sont point des épisodes isolés dans l'histoire de l'esprit humain : c'est la condition de ses progrès, la loi de son développement scientifique, et l'on ne voit pas pourquoi les études relatives au monde moral ne seraient point soumises à cette même loi. La logique, la psychologie, l'esthétique et la morale proprement dite, aussi bien que l'histoire et la philologie, l'étude des questions sociales, politiques et administratives aussi bien que celle du droit positif, paraissent appelées à prendre rang, si elles ne Font déjà, parmi les sciences proprement dites.

Notre siècle, aussi remarquable par ses goûts scientifiques dans la seconde moitié de son cours qu'il l'a été par son esprit littéraire dans ses quarante ou cinquante premières années, aura sans doute l'honneur de réaliser plus d'un progrès de ce genre. Pour le moment c'est, à ce qu'il semble, le tour de cette précieuse connaissance de l'homme dont la piossession fut le rêve de Socrate, dont Descartes proposa le plus grand et le plus utile exemple, à laquelle Malebranche et Bossuet, Locke et Condillac, Wolf et Kant, Reid et Dugald Stewart appliquèrent leur génie ou leur talent d'observation et qui, dans notre siècle, a suffi à la gloire philosophique de Maine de Bîran, de Royer-CoUard et de Laromiguière. L'école spiritualiste, fondée par M. Cousin sous les auspices de ces illustres mîdtres, ne pouvait manquer d'être

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plus OU moins adonnée à la psychologie : depuis quarante ans elle en a fait la clef de la philosophie tout entière ; elle lui a demandé les principes de la morale et de la logique, de la métaphysique et de la religion naturelle. Tous ses interprètes, et ceux-là mêmes qui se sont de préférence occupés de l'histoire des systèmes, ont honoré, recommandé et cultivé la science de Tâme. Cet accord et cette constance ont porté leurs fruits. Deux hommes entre tous ont eu Tinsigne mérite de donner à la psychologie la forme scientifique qu'on réclamait pour elle depuis tant de siècles. Ces deux maîtres dans Têtu de de l'homme intellectuel et moral sont M. Jouflfroy et M. Garnier : l'un préoccupé surtout de la méthode que comporte une telle étude, l'autre désireux de mettre cette méthode à l'épreuve et de rassembler en corps de doctrine les matériaux épars chez tant d'écrivains et de philosophes qui ont préludé à une science régulière de notre nature et de nos facultés. Si désormais cette science existe, c'est donc la France qui aura l'honneur de l'avoir fondée, tandis que l'école écossaise, sous la direction de M. Hamilton, se contentait de perfectionner certaines parties de la logique et que les philosophes allemands, plus ambitieux que de raison, continuaient à se perdre dans les théories et à enfanter chaque jour des hypothèses aussitôt renversées qu'établies.

Deux conditions sont requises pour qu'une science soit régulièrement constituée. On reconnaît en effet une

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