‹ Dieu et la conscienceChapitre 3 sur 73 · TI PREFACE · texte numérisé non relu

TI PREFACE

rain, peut user bien ou mal de son pouvoir, suivant qu'il prête l'oreille à ses vrais amis ou à ses flatteurs.

On peut n'être pas un flatteur du peuple, sans en être pour cela le détracteur. Parce qu'on voit les défauts de la multitude, notre nouveau maître, est-ce à dire qu'on ignore ce qu'elle représente et ce qu elle peut devenir? A Dieu ne plaise!

Là multitude est ignorante ; mais elle peut s'instruire, et j'ajoute avec une véritable reconnaissance qu'elle en témoigne un ardent désir. La multitude est passionnée, facile à entraîner à tous les excès, à toutes les folies, innocentes ou cruelles, de la démagogie ; mais elle est accessible aux grandes pensées et aux sentiments généreux. La multitude est capricieuse : si elle gouvernait sans contrôle et sans contrepoids, on aurait le régime du bon plaisir, sous sa forme démocratique; mais pourquoi n'apprendraitelle pas la justice et le respect du droit? La multitude n*aime pas la gêne, la contrainte, ni rien de ce qui y ressemble, et par suite elle n'obéit pas volontiers aux lois; mais elle aime la patrie, et elle peut être amenée à comprendre que violer la loi est un attentat contre la patrie. Enfin la multitude n*est pas portée à pratiquer pour son compte la sagesse, la tempérance, la modération, la piété sérieuse et intelligente ; mais elle sait les admirer chez les autres, et

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elle y pourrait faire des progrès. Il ne faut donc pas désespérer de Favenir, si lé peuple souverain rencontre de sages conseillers, s'il consent à s'imposer certaines limites, à écouter la raison, à suivre les inspirations de la conscience, au lieu de se preùdre follement lui-même pour la règle, la vérité et la perfection.

Mon intention n'est pas de traiter ici le problème que je viens de poser, et qui s'agite partout à notre époque, mais singulièrement dans la sphère sociale et politique. Je voudrais seulement signaler les périlleux entraînements du courant démocratique dans Tordre intellectuel, moral, philosophique et religieux. ' 11 semble, en effet, que le suffrage universel s'apprête à envahir des domaines autrefois interdits au profane vulgaire, et ce curieux phénomène est digne assurément d'attirer l'attention de tous ceux qui cherchent dans rétude de leur temps les indices de l'avenir.

De toutes parts, depuis un certain nombre d'années, on s'applique à populariser les sciences et la littérature, l'économie politique, l'hygiène, la morale, la philosophie elle-même. C'est là sans doute une ambition louable : car on peut servir ainsi son pays et rhumanité. Mais il est permis de douter qu'on y procède toujours avec les lumières et la prudence désirables.

YIIl PRÉFACE.

La science facile est le rêve de ceux qui enseignent, aii^çi Hfn que de cidux qui apprennent. Or la science Çapile n'est pas la vraie soieiice, dont les parties les plus aévères sont précisément les plus exactes et les pltti rigoureuses. La philosophie facile n'est pas non plus h ^aie philosophie » qui cherche la vérité avant la popularité; la philosophie la plus popu* laire a toujoujrs été celle qui s*en tient aux sens et aux faits sensibles : c'est le matérialisme. La morale facil0 n'est pas la vraie morale, celle du devoir, mais celle dQ l'intérêt et du bien-être , de même que la religiou f^elle est celle qui, sous prétexte de liberté et de Uhérulisme, favorise le relftchement doctrinal et le relâchement moral qui vient à la suite. Voilà les * eoseignenieQts qui obtiennent le plus de faveur auprès du grand nombre, parce qu'ils paraissent aisés à comprendre, et piarce qu'ils répondent à certains penchants de notre nature. La partie inférieure de notre êtr^ répugne naturellement au travail, à la fatigue, au renoncement, au sacrifice : on est donc à peu près assuré de nous plaire, lorsqu'on entreprend d^ nous persuader que la science est faite, et que nous n'avons qu'à écouter pour tout savoir ; que la philosophie a dit son dernier mot, et qu'il suffit de croire aux choses qui se voient et qui se touchent pour connaître les premiers principes de toutes choses ;

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